Tout commence par un effet d'annonce. Une vedette au crayon affûté - et surtout aux ordi-nateurs prêts à cracher des images époustouflantes - se tient aux côtés d'un maître d'ouvrage tout sourire, fier d'avoir dans son écurie un architecte dont la terre entière parle. L'un et l'autre présentent leur projet, évoquent les lignes audacieuses du bâtiment, ses vertus urbanistiques... Bien souvent, ils laissent deviner qu'ils espèrent avoir droit à leur petit " effet Bilbao ", allusion au musée Guggenheim de Frank Gehry construit dans cette ville et qui donna l'impulsion décisive à sa revitalisation, à la fin des années 90. Tous les rêves semblent permis... jusqu'à ce que le " starchitecte " chute de son pied d'estale et entraîne avec lui ceux qui cro...

Tout commence par un effet d'annonce. Une vedette au crayon affûté - et surtout aux ordi-nateurs prêts à cracher des images époustouflantes - se tient aux côtés d'un maître d'ouvrage tout sourire, fier d'avoir dans son écurie un architecte dont la terre entière parle. L'un et l'autre présentent leur projet, évoquent les lignes audacieuses du bâtiment, ses vertus urbanistiques... Bien souvent, ils laissent deviner qu'ils espèrent avoir droit à leur petit " effet Bilbao ", allusion au musée Guggenheim de Frank Gehry construit dans cette ville et qui donna l'impulsion décisive à sa revitalisation, à la fin des années 90. Tous les rêves semblent permis... jusqu'à ce que le " starchitecte " chute de son pied d'estale et entraîne avec lui ceux qui croyaient au miracle. Cette année qui s'achève ne manque pas d'exemples en la matière. Lauréat 2013 des meilleurs flops en termes de buildings-événements, l'architecte espagnol Santiago Calatrava en a particulièrement pris pour son grade ces derniers mois. Chez nous d'abord, avec sa fameuse gare de Mons qui, contrairement à ce qui était espéré au départ, sera opérationnelle mais pas complètement terminée en 2015, lorsque le chef-lieu du Hainaut deviendra capitale européenne de la culture. Mais aussi dans son pays, où le parti Esquerra Unida a créé un site Web (www.calatravatelaclava.com) pour dénoncer les bourdes budgétaires du concepteur, à l'image de sa grandiose Cité des arts et des sciences de Valence (photo), qui a coûté plus de 1 milliard d'euros contre 300 millions annoncés, ou de la station de transports de Ground Zero qui sera livrée en 2015, avec six ans de retard et des dépenses supplémentaires pharaoniques. En septembre dernier, le New York Times dressait, à son tour, une liste de griefs accablants envers le Catalan, soulignant les dysfonctionnements techniques de ses oeuvres, à l'instar de cette passerelle piétonne en verre, à Bilbao, impraticable par temps de pluie... Mais au rayon des fiascos, d'autres grands noms se distinguent également. Tels que Jean Nouvel, dont le chantier de la Philharmonie de Paris a pris deux ans de retard et qui aurait déjà triplé l'enveloppe initialement prévue. Un triste record surpassé par le cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au qui inaugurera en 2014 - au lieu de 2007 - un énorme " cristal ", le musée des Confluences, à Lyon, et a déjà quasi quadruplé l'estimation de départ. Quant au Français Rudy Ricciotti - qui a connu en 2013 des démêlés avec la justice pour avoir fait démolir sans permis des constructions sur un site protégé -, son très beau projet pour le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), ouvert en juin dernier, a lui aussi largement dépassé les 100 millions attribués. Il semblerait donc que le vent tourne - aidé très probablement par la crise économique. Les icônes d'hier deviennent les tartuffes d'aujourd'hui. Et, alors qu'en Asie et au Moyen-Orient la surenchère bat son plein, en Occident la raison l'emporte désormais sur la sensation. " Les questions posées par les starchitectes sont souvent tout sauf claires et ciblées tant au niveau de l'impact local et environnemental qu'en termes de budget, dénonce Olivier Bastin, bouwmeester de la Région bruxelloise. Le résultat correspond en général à des produits - même pas des projets - plutôt anarchiques, manquant de subtilité et d'identité réelle. " Et de promouvoir " une stratégie d'acupuncture pour remailler le tissu urbain d'un ensemble d'architectures de qualité, plutôt que d'être à la recherche de mégastructures aisément médiatisables ". Un changement de cap entamé mais qui nécessitera, à l'avenir, l'appui tant des pouvoirs publics que des maîtres d'ouvrages privés... FANNY BOUVRYLes icônes d'hier deviennent les tartuffes d'aujourd'hui.