Les ouvriers philippins, pakistanais, indiens ou sri lankais ne sont pas les seuls à subir l'arbitraire des entrepreneurs des pays du Golfe, toujours enclins à assouvir les désirs de grandeur de leurs dirigeants, à l'instar de l'émir du Qatar qui sera l'hôte du prochain Mondial de football en 2022 ( voir page 66). Dans L'Ombre du solei...

Les ouvriers philippins, pakistanais, indiens ou sri lankais ne sont pas les seuls à subir l'arbitraire des entrepreneurs des pays du Golfe, toujours enclins à assouvir les désirs de grandeur de leurs dirigeants, à l'instar de l'émir du Qatar qui sera l'hôte du prochain Mondial de football en 2022 ( voir page 66). Dans L'Ombre du soleil (Actes Sud Sindbad, 192 p.), l'écrivain koweitien Taleb Alrefai met en scène Hilmi, professeur d'arabe décidé à s'exiler au Koweït pour s'enrichir et ainsi sortir son épouse et son fils de l'enfermement du domicile parental auquel le réduit sa vie de misère en Egypte. Malheureusement, l'eldorado annoncé va se transformer en chimère. Les démarches administratives aussi coûteuses que laborieuses, la charge d'un travail ouvrier faute d'opportunité d'enseigner, l'arbitraire des petits chefs, l'escroquerie par un sous-traitant véreux, l'impossibilité de voies de recours... : Hilmi devra se résoudre à renoncer à son rêve de bien-être pour sa famille. " Tu ne gagneras rien au Koweït ", l'avait pourtant prévenu son père avant son départ. La réalité s'avérera même plus douloureuse pour Hilmi. " L'argent ici est un fruit empoisonné. Il sent l'aridité, le malheur, l'humiliation et l'avilissement ", se résigne-t-il à concéder. Au moins résistera-t-il au suicide. Akram, un ouvrier indien, y succombera parce qu'il a été forcé de " mettre en hypothèque " sa femme et ses enfants auprès d'un propriétaire terrien pour espérer payer ses dettes. Même si les législations sociales ont connu des avancées dans les pays du Golfe depuis la parution du livre en arabe (1998), ce roman illustre bien une tradition d'inégalité et de mépris pour l'autre.