Ils l'ont fait. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres, les organisateurs ont diffusé un morceau des Sex Pistols (Pretty Vacant) en présence de la reine Elisabeth II. En 1977, leur interprétation furibarde de God Save the Queen avait été bannie des ondes de la BBC. Les temps ont changé. Le punk rock sale et méchant fait désormais partie du patrimoine musical anglais. Et le chanteur Johnny Rotten est élevé au rang de monument. Après l'explosion en plein vol des Sex Pistols, en 1978, le gamin des rues de Londres, de son vrai nom John Lydon, a formé Public Image Limited (voir l'encadré page 65). En 2012, il revient côté PiL avec un nouvel album. Côté face, il célèbre les 35 ans du manifeste Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols. Voilà deux bonnes raisons de prendre le pouls du punk avec ce quinquagénaire volubile, gouailleur et bourré d'humour.
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Ils l'ont fait. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres, les organisateurs ont diffusé un morceau des Sex Pistols (Pretty Vacant) en présence de la reine Elisabeth II. En 1977, leur interprétation furibarde de God Save the Queen avait été bannie des ondes de la BBC. Les temps ont changé. Le punk rock sale et méchant fait désormais partie du patrimoine musical anglais. Et le chanteur Johnny Rotten est élevé au rang de monument. Après l'explosion en plein vol des Sex Pistols, en 1978, le gamin des rues de Londres, de son vrai nom John Lydon, a formé Public Image Limited (voir l'encadré page 65). En 2012, il revient côté PiL avec un nouvel album. Côté face, il célèbre les 35 ans du manifeste Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols. Voilà deux bonnes raisons de prendre le pouls du punk avec ce quinquagénaire volubile, gouailleur et bourré d'humour. John Lydon : Je me suis battu. Mon label refusait de me produire tant que je ne remboursais pas l'argent que je lui devais. Ça n'a jamais été mon choix d'arrêter la musique. J'ai dû attendre que le contrat arrive à son terme. Ce système marche sur la tête. On me considère comme une icône de la musique moderne et on m'empêche de faire des disques. Mais McLaren a perdu ! Et j'ai quand même décidé de laisser Johnny Rotten derrière moi. Il fallait faire table rase. Le nom de mon deuxième groupe, PiL, y fait référence, d'ailleurs. " Public Image Limited " : mon image publique doit être limitée. C'est vital. L'envie de me taper la tête contre les murs. On m'a forcé à faire ce boulot de comptable, et donc je déteste çaà Même si c'est libérateur, c'est compliqué et laborieux. J'ai quitté le Royaume-Uni parce que la situation devenait invivable. Je me faisais taper dessus par les flics et poignarder par les monarchistes radicaux [NDLR : agressé par un gang de royalistes en 1977, il reçut plusieurs coups de couteau et faillit perdre un £il]. Je me plais bien à Los Angeles. Vu la quantité de flingues qu'il y a sur ce continent, je trouve ça fou qu'il n'y ait pas plus de morts dans les rues. L'idée selon laquelle les Américains seraient un peuple fondamentalement violent est un préjugé. L'Angleterre a perdu de sa saveur. Je le sais, j'y retourne régulièrement. Mais je fais également référence à ce qui m'est arrivé petit. J'ai été atteint d'une méningite à l'âge de 7 ans et je suis resté dans le coma pendant plus d'un an. A mon réveil, tous mes souvenirs avaient disparu. J'étais incapable de reconnaître mes propres parents. La première partie de ma vie, ma petite enfance dans les quartiers pauvres de Londres, est morte. A mon réveil, il a fallu que je fasse confiance à deux adultes qui se proclamaient mes parents. Plus tard, je me suis rendu compte que j'avais eu raison de le faire. C'est sûrement pour ça que je suis de nature optimiste. Je crois à la deuxième chance. Je crois au changement. Je ne compte plus les gens qui sont morts autour de moi récemment. Mon père, ma belle-filleà Et mon frère vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancerà Tout ces événements m'ont poussé dans mes retranchements et m'ont obligé à l'introspection. Nous étions jeunes. Nous nous sommes trop battus, nous avions du mal à communiquer, et l'héroïne a détruit Sid [Vicious, bassiste du groupe, mort d'overdose en 1979]. Les Sex Pistols ont explosé en plein vol. C'était parfaitement logique, à défaut d'être prévisible. Mais ce qui m'étonne le plus dans cette histoire, c'est que nous étions traités de voyous alors que nous véhiculions avant tout un message d'honnêteté et de vérité. Les Sex Pistols avaient un rôle d'utilité publique. Non, franchementà Comment pouvez-vous me poser cette question ? Si vous tenez à ces étiquettes, dites plutôt que je suis humanisteà Mais intello ! [Rire.] Non, l'indifférence glaciale des intellectuels pour les petites gens comme moi me fait froid dans le dos. Pas du tout. En 1978, l'industrie a voulu faire des Sex Pistols un groupe grotesque, à l'image des Stones. Un dinosaure figé dans du formol. Quelque chose de bien dégueulasse. Ce que j'ai dit lors de ce concert n'était que la triste vérité. Le punk devenait risible, parce que le système était sur le point de s'en emparer. Le système, que j'appelle le " shitstem ", voulait vendre notre révolte comme un tube de dentifrice. C'était le moment de foutre le camp. L'écriture. Et j'en suis très fier. Rien à l'époque n'était comparable à la justesse de notre message. En vieillissant, je me suis rendu compte que l'insurrection contre l'establishment n'est pas la seule chose qui compte dans la vie. Même si le propos est toujours aussi pertinent. Oui, il vieillit, comme moi. Plutôt bien ! Ce qui m'étonne, franchement, c'est la qualité des paroles. Non. Je ne fais pas vraiment la différence entre la gauche et la droite. Nous avons besoin des deux bords, c'est vital. Un oiseau a besoin de deux ailes pour voler, non ? Si vous êtes de gauche, je vous conseille de fréquenter des gens de droite, d'ailleurs. Et inversement. Je pense que le consensus est morbide. Cela m'a permis de rembourser une partie de mes dettes et de financer mon dernier album. Et, franchement, les gens de Country Life sont bien plus aimables que tous ces vautours de l'industrie musicale. Et leur beurre est excellent. Vous connaissez ? Donc, Country Life était un plan de relance comme un autreàExactement. Jamais. Je déteste les gens cyniques, il n'y a rien de plus déprimant. En revanche, je suis très sensible à la satire et à l'ironie : je suis anglais, mon grand ! Je sais, il faut les faire marrer en pétant ou en grimaçant comme un macaque. C'est à cause de leurs racines puritaines, ça. C'est une catastrophe. Vous parlez à qui depuis une heure, là ? Le secret, c'est de ne jamais précipiter une révolution. Les vrais messages résistent à l'usure du temps, et les connards finissent toujours par se faire baiser. This Is PiL, Public Image Limited (Differ-Ant). Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols, The Sex Pistols (Universal). Réédition spéciale pour le 35e anniversaire du disque. Sortie le 17 septembre. PROPOS RECUEILLIS PAR IGOR HANSEN-LOVE