" A la base, c'est une idée collective, un délire, transporté à la scène. Nous sommes une douzaine d'artistes formées à la comédie, qui se sont rencontrés dans des ateliers de théâtre amateur. Un ami qui avait ouvert un café-resto nous a invités à venir animer des soirées chez lui : on a sorti les guitares en soirée. " Emmené, au début des années 2010, par une bande de potes parisiens, le collectif des Franglaises est aujourd'hui à la tête de 850 représentations d'un spectacle au succès signifiant. Son contenu ? Une quinzaine de classiques anglophones amenés dans une stricte traduction du patois original à l'idiome de Gilbert Bécaud. L'occasion...

" A la base, c'est une idée collective, un délire, transporté à la scène. Nous sommes une douzaine d'artistes formées à la comédie, qui se sont rencontrés dans des ateliers de théâtre amateur. Un ami qui avait ouvert un café-resto nous a invités à venir animer des soirées chez lui : on a sorti les guitares en soirée. " Emmené, au début des années 2010, par une bande de potes parisiens, le collectif des Franglaises est aujourd'hui à la tête de 850 représentations d'un spectacle au succès signifiant. Son contenu ? Une quinzaine de classiques anglophones amenés dans une stricte traduction du patois original à l'idiome de Gilbert Bécaud. L'occasion de ramener Hotel California à son équivalent naturel d'Hôtel Californie ainsi que des standards pêchés, par exemple, chez The Beach Boys et une monumentale adaptation d' I Get Around en Reste autour. Parmi les autres tubes-victimes : Eye Of the Tiger de l'épisodique Survivor (1982), Fever de Peggy Lee (1960), The Show Must Go On de Queen (1991) et, bien sûr, You Can Leave Your Hat On, de Randy Newman, popularisé par Joe Cocker en 1986, et qui, en version franglaise, donne un type tout maigre en caleçon en scène. Debout, sur une chaise, avec son chapeau. Au départ, il s'agit plutôt d'une semi-blague, défouloir ne cherchant pas forcément le défi sémantique. Mais au fil du temps, le cabaret a pris de l'épaisseur : non seulement, la retranscription des musiques originales tient la route mais le show la dépasse. Difficile de ne pas noter le Monsieur Loyal qui emmène une bande de douze intervenants - chanteurs-musiciens-acteurs - en la personne de Jonathan. Mix physique de Carlos (le chanteur) et de Mouloud (l'animateur). Avec un zeste de John Belushi pour le swing hyperkinétique : un des moments emblématiques du spectacle des Franglaises est d'ailleurs celui où Jonathan va chercher un membre masculin du public pour danser sur Ta chanson, fameux tube d'Elton John. D'après les intéressés, l'emprunt à l'absurde tient pas mal aux Monty Python, avec toute latitude laissée à la parodie. Mais ce qui distancie l'entreprise des Franglaises d'une sorte de karaoké bilingue tient aussi à une certaine filiation hexagonale. " Notre travail, précise Jonathan, peut effectievement être relié à celui des Inconnus ou du Splendid, d'une culture pop ou télé. Mais quand on a fait nos classes de théâtre, on a aussi digéré le répertoire classique et contemporain. Au tout début, le spectacle ne faisait rien d'autre qu'être un blind test de chansons face au public, et puis on s'est dit qu'il fallait que cela parte ailleurs. " Très certainement du côté d'un humour inscrit dans une dramaturgie énergétique. D'où cet accueil du public qui réagit fort à cette tornade marrante : " Je pense qu'on touche à l'affectif, à la vie privée des gens. Quand on joue ce spectacle, les spectateurs sortent en disant qu'ils sont heureux, qu'il y a longtemps qu'ils n'ont pas rigolé comme cela. Je ne sais pas si c'est spécifique à la France, mais après le Bataclan et plein de choses difficiles, les gens ont besoin d'être ensemble, socialement, de partager de la musique et de rigoler. Le sens du collectif fait partie du spectacle. "