Oubliez le titre (peu engageant), et précipitez-vous sur ce premier roman ouvertement autobiographique de Maria Gainza, critique d'art argentine dont l'érudition le dispute à une grande intelligence, une sensibilité peu commune et un féroce sens de l'humour. Rien d'académique sous la plume de cette journaliste à Radar, le supplément dominical du quotidien Pagina/12, à ...

Oubliez le titre (peu engageant), et précipitez-vous sur ce premier roman ouvertement autobiographique de Maria Gainza, critique d'art argentine dont l'érudition le dispute à une grande intelligence, une sensibilité peu commune et un féroce sens de l'humour. Rien d'académique sous la plume de cette journaliste à Radar, le supplément dominical du quotidien Pagina/12, à Buenos Aires. Au contraire. Elle n'a pas son pareil pour faire entrer en résonance les moments clés de son existence avec les tableaux qui l'ont marquée et pour entrelacer confessions intimes et considérations originales sur la vie et l'oeuvre d'artistes très divers, de Courbet à Rothko, d'Hubert Robert à Henri de Toulouse-Lautrec, du modeste " douanier " Henri Rousseau au " caméléonesque " Foujita. Moins connu, Alfred de Dreux, peintre animalier français du xixe siècle, ouvre le bal avec La Chasse au cerf : fascinée par son " symbolisme atavique ", la narratrice en vient à évoquer la mort accidentelle d'une ex-amie de lycée, victime d'une balle perdue. " On écrit une chose pour en raconter une autre ", reconnaît-elle, donnant d'emblée le ton très libre de ce récit où souvenirs d'enfance, amitiés, relations familiales et conjugales, réflexions existentielles et " innombrables angoisses " s'invitent à l'improviste. L'auteure n'en perd pas pour autant son fil rouge artistique, passionnant, et convie également de nombreux écrivains - W. B. Yeats, Marcel Schwob, Marc Aurèle, Carson McCullers, T. S. Eliot, Marguerite Duras, Henry James, Sylvia Plath, etc. Sans oublier Montaigne, qui disait : " Les choses nous paraissent, plus grandes de loin que de près. " Message reçu par Maria Gainza, qui rend accessibles des chefs-d'oeuvre que l'on croyait hors de portée.