Les élections approchent. Les sondages se succèdent. Et étourdissent de plus en plus les militants de Groen !. Ce ne sont pas leurs scores qu'ils observent avec un mélange de jubilation et d'incrédulité. Mais ceux de leurs amis francophones d'Ecolo. Un parti vert annoncé aux alentours de 20 % en Wallonie et à Bruxelles, voilà qui fait rêver... " Si Jean-Michel Javaux arrive à convaincre un Wallon sur cinq, alors j'arriverai bien à convaincre un Flamand sur dix ", en déduit Mieke Vogels, la pétulante présidente de Groen !. La déclaration paraît hasardeuse : dans les sondages, Groen ! stagne juste au-dessus du seuil de 5 %.
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Les élections approchent. Les sondages se succèdent. Et étourdissent de plus en plus les militants de Groen !. Ce ne sont pas leurs scores qu'ils observent avec un mélange de jubilation et d'incrédulité. Mais ceux de leurs amis francophones d'Ecolo. Un parti vert annoncé aux alentours de 20 % en Wallonie et à Bruxelles, voilà qui fait rêver... " Si Jean-Michel Javaux arrive à convaincre un Wallon sur cinq, alors j'arriverai bien à convaincre un Flamand sur dix ", en déduit Mieke Vogels, la pétulante présidente de Groen !. La déclaration paraît hasardeuse : dans les sondages, Groen ! stagne juste au-dessus du seuil de 5 %. Groen ! et Ecolo forment, par-delà la frontière linguistique, la famille politique la plus unie du pays. A la Chambre, les députés des deux partis composent un seul groupe parlementaire. Une expérience unique depuis la scission de tous les partis belges en une aile francophone et une aile néerlandophone. Et pourtant, la santé insolente d'Ecolo commence un tantinet à agacer les écologistes flamands. Certains n'ont pas digéré le reportage que l'émission Terzake, sur la VRT, a récemment consacré à Ecolo. On y voyait Jean-Luc Roland, bourgmestre d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, se vanter : " Je pense que nous sommes plus pragmatiques que Groen !. " Jean-Michel Javaux en rajoutait une couche : " Groen ! reste un peu un parti de niche. Ses membres sont très environnementaux, c'est-à-dire moins généralistes que nous. J'en parle souvent à Mieke... " Ce ton donneur de leçons passe mal chez Groen !, où l'on rappelle que les deux partis évoluent dans des univers politiques très différents. Du côté francophone, Ecolo est le seul vrai parti d'opposition. En Flandre, les Jean-Marie Dedecker et autres Bart De Wever monopolisent tout l'espace. Sans parler du Vlaams Belang... Est-ce une façon d'exister médiatiquement dans la campagne électorale ? Ou une réelle envie de revenir au pouvoir ? Toujours est-il que Groen ! le répète sur tous les tons : il veut participer au prochain gouvernement flamand. Vu l'émiettement des forces annoncé, l'actuelle tripartite CD&V-Open VLD-SP.A n'est pas certaine de conserver la majorité au soir du 7 juin. Chrétiens, libéraux et socialistes pourraient donc embarquer les écologistes, plutôt que de risquer l'aventure avec la N-VA ou la Lijst Dedecker, réputés incontrôlables. Pour Groen !, le simple fait d'envisager un retour au pouvoir représente un soulagement. Car le parti revient de loin. Aucun militant n'a oublié le traumatisme du 18 mai 2003 (voir historique ci-contre). Dans les mois qui ont suivi cette terrible défaite électorale, la survie même du parti était loin d'être une évidence. Des dizaines de mandataires, éc£urés, ont quitté la politique. D'autres ont rejoint les socialistes. Comme Ludo Sannen, ministre régional de l'Environnement en 2003 et 2004, aujourd'hui chef de groupe SP.A au parlement flamand. Chez Groen !, on veut croire que les désertions de ce type appartiennent au passé. Tandis que Mieke Vogels se charge de dissiper les illusions de ceux qui espèrent encore un rapprochement des deux partis de la gauche flamande. " Groen ! est bien plus proche du CD&V que du SP.A ", affirme-t-elle. Bref, les Verts n'ont plus peur de leur ombre. Au mois de mars dernier, ils ont même réalisé un joli coup en attirant dans leurs rangs le député Bart Caron, jusque-là membre de Spirit, un petit parti de gauche allié au SP.A. Une recrue de choix : Bart Caron est un visionnaire reconnu dans les milieux culturels, doublé d'un fin politique. Ex-chef de cabinet du ministre Bert Anciaux, cet enthousiaste aux lunettes rouges a notamment coordonné l'événement Bruges 2002, capitale européenne de la culture. L'arrivée de Bart Caron, aussitôt propulsé tête de liste en Flandre occidentale, paraît bienvenue dans un parti qui manque cruellement de personnalités charismatiques. Mieke Vogels est la seule figure populaire dont disposent les Verts. Le 7 juin, elle mènera les siens au combat dans la province d'Anvers. Pour le reste, le parti a pu recruter quelques célébrités, comme Marijke Pinoy (actrice de la série L'Empereur du goût), Veerle Dejaeghere (ex-championne de Belgique de cross-country) ou Tom Kestens (chanteur du groupe Das Pop). Pourquoi pas ? Mais cela ne compense pas l'absence de vrais leaders politiques... La députée fédérale Meyrem Almaci, 33 ans, ou la sénatrice Freya Piryns, 32 ans, suscitent beaucoup d'espoirs. Mais elles paraissent encore un peu tendres. Autre handicap : en Flandre, les écologistes restent perçus soit comme des idéalistes farfelus, soit comme de dangereux radicaux. Aujourd'hui encore, les partis traditionnels aiment railler les geitenwollen sokken. Littéralement : les chaussettes en laine de chèvre. Groen ! reste fidèle, il est vrai, à certains principes plus ou moins abandonnés par Ecolo. La semaine de travail de 32 heures, par exemple. Groen ! est aussi le seul parti à avoir combattu le projet Vlaanderen in actie, sorte de plan Marshall flamand. " Le gouvernement flamand mise tout sur la logistique, dénonce Mieke Vogels. Le ministre-président Kris Peeters rêve chaque nuit que tous les conteneurs du monde transitent par Zeebrugge ou Anvers. C'est l'économie du passé, ça ! " Le député européen Bart Staes, qui a milité chez les nationalistes flamands de la Volksunie avant d'atterrir parmi les verts, revendique la part d'utopie que contient le programme de Groen !. " Il y a trop de réalisme en politique. Le réalisme tue. L'excès de pragmatisme s'apparente à un renoncement. Si les politiciens n'osent plus rêver d'une autre société, autant les remplacer par des fonctionnaires. "Articulée autour du slogan " De groene big bang ", la campagne de Groen ! affirme que la crise actuelle représente une chance, qu'elle va permettre l'éclosion d'une vie nouvelle vie. Mais l'expression ne sous-entend-elle pas, aussi, un changement radical, qui risque d'effrayer l'électeur ? Réponse le 7 juin. La semaine prochaine : le Vlaams Belang François Brabant