Il se chuchote que Terry Gilliam aurait été approché pour mettre en scène l'adaptation de Harry Potter. On imagine la riche texture et l'imagerie foisonnante que le réalisateur de Brazil et des Aventures du Baron Münchhausen eût donné à ce film... Chris Columbus, auquel le travail finit par échoir, n'est pas précisément de l'étoffe des visionnaires. La présence, derrière la caméra, de cet artisan relativement habile, sans grande personnalité mais apte à saisir les attentes du plus large public, garantissait une approche plus terre à terre. L'homme qui signa Maman, j'ai raté l'avion et Madame Doubtfire était taillé pour donner à Hollywood un spectacle fam...

Il se chuchote que Terry Gilliam aurait été approché pour mettre en scène l'adaptation de Harry Potter. On imagine la riche texture et l'imagerie foisonnante que le réalisateur de Brazil et des Aventures du Baron Münchhausen eût donné à ce film... Chris Columbus, auquel le travail finit par échoir, n'est pas précisément de l'étoffe des visionnaires. La présence, derrière la caméra, de cet artisan relativement habile, sans grande personnalité mais apte à saisir les attentes du plus large public, garantissait une approche plus terre à terre. L'homme qui signa Maman, j'ai raté l'avion et Madame Doubtfire était taillé pour donner à Hollywood un spectacle familial efficace, assurant le succès, non seulement du film, mais aussi du très abondant "merchandising", décliné en jeux et en figurines dans les rayons jouets des magasins du monte entier. La transposition cinématographique de l'oeuvre à succès planétaire de la romancière britannique J.K. Rowling était attendue avec impatience par des millions de jeunes lecteurs. Elle ne décevra ni leur attente d'action et d'effets spéciaux, ni leur passion pour un texte adapté de manière résolument fidèle, malgré les inévitables raccourcis visant à faire "tenir" le récit dans la durée acceptable d'un film. Harry Potter à l'école des sorciers fait deux heures et demie, et il s'y passe constamment quelque chose. Nous découvrons d'abord comment Harry, tout bébé, est confié par le Professeur Dumbledore aux "bons" soins d'un couple de "moldus" (les non-magiciens dans la langue pottérienne). Harry a perdu ses parents dans un accident. Du moins est-ce ce que lui fait croire son horrible tante, qui, avec son détestable mari et leur fils aussi gras que stupide, va élever l'orphelin façon Cendrillon. A 11 ans, Harry apprendra qu'il est en fait le rejeton d'un couple de magiciens, assassinés par le méchant sorcier Voldemort. Ayant hérité des pouvoirs de ses parents, il doit rejoindre Poudlard, la fameuse école de sorcellerie où il recevra un enseignement très particulier tout en affrontant des dangers inédits... Balai volantChris Columbus manie honorablement la machinerie hollywoodienne mise à sa disposition, et ses séquences d'action pure ne manquent pas d'allant. Celle - très attendue - de la partie de "quidditch", un sport mouvementé se jouant en équipe dans le ciel, juché sur un balais volant, s'avère notamment impressionnante. Le réalisateur réussit également l'évocation des rapports des jeunes élèves de Poudlard entre eux et avec certains personnages adultes, en tête desquels vient immanquablement le savoureux géant débonnaire Hagrid, joué par Robbie Coltrane. C'est à Daniel Radcliffe que revient le périlleux privilège d'incarner Harry Potter, idole d'une génération de lecteurs très curieux de découvrir le visage de leur héros préféré. Il a l'âge du rôle, les petites lunettes rondes lui vont à merveille, et l'expérience d'un David Copperfield tourné voici deux ans pour la BBC lui vient à point pour réussir, sobrement et d'attachante façon, son entrée dans la cour des grands. Les raisons de trouver Harry Potter à l'école des sorciers spectaculaire et divertissant ne manquent donc pas. Il est pourtant dommage qu'un élément clé soit absent du film: le mystère. Hormis de belles et troublantes images d'escaliers mouvants, redessinant leur architecture au gré de leurs caprices de pierre, rien de bien prenant ne vient titiller l'imagination dans une réalisation s'en tenant à la lettre de l'action et se limitant à cela. L'approche de J.K. Rowling est certes, elle-même, au départ, essentiellement factuelle. Mais les romans de la saga Potter laissent néanmoins à l'imaginaire du jeune lecteur un espace d'invention que les images du film, toutes lisses et superficielles, n'entr'ouvrent pas une seule fois. Louis Danvers