Nos romanciers contemporains adorant de plus en plus les sujets sinistres, il convient de saluer comme une bénédiction la joyeuse pochade que livre la jeune écrivaine polonaise Aleksandra Lun. Qu'on en juge : son " héros...

Nos romanciers contemporains adorant de plus en plus les sujets sinistres, il convient de saluer comme une bénédiction la joyeuse pochade que livre la jeune écrivaine polonaise Aleksandra Lun. Qu'on en juge : son " héros " est un écrivain raté - son premier roman, écrit en " langue antarctique ", s'est vendu à six exemplaires (dont quatre retournés à l'éditeur) -, sans vie sexuelle, interné dans un asile belge qui s'est fait comme spécialité d'obliger les écrivains à écrire dans leur langue maternelle. On croise donc dans les couloirs Nabokov, Cioran ou Beckett, tous coupables d'avoir trahi leur patrie linguistique. Le héros devise naïvement avec ces sommités, se moquant au passage de son compatriote polyglotte Karol Wojtyla, condamné à " parcourir le monde en robe blanche et à habiter le coin le plus touristique de Rome ". Sur ce pitch un peu kitsch, Aleksandra Lun déroule un récit hilarant. La romancière polonaise sait de quoi elle parle : elle a écrit ces Palimpsestes en espagnol et pratique de nombreuses langues - roumain, catalan, italien... - comme traductrice. Un roman fou, fou, fou.