Cinq mois après son bref passage au secrétariat d'Etat à la Pauvreté, Frédéric Laloux n'en démord pas : il avait, dit-il, les épaules pour assumer la tâche qui lui avait été confiée. " J'ai une vraie légitimité politique depuis dix-sept ans. Je suis un municipaliste, un homme de terrain. "
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Cinq mois après son bref passage au secrétariat d'Etat à la Pauvreté, Frédéric Laloux n'en démord pas : il avait, dit-il, les épaules pour assumer la tâche qui lui avait été confiée. " J'ai une vraie légitimité politique depuis dix-sept ans. Je suis un municipaliste, un homme de terrain. "La politique namuroise, c'est un peu comme si le jeune Frédéric Laloux était tombé dedans quand il était petit. Son père, Francis Laloux, a été échevin de la Culture PSC. Quand il décide de prendre le relais, Frédéric frappe à la boutique d'en face. A 25 ans, il devient conseiller communal PS, puis échevin aux Sports de 2000 à 2006, sous le règne de son mentor, Bernard Anselme. Aux dernières élections communales, le PS, qui tenait les rênes du pouvoir communal depuis trente ans, s'écroule, miné par les dissensions internes et par l'affaire Sotegec. Le président Elio Di Rupo décide alors de tourner la page et de favoriser les nouvelles générations. Frédéric Laloux, réputé travailleur, se reconvertit en chef de l'opposition PS au conseil communal. " Une opposition tatillonne ", disent les plus polis. " Un emmerdeur ", précisent les autres. Frédéric Laloux saute un peu maladroitement sur tous les sujets qui bougent, et le premier échevin Ecolo Arnaud Gavroy est rapidement dans sa ligne de mire. Au même moment, après neuf mois de gestation, le gouvernement fédéral voit enfin le jour. Le PS y décroche deux postes de secrétaires d'Etat. Le nom de Frédéric Laloux est soufflé à l'oreille d'Elio Di Rupo qui, en quête d'un nouveau champion pour Namur, le propulse sous les projecteurs. A partir de là, la vie du jeune conseiller communal va prendre un tour un peu particulier. " J'ai accepté sans hésitation, même si je ne savais pas de quel portefeuille j'allais hériter ", explique-t-il avec une pointe de fierté mal dissimulée. L'après-midi même, il prête serment devant le roi, en français et en néerlandais. A Namur, certains lui prédisent qu'il va se faire démolir. De fait, en dépit de ses efforts linguistiques, le nouveau secrétaire d'Etat à la Pauvreté fait rapidement l'objet d'une polémique. Une communication douteuse sur sa voiture-bureau, un retour de flamme sur l'utilisation des cartes d'essence et, surtout, une note de politique générale qualifiée d'indigente : les coups viennent de tous les côtés, y compris du sien... Au PS, d'aucuns évoquent ouvertement une erreur de casting. " C'est vrai qu'à un moment, tous les journalistes voulaient avoir un truc sur Laloux, raconte l'un de ses collègues. On l'a parfois accusé de tout et n'importe quoi, mais, à la fin, c'est quand même lui qui s'est mis dans le pétrin. " L'intéressé lui, persiste et signe : " On s'est acharné sur moi. On a monté en épingle des choses qui, en d'autres circonstances, n'auraient pas soulevé le moindre intérêt. " Il zappe l'absence de fond de sa note de politique générale pour rappeler à qui veut l'entendre que les autres secrétaires d'Etat n'ont pas eu droit à la même couverture médiatique. Bref, Frédéric Laloux plaide non coupable. Mais la pression devient vite insupportable. " J'aurais pu continuer sans problème, assure-t-il. C'est dans mon caractère : je suis un optimiste de nature. Mais l'impact sur ma famille et sur les gens que je devais représenter était trop important. Alors, je suis parti. " Le Namurois s'est brûlé les ailes moins de quatre semaines après avoir rejoint le gouvernement fédéral. Revenu à Namur, Frédéric Laloux suscite à la fois de la compassion et quelques sarcasmes, au sein du conseil communal. Le bourgmestre, Jacques Etienne (CDH), lui-même empêtré dans une affaire de propos racistes, salue le retour d'un homme resté debout. D'autres expliquent plus discrètement que l'ancien échevin aux Sports est très doué pour organiser une étape du Tour de France à Namur. Mais, être secrétaire d'Etat, c'est un autre métier, ajoutent-ils, et Frédéric Laloux n'est pas fait du bois dont on taille les ministres. C'est finalement de son propre camp que les claques les plus sonnantes partiront. Certains socialistes lui demandent de faire un pas de côté et d'abandonner sa place de chef de groupe. Il refuse, s'arc-boutant sur les nombreux messages de soutien qui lui parviennent. " Puisqu'on ne m'a pas choisi de remplaçant, c'est que je suis encore chef de groupe, conclut-il. Mais, attention, dans cette expression, il ne faut pas insister sur le mot chef : le PS namurois en compte suffisamment sans moi. "Bref, Frédéric Laloux se retrouve à la tête d'un groupe politique balkanisé, dont les membres ne parviennent pas à s'entendre sur les missions de son chef au sein du conseil communal. Une situation ubuesque qui fait doucement sourire la majorité. Frédéric Laloux, lui, croit dur comme fer que le PS namurois va rebondir. Il continue à minimiser la portée des événements qui lui sont tombés dessus et affirme qu'il regarde l'avenir plutôt que le passé. Il n'en prépare pas moins un livre sur sa parenthèse ministérielle. " Je ne suis pas rancunier, mais je n'oublie rien. "Ol. H.