Plus personne, en politique, ne veut mettre la main à l'affaire Koekelberg ni aux autres dossiers à charge de hauts fonctionnaires de police. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Guido De Padt (Open VLD), a transmis la patate chaude à son collègue Karel De Gucht, ministre des Affaires étrangères, sous le prétexte qu'il pourrait être soupçonné de partialité, ayant été un membre actif de la commission de suivi du comité permanent de contrôle des services de police (comité P).
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Plus personne, en politique, ne veut mettre la main à l'affaire Koekelberg ni aux autres dossiers à charge de hauts fonctionnaires de police. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Guido De Padt (Open VLD), a transmis la patate chaude à son collègue Karel De Gucht, ministre des Affaires étrangères, sous le prétexte qu'il pourrait être soupçonné de partialité, ayant été un membre actif de la commission de suivi du comité permanent de contrôle des services de police (comité P). Nouveau président de la Chambre, Patrick Dewael (Open VLD) n'est pas non plus partant pour assurer le service après-vente. Pour la même raison - son implication en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur -, il a renoncé à assurer la présidence de la commission de suivi du comité P. En réalité, l'enfant ne se présente pas bien. La procédure disciplinaire lancée contre Fernand Koekelberg risque d'échouer pour vices de forme. Rappel : le père de la réforme des services de police n'avait pas que des amis dans son propre camp. C'est là qu'est née la rumeur de la présumée " promotion canapé " accordée à Sylvie Ricour, sa proche collaboratrice depuis neuf ans. Le ragot a franchi la barrière immunitaire des médias flamands, via un délégué du Sypol (Syndicat de la police belge). La Lijst Dedecker s'en est emparée. Dans un projet de rapport daté du 18 mars 2008, les enquêteurs du comité P, dirigé par l'ancien colonel de gendarmerie Henri Berkmoes, absolvaient pourtant Koekelberg de toute irrégularité dans le " commissionnement " de ses deux secrétaires. Mais ce projet ne passa pas la rampe du comité. Son président André Vandoren s'assit dessus pendant des mois. Lorsque le rapport sort enfin, le 15 septembre, son contenu a viré de bord. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice lancent, sur-le-champ, une procédure disciplinaire doublée d'une procédure - tout à fait exceptionnelle - d'évaluation intermédiaire. Le commissaire général l'apprend par les médias. Le 30 septembre, son avocat et ancien collègue assistant en droit administratif de l'ULB, Marc Uyttendaele, rend un mémoire de défenseà que le ministre de l'Intérieur omet de verser au dossier disciplinaire ! Or il est sanglant pour le comité P. " La manière à tout le moins légère dont (il) a établi son rapport suffit à disqualifier irrémédiablement les conclusions auxquelles il a abouti. "Ainsi, le rapport reproduit in extenso le rapport (à charge) de David Rendes, chargé de cours de l'UCL et avocat spécialisé dans les matières policières, alors qu'un seul bout de phrase est retenu de la contribution (à décharge) de Jacky Leroy, président du comité de direction du SPF Fonction publique. Le comité P relaie des rumeurs (l'atterrissage en hélicoptère du commissaire général dans une cour d'école), sans prendre la peine de les infirmer. Il fait des détours incongrus par la psychologie de Sylvie Ricour. " Du point de vue du langage corporel (et de ses propos), elle a continuellement oscillé entre arrogance et assurance/assertivité et elle n'a pas le moins du monde semblé impressionnée par le fait qu'elle était entendue sous serment par un membre du comité P ", analyse Frank Schuermans, membre (" juge ") du comité P, un magistrat détaché du parquet de Gand (PV du 13 août 2007). Composé politiquement et, principalement, de policiers, le comité P sort décrédibilisé de cette aventure, à un moment où tant les Nations unies que le Conseil de l'Europe contestent son fonctionnement. Si le comité P avait travaillé honnêtement, il aurait aussi reproduit de plus larges extraits de l'audition de Christa Debeck, ex-membre du cabinet Dewael. A la lecture de cette audition (qui ne figure que dans les annexes) et de courriers internes au cabinet, sortis ultérieurement dans les médias, on comprend que, loin d'être un coup fourré du commissaire général, la promotion des deux secrétaires a été longuement discutée et préparée par la " cellule stratégique ". Patrick Dewael avait été mis en garde contre les risques juridiques de cette construction bancale. Mais il régnait alors, au cabinet, une ambiance de fin de règne. Les conseillers Open VLD se ménageaient des portes de sortie. Tous les dossiers devaient avancer en parallèle. D'un autre rapport du comité P, il ressort que Christa Debeck veillait personnellement à son parachutage à l'Inspection générale de la police et qu'elle en faisait la condition d'une solution pour les deux secrétaires. En réalité, une partie du cabinet Dewael intriguait, à l'insu du chef de cabinet Jan Kerremans. Le grand jeu impliquait plusieurs pions. D'où l'accumulation de décisions relatives à la carrière de protégés, datées des alentours du 26 avril 2007, mais qui ont sans doute été prises, en affaires courantes, jusqu'au 20 mai. Si le commissaire général échappe à la procédure disciplinaire, il pourrait être rattrapé au tournant par la commission d'évaluation intermédiaire, qui travaille à partir de la même documentation. La commission d'évaluation est composée d'un ancien colonel de gendarmerie, d'un ancien procureur général près la Cour de cassation et d'un ancien PG près la cour d'appel de Mons. A eux, finalement, de tirer les conclusions d'un épisode peu glorieux. l Marie-Cécile Royen