Pendant plus de quinze ans, la plupart des économistes l'ont adulé. Aujourd'hui, ils l'accusent de tous les maux. Alan Greenspan a été le président de la Réserve fédérale (Fed) - la banque centrale américaine - d'août 1987 à janvier 2006. Sa politique a longtemps eu le soutien des principaux acteurs de la première économie mondiale. Depuis le krach boursier d'octobre 1987, ceux-ci pouvaient, en cas de pépin, compter sur la Fed pour soutenir les marchés. Ces coups de pouce ont caractérisé tout le mandat de ...

Pendant plus de quinze ans, la plupart des économistes l'ont adulé. Aujourd'hui, ils l'accusent de tous les maux. Alan Greenspan a été le président de la Réserve fédérale (Fed) - la banque centrale américaine - d'août 1987 à janvier 2006. Sa politique a longtemps eu le soutien des principaux acteurs de la première économie mondiale. Depuis le krach boursier d'octobre 1987, ceux-ci pouvaient, en cas de pépin, compter sur la Fed pour soutenir les marchés. Ces coups de pouce ont caractérisé tout le mandat de Greenspan, que ce soit pour éviter une récession au début des années 1990 ou pour calmer les marchés après le 11-Septembre. Mais, malgré cette politique monétaire plutôt interventionniste - et fondée sur la nécessité de maintenir la croissance plutôt que sur l'obsession d'éviter l'inflation -, son président tenait un discours très libéral pour ce qui concernait les marchés boursiers. Digne héritier d'Adam Smith et de sa " main invisible ", Greenspan n'hésitait pas à affirmer : " L'autorégulation est plus efficace que la réglementation gouvernementale pour éviter les prises de risques abusives. " L'histoire récente lui a donné tort sur ce point. Il l'a reconnu, en octobre dernier, lors d'une audition devant une commission parlementaire du Congrès. Mais là n'est pas le grief principal que lui adressent ses détracteurs. En 2002 et 2003, alors que la déflation (une baisse des prix provoquant un assèchement des liquidités sur le marché) menaçait, la Fed a réduit le taux des fonds fédéraux jusqu'à 1 %. Le hic, c'est qu'elle a maintenu ce taux à ce niveau pendant très longtemps, favorisant ainsi la production de crédits faciles et des produits structurés tant critiqués aujourd'hui. Et lorsque les taux directeurs sont remontés, en 2005 et 2006, les ennuis ont commencé pour ceux qui devaient tout à coup rembourser des mensualités bien plus lourdes... Certains considèrent donc que Greenspan détient une grande part de responsabilité dans la crise financière qui s'est déclarée avec les désormais fameux subprimes. D'autres soulignent que la Fed est une ins- titution où les décisions se prennent collégialement, au comité de politique monétaire. " Greenspan n'est ni Dieu ni le diable ", dit un économiste. " Il est responsable d'un tiers des fautes commises dans la politique monétaire ", juge un autre. " Il est toujours plus facile d'émettre des critiques ex post ", reconnaît un troisième. Une seule certitude : ce Greenspan tant adoré puis tant vilipendé a laissé un héritage difficile à son successeur, Ben Bernanke. Philippe Galloy