C'est une première. Jamais notre pays n'a affronté une grippe d'une telle ampleur, mobilisé autant de troupes, réuni autant de ressources. Car, si la grippe A/H1N1 reste actuellement bénigne, elle s'est révélée hautement contagieuse : selon l'OMS, elle se propage à une vitesse " sans précédent " par rapport à d'autres épidémies. Chez nous, sa progression est certes plus lente que dans d'autres pays européens - on ignore pourquoi -, mais le bilan belge pourrait s'établir à une fourchette comprise entre 10 et 30 %, et les décès frapper de 1 000 à 4 000 individus. Soit presque quatre fois plus qu'une grippe hivernale classique. En milieu de semaine, le comité interministériel Influenza recensait 746 nouveaux cas de contaminations confirmées. Le gouvernement ne cache pas qu'il s'attend à un pic (il dure de huit à dix semaines), voire à deux, peut-être en septembre (en particulier après la rentrée scolaire) et peut-être durant l'hiver : en fait, les pics de l'épidémie sont impossibles à prévoir.
...

C'est une première. Jamais notre pays n'a affronté une grippe d'une telle ampleur, mobilisé autant de troupes, réuni autant de ressources. Car, si la grippe A/H1N1 reste actuellement bénigne, elle s'est révélée hautement contagieuse : selon l'OMS, elle se propage à une vitesse " sans précédent " par rapport à d'autres épidémies. Chez nous, sa progression est certes plus lente que dans d'autres pays européens - on ignore pourquoi -, mais le bilan belge pourrait s'établir à une fourchette comprise entre 10 et 30 %, et les décès frapper de 1 000 à 4 000 individus. Soit presque quatre fois plus qu'une grippe hivernale classique. En milieu de semaine, le comité interministériel Influenza recensait 746 nouveaux cas de contaminations confirmées. Le gouvernement ne cache pas qu'il s'attend à un pic (il dure de huit à dix semaines), voire à deux, peut-être en septembre (en particulier après la rentrée scolaire) et peut-être durant l'hiver : en fait, les pics de l'épidémie sont impossibles à prévoir. Pour affronter la pandémie, la " task-force " Influenza (pilotée par les Affaires intérieures et la Santé) travaille activement, depuis le mois d'avril, à un plan de riposte. Car c'est, bien sûr, toute l'économie qui risque de subir les conséquences de la grippe A : fermetures d'écoles et de crèches, services publics tournant au ralenti, transports en commun perturbés, magasins désertés, hôpitaux débordés, et jusqu'à 30 % d'actifs cloués au lit. Toute l'organisation des entreprises en serait bouleversée, celle des grands groupes comme celle des PME. Pour l'instant, le " plan de bataille " n'est pas encore activé et pourrait n'être appliqué que partiellement, si le virus reste bénin. Il n'empêche : " Avec les pandémies, nous devons nous attendre à l'inattendu ", déclare Jan Eyckmans, porte-parole au SFP Santé publique. " On se prépare à toutes les éventualités, sans dramatiser ni sous-estimer la situation ", répond-on au cabinet de Marie-Dominique Simonet (Enseignement obligatoire, CDH). A la rentrée donc, on ne chamboule rien. Pour l'instant, la ministre opte pour une prévention accrue et une capacité à réagir vite, si des cas de grippe A se présentent. Dans une circulaire, adressée le 17 août aux directions d'école, elle rappelle les gestes d'hygiène qui doivent être renforcés auprès des enseignants et des enfants. Dès la rentrée, des affiches seront diffusées dans toutes les écoles pour encourager ces comportements. " Nous n'allons pas surcharger les cartables d'informations. "Et si la pandémie devenait aiguë et le virus plus virulent ? Alors " l'aspect santé primera sur l'aspect pédagogique. " On fermera des établissements, sur l'avis du comité Influenza, pour ralentir la contagion. Et, pour décider de la marche à suivre, l'Enseignement finalise un dispositif statistique qui prendra en temps réel le pouls du virus sur le terrain. Mais aucun seuil n'est fixé (entendez un pourcentage de malades) pour ordonner la fermeture des classes. " On s'adaptera au cas par cas " - ce que recommandent les experts de la Commission européenne -, en fonction des situations épidémiologiques globale et locale : si le virus se propage massivement, s'il existe plusieurs bâtiments, s'il est possible d'organiser des cours séparés, de fusionner des classes... Pour combien de temps fermera-t-on une école ? Une semaine, voire deux sont envisagées, sans solution de substitution. Mais, en cas de fermeture, garder vos enfants chez vous, même s'ils ne sont pas malades. " Si cette action de prévention n'est pas suivie d'un isolement à domicile, elle ne sert à rien ", prévient le Dr Yves Van Laethem, spécialiste en maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre (Bruxelles). Toutefois, cette décision lourde pourrait immobiliser des acteurs de la lutte contre la grippe (des parents d'élèves exerçant comme médecins et infirmiers), faute de solution de garde pour leurs enfants. Les entreprises s'inquiètent également des absences que cette garde forcée pourrait entraîner. Pensez à acheter des mouchoirs jetables, des gels désinfectants, des gants, des masques. Réduisez au maximum les contacts entre les personnes. Envisagez comment vous pourriez développer le télétravail. Imaginez comment vous pourriez loger vos employés sur place... Assistés par le comité Influenza, les chefs d'entreprise peaufinent leur business continuity planning (BCP), une sorte de boîte à outils à activer dès le signal des autorités. Objectif : faire tourner la boîte en effectifs réduits, et freiner la contagion. Au pic, environ 7 employés sur dix pourraient être absents pendant une semaine, en moyenne (parce qu'ils seront malades, qu'ils s'occuperont d'un proche souffrant, voire par peur d'être contaminés). Un taux record. Mais au sein des entreprises, on envisage également l'indisponibilité simultanée de plusieurs dirigeants, les difficultés d'approvisionnement de fournisseur, la dégradation des services sensibles comme les transports ou l'énergie, la perturbation des services financiers et l'annulation de commandes. " La première question à se poser : quelles sont les fonctions clés à maintenir et celles qui peuvent être interrompues durant douze semaines ? " détaille Jan Eyckmans. Les dirigeants doivent identifier les employés jugés " essentiels ", et les autres, sans lesquels la boîte peut tourner. Pour les " indispensables ", il faudra trouver une doublure. " Etudiez la possibilité de renforcement par des retraités, des intérimaires, des étudiants ", conseille encore le BCP. Carrefour, par exemple, a mis en place des cellules de crise A/H1N1 dans ses 33 filiales. Elles sont coordonnées par une cellule de même nature au siège, à Paris. Le distributeur a aussi réduit fortement les déplacements de ses cadres. Chez BNP Paribas Fortis, les employés sont encouragés à multiplier les mesures d'hygiène : ne pas s'embrasser ni se serrer la pince, ne pas se ronger les ongles ni se curer le nez. Les postes de travail ont été agencés de façon à maintenir une distance de 1,5 mètre. Quant à Electrabel (considérée comme une entreprise de " première nécessité "), en temps normal, les rôles sont déjà doublés ou triplés. Mais l'électricien envisage pour certaines fonctions le télétravail. En fait, la plupart des grandes entreprises ont déjà fait l'expérience de la grippe aviaire fin 2005. Quant aux PME et aux très petites entreprises, " des améliorations doivent encore être réalisées, mais elles s'activent et nous questionnent beaucoup : par exemple, comment s'assurer qu'un local est correctement désinfecté, vais-je effrayer mes clients si je porte un masque ? " reconnaît Jan Eyckmans. Or ce sont ces TPE qui seront " les plus sensibles à un environnement perturbé ". Dans les PME, le risque de contagion y est moindre mais, s'il est avéré, l'enjeu sera de taille : à elles seules, les entreprises de moins de 50 salariés emploient 39 % du secteur privé. En tout cas, le risque de blocage est réel, ces entreprises étant souvent des sous-traitants de grands groupes. Et si ces derniers peuvent remplacer un salarié malade par un autre, c'est rarement le cas dans les PME. Dans le cadre d'une pandémie, le dicton " un homme, une fonction " trouve sa limite... " Ce n'est pas possible à respecter. Le seul conseil utile que je donne est de rester à la maison si on a les symptômes de la grippe ", confie le patron d'une TPE. " Nous resterons ouverts ", affirme d'emblée Catherine Verbeeck, attachée de presse chez Delhaize. Parmi les mesures envisagées, dès septembre, le détaillant distribuera à ses clients des lingettes désinfectantes à appliquer sur les Caddie. Comme le personnel, les clients auront également accès à des distributeurs de gels hydroalcooliques pour se laver les mains sans eau et sans rinçage. Mais, pour l'instant, ni masque ni gants pour les caissières. Delhaize avait en effet stocké des masques pour ses salariés depuis l'épisode de grippe aviaire fin 2005. " Ça effraierait inutilement les clients. " Si l'" on n'exclut rien ", comme moduler les horaires d'ouverture, fermer certains rayons en cas de fort absentéisme, supprimer la vente au détail, aujourd'hui " tout cela ce n'est pas d'actualité ". Tout de même, Delhaize (comme Carrefour) a anticipé les réactions des consommateurs, et garantit des rayons fournis. " En cas de pandémie, on sait que les clients feront moins régulièrement leurs courses. Nous avons donc paré aux éventuelles difficultés d'approvisionnement en augmentant ces dernières semaines nos capacités de stockage en produits de première nécessité. " Chez Carrefour, tout est aussi prévu, ou presque, " pour sécuriser l'acte d'achat des clients ". Le groupe va également équiper ses rayons de gels désinfectants, de mouchoirs... " Nous avions déjà réfléchi au problème lors de la grippe aviaire ", explique Lars Vervoort, responsable presse, sans détailler le " plan pandémie " de Carrefour. Comment savoir qu'un patient est porteur du virus ? Donnera-t-on du Tamiflu à tout le monde au risque de le gaspiller, voire de faire émerger des souches résistantes ? Comment hospitaliser les malades ? Et s'il n'y a plus de lits disponibles ? Les hôpitaux de référence ont bouclé leur " plan pandémie ". " On sait que des malades se présenteront aux urgences pour des signes grippaux. Surtout en ville, où ils se dirigent souvent vers nous, même si venir à l'hôpital en cas de contamination n'est pas une bonne idée ", explique le Dr Yves Van Laethem. Le plan prévoit donc plusieurs mesures, entre autres pour éloigner la contagion. Une précision, tout d'abord : l'entrée principale des hôpitaux sera fermée, ce qui permettra d'" éviter que des patients malades et des visiteurs se baladent et contaminent les autres ". Dès leur arrivée, les patients suspects sont isolés : on leur demandera de se tenir à une distance de 1,50 des " jambes cassées " et de se laver les mains. En cas de grippe avérée, ceux dont le cas n'est pas inquiétant rentrent chez eux " avec un traitement antiviral - du moins s'ils sont "à risques'' - et un stock de masques de protection ". " Au domicile, des mesures doivent être respectées : lavage des mains régulier, port du masque pour le malade et ses proches, restriction des visites... ", poursuit le spécialiste. Ceux qui présentent des complications sont hospitalisés, soit dans une zone réservée à la grippe A, soit en soins intensifs, où un espace est aussi destiné au H1N1. " Dans la grande majorité des cas, la durée d'hospitalisation devrait être de deux à trois jours ", précise le Dr Yves Van Laethem. " Nous sommes préparés à faire face à un afflux massif de grippés ", poursuit-il. Dans le pire scénario, on a même prévu d'appeler en renfort les médecins du travail, les médecins scolaires, les étudiants en médecine ou en infirmerie... " En réalité, tout dépendra de la date de livraison du vaccin. Une fois vacciné, le personnel soignant - particulièrement exposé au virus - sera protégé de toute contamination, ce qui réduira son taux d'absentéisme ", nuance le médecin. Dans le pire scénario, les soins non vitaux seront déprogrammés pour libérer des lits et du personnel. Qui va payer ? Le H1N1 creusera-t-il le déficit des hôpitaux publics ? En cas de pandémie, les dépenses des hôpitaux vont sans aucun doute augmenter. Et les revenus diminuer, en raison précisément de l'annulation d'hospitalisations programmées. Car soigner une grippe rapporte moins d'argent aux établissements. " C'est un problème potentiel. Comment va-t-on s'y retrouver financièrement ? Pour l'instant, nous ne savons pas ", reconnaît Yves Van Laethem. Pour les entreprises de transport, en cas de pandémie, la mission est d'assurer un service minimum. " Nous appliquerons le plan "hiver rigoureux'', indique Michaël François, attaché de presse à la SNCB. Les liaisons domicile-travail seront favorisées, de même que les axes vers les grandes villes. Les réseaux des transports " fret " et " voyageurs " seront rationalisés afin de limiter aussi le nombre de cheminots nécessaires pour assurer le trafic. "Des gels antibactériens ont été distribués aux guichetiers et aux accompagnateurs de train. Le plan prévoit aussi la distribution de masques. Et la SNCB a stocké des gels désinfectants et 10 000 masques (dont on sait qu'ils ne protègent pas contre la contamination et sont inutiles pour les personnes non infectées). Pour l'instant, les contrôleurs contrôlent sans masque, les agents accueillent sans gants et les passagers circulent. Des procédures de lutte contre les épidémies existent depuis longtemps au sein des aéroports et des compagnies aériennes. Mais " le commandant de bord peut toujours refuser d'embarquer des personnes qui présentent un danger pour le vol : qu'elles soient ivres ou malades ", précise Julien Tilkens chez SN Brussels. Par ailleurs, indique la compagnie, les recommandations du comité Influenza sont suivies à la lettre. Si un passager s'avère malade ? " Nous contactons ses voisins immédiats ainsi que les membres d'équipage ", indique la compagnie aérienne. SORAYA GHALI; S.G." avec les pandémies, nous devons nous attendre à l'inattendu "pour les employés jugés indispensables, il faudra prévoir une doublurela grippe a pourrait creuser le déficit des hôpitaux publics