Al'heure de la prolifération des images, il est de plus en plus difficile de se fier à ce que l'on voit. Récemment, quelques jours après la publication de l'angoissant sixième rapport des experts du Giec, une photo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Elle montrait la célèbre citrouille jaune de Yayoi Kusama malmenée par les flots de la mer intérieure de Seto à la suite du passage d'un typhon. Arrachée à un ponton de l...

Al'heure de la prolifération des images, il est de plus en plus difficile de se fier à ce que l'on voit. Récemment, quelques jours après la publication de l'angoissant sixième rapport des experts du Giec, une photo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Elle montrait la célèbre citrouille jaune de Yayoi Kusama malmenée par les flots de la mer intérieure de Seto à la suite du passage d'un typhon. Arrachée à un ponton de l'île de Naoshima, la sculpture a ainsi été consacrée par beaucoup comme l'emblème de l'inéluctable apocalypse en train de se produire. C'est faux. La raison en est que l'incident aurait déjà pu se produire de nombreuses fois si les équipes du musée Benesse n'avaient pas fait le nécessaire pour mettre la cucurbitacée à l'abri - on ne sait toujours pas pourquoi la pièce n'a pas été protégée cette fois. Que faut-il en déduire? Que ce genre de photo choc déforme la réalité d'une façon qui nous est préjudiciable. Hystérisé de la sorte, le réel perd de son poids: la catastrophe qui est déjà à l'oeuvre nécessite que nous la prenions à bras-le-corps au quotidien plutôt que sombrer dans la résignation apathique du "il n'y a plus rien à faire". Comment soigner ce décalage? Sans hésiter, en allant découvrir l'exposition que le Musée de la photographie à Charleroi consacre au collectif Noor. Cette cellule, dont le fonctionnement participatif assure l'indépendance, permet à ses photographes de développer un véritable travail d'investigation. Une image non spectaculaire comme Groenland, Kangerlussuaq, juillet 2018 de Kadir van Lohuizen (1963, Pays-Bas) en est la preuve. Intégrée à la série Arctic: New Frontier, elle résulte d'une action de six mois sur le terrain. Sa beauté apparente cache un drame. En réalité, si l'on regarde bien, on voit des rivières gelées se formant sous la glace en poussant la calotte glaciaire de 15 cm par jour vers l'océan, contribuant de cette façon à la montée des eaux. "Certaines choses ont simplement besoin d'être vues", explique un des membres de Noor. A nous de faire ce qu'il faut pour ne plus les ignorer.