Eh bien, mesdames et messieurs, je vous propose de commencer nos travaux. " Ce jeudi 28 mai, Didier Donfut ouvre la séance du conseil communal de Frameries. Presque comme si de rien n'était. Presque... Quelques minutes plus tôt, on a vu l'ex-ministre wallon de l'Action sociale faire les cent pas sur la Grand-Place, l'oreille collée au GSM, visiblement nerveux. La présence de 60 personnes dans le hall de l'hôtel de ville est tout aussi inhabituelle : les supporters de Didier Donfut sont venus soutenir leur champion déchu. Certains auraient aimé une haie d'honneur pour saluer l'arrivée du maïeur, mais lui-même les en a dissuadés.
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Eh bien, mesdames et messieurs, je vous propose de commencer nos travaux. " Ce jeudi 28 mai, Didier Donfut ouvre la séance du conseil communal de Frameries. Presque comme si de rien n'était. Presque... Quelques minutes plus tôt, on a vu l'ex-ministre wallon de l'Action sociale faire les cent pas sur la Grand-Place, l'oreille collée au GSM, visiblement nerveux. La présence de 60 personnes dans le hall de l'hôtel de ville est tout aussi inhabituelle : les supporters de Didier Donfut sont venus soutenir leur champion déchu. Certains auraient aimé une haie d'honneur pour saluer l'arrivée du maïeur, mais lui-même les en a dissuadés. Un conseil communal peu ordinaire, donc. " Avant de passer au premier point de l'ordre du jour, je vous dois quelques explications, commence Didier Donfut. Je tiens d'abord à vous rassurer : je n'ai volé personne, je n'ai rien fait d'illégal... " Soupir bruyant de Catherine Fonck, ministre de la Santé en Communauté française et conseillère communale CDH à Frameries. Didier Donfut fait mine de ne pas la voir. Et poursuit pendant un quart d'heure son discours d'autojustification, longuement applaudi à la fin par ses aficionados. Malaise dans les rangs du CDH. Les humanistes siègent dans la majorité aux côtés du PS. Ils auraient voulu que Didier Donfut démissionne d'emblée du maïorat, et laisse son successeur Jean-Marc Dupont présider le conseil communal. Mais Didier Donfut veut être bourgmestre, une dernière fois. Crispation. Interruption de séance. Didier Donfut (52 ans) profite de la pause pour se confier. " Cette affaire, c'est de l'hypocrisie pure. Mon rôle dans le secteur de l'énergie, tout le monde le connaît depuis des années. " En veut-il à la direction du PS ? " Elio a été fraternel. Il m'a dit : "Ce que tu fais, je le sais, André Antoine le sait. Mais c'est inexplicable pour l'instant. Alors, fais un pas de côté, c'est l'intérêt du parti." " Le futur ex-bourgmestre brandit des documents, cite des chiffres, soutient que ses missions de consultance ne lui rapportaient que 3 117 euros net par mois, dont 1 800 versés à son fils. " On a fait une tempête pour 3 117 euros ", soupire-t-il. Dès la reprise de la séance, Manu Disabato (Ecolo) s'adresse à Didier Donfut : " Monsieur Dupont nous avait dit qu'on mettrait la question de votre démission comme premier point à l'ordre du jour. " Didier Donfut le coupe sèchement : " Le bourgmestre, c'est moi ! Je dirige les travaux comme je l'entends. Quel est le problème que je dirige le conseil ? C'est de l'acharnement ! " Catherine Fonck prend la parole au nom du CDH : " Nous ne pouvons pas cautionner les propos que vous avez tenus, Monsieur Donfut. Nous trouvons regrettable que vous utilisiez le conseil communal comme tribune. " Sur le fond, pourtant, le CDH s'incline : Donfut va présider le conseil, comme il le voulait. Ce n'est qu'à la fin de la séance, vers 22 heures, qu'il démissionnera, des trémolos dans la voix. Aux fenêtres de la Maison du peuple de Frameries, les affiches de Didier Donfut, 3e sur la liste PS aux régionales, restent bien en vue. L'homme à la moustache est toujours président de la fédération socialiste de Mons-Borinage. " Il est probable qu'en juillet je remette mon mandat en jeu, pour que les affiliés se prononcent, annonce-t-il. Mais je serai candidat à ma succession. " Qu'adviendra-t-il le 7 juin ? " Le PS va se prendre une belle gamelle. Et nous, malheureusement, on va aussi payer les pots cassés ", prédit Catherine Fonck, tête de liste CDH. Ecolo pourrait en tirer avantage. Sur ses tracts, le chef de file des verts, Manu Disabato (30 ans), pose en conquérant avec un veston blanc et des airs de Nicolas Cage. Fils d'un ouvrier des Forges de Clabecq, proche des syndicats : un profil choisi exprès, jurerait-on, pour chasser sur les terres du PS. FRANÇOIS BRABANT