Les faussaires en matière de tonneaux sont avertis: plus question de faire passer une vulgaire barrique en bois anonyme pour un précieux fût issu de la forêt de Tronçais ou de l4Argonne. Car, pour débusquer les fraudeurs, les propriétaires de grand cru disposent désormais d'un nouvel outil, digne de la police scientifique: le premier fichier d'empreintes génétiques des chênes européens.
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Les faussaires en matière de tonneaux sont avertis: plus question de faire passer une vulgaire barrique en bois anonyme pour un précieux fût issu de la forêt de Tronçais ou de l4Argonne. Car, pour débusquer les fraudeurs, les propriétaires de grand cru disposent désormais d'un nouvel outil, digne de la police scientifique: le premier fichier d'empreintes génétiques des chênes européens.Cet inventaire en cours de publication est unique au monde. Sa réalisation a nécessité les efforts conjugués de 13 laboratoires, dans 8 pays, coordonnés à partir de Bordeaux par l'unité de recherche forestière de l'Inra (Institut national français de la recherche agronomique), avec le financement de l'Union européenne. Ce recensement porte sur plus de 2 600 forêts de deux espèces de chênes blancs, le groupe le plus répandu sur le continent: chaque futaie dispose d'une véritable carte d'identité, déterminée à partir de l'ADN des chloroplastes, les compartiments cellulaires impliqués dans la photosynthèse des végétaux. Les scientifiques ont ainsi pu retracer l'histoire de ces arbres et montrer notamment le rôle essentiel des hommes dans la reforestation de l'Europe après les grandes glaciations. Il y a dix-huit mille ans, en effet, la végétation était réduite au pourtour méditerranéen. Pour expliquer les mécanismes de la reconquête, les botanistes de l'Inra se sont associés aux spécialistes des pollens fossiles de l'Institut méditerranéen d'écologie et de paléoécologie de l'université Aix-Marseille III. "Grâce à leur banque de données, nous avons pu comparer la carte actuelle avec la répartition, à différentes périodes, des restes de ces végétaux", explique Antoine Kremer, coordinateur du projet pour l'Inra à Bordeaux. Les chercheurs ont ainsi reconstitué les voies de recolonisation et de migration empruntées par les chênes. Surprise: durant ce laps de temps, leur avancée a été incroyablement rapide - en moyenne, plus de 500 mètres par an. Deux vecteurs possibles: l'être humain et le geai. Selon les ornithologues, cet oiseau est capable de transporter un gland sur une telle distance. Mais les chercheurs penchent plutôt pour la première solution. En période de disette, ou lorsque l'homme bâtissait son habitat, il partait se ravitailler dans les sous-bois. Avant de disperser ces précieux germes dans ses campements en plaine... Mais le fichier d'empreintes génétiques ne servira pas qu'aux historiens. Plus prosaïquement, il va permettre la constitution d'une base de données utile aux industriels de la filière bois. Grâce à lui, les professionnels seront ainsi bientôt en mesure d'établir l'origine géographique d'un produit en chêne: graine, meuble, barrique ou même oeuvre d'art. L'Inra et le Centre technique français du bois et de l'ameublement (CTBA) travaillent actuellement à finaliser le procédé d'extraction de l'ADN du bois mort. Avec, à la clef, un enjeu essentiel: l'Ecocertification, un label garantissant que les forêts sont exploitées de façon durable. Mais, déjà, une start-up spécialisée dans la traçabilité, Sylvabio, propose de valoriser ces acquis dans le domaine du reboisement: elle s'engage à retrouver l'origine géographique d'un lot de glands.Vahé Ter Minassian