La conclusion d'un nouvel accord entre Fortis et BNP Paribas a instantanément été saluée par la Bourse : le cours de Fortis est remonté de 21 % le lundi 9 mars. Simple soupir de soulagement des marchés ? Enième vague spéculative ? Ou véritable regain de confiance dans le potentiel de l'ancien fleuron bancaire ? Difficile de se prononcer. En tout cas, les analystes ont réagi au quart de tour. Nous vous proposons une synthèse de leurs prévisions.
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La conclusion d'un nouvel accord entre Fortis et BNP Paribas a instantanément été saluée par la Bourse : le cours de Fortis est remonté de 21 % le lundi 9 mars. Simple soupir de soulagement des marchés ? Enième vague spéculative ? Ou véritable regain de confiance dans le potentiel de l'ancien fleuron bancaire ? Difficile de se prononcer. En tout cas, les analystes ont réagi au quart de tour. Nous vous proposons une synthèse de leurs prévisions. Il faut les lire en n'oubliant pas qu'à ce stade il est impossible d'avoir la moindre idée précise sur la santé du groupe Fortis et sur ses perspectives de bénéfices. D'abord, les actionnaires doivent encore approuver ce plan de sauvetage ; ensuite, la publication du bilan 2008 a été repoussée à fin mars, ce qui empêche les analystes de faire des estimations à partir des données les plus récentes ; enfin, comme le reste du monde, Fortis est confronté à une crise économique mondiale. Pour se faire une idée de la situation de Fortis, il faut donc se contenter des derniers chiffres disponibles, qui ne concernent que les neufs premiers mois de l'exercice. De plus, ces données avaient été élaborées à partir de l'hypothèse d'un " oui " des actionnaires au premier plan de sauvetage... dont les conditions étaient différentes. Pourquoi, alors, le titre a-t-il augmenté ? A cause de la spéculation, et d'un certain sentiment que la saga tire à sa fin. Les analystes d'ING Benelux livrent leur pronostic dans un rapport intitulé " Pour le meilleur ou pour le pire ". Un titre qui révèle leur conviction : il sera difficile d'obtenir quoi que ce soit en plus de cet accord. Les changements envisagés, notent-ils, constitueraient une légère amélioration ; ils citent notamment une hausse de 510 millions d'euros de la valeur nette des actifs (NAV, dans le jargon spécialisé) et de 1 065 millions d'euros des liquidités nettes. Fortis disposerait donc de liquidités nettes équivalentes à 1,3 euro par action. Or le cours du titre était, jusqu'à l'annonce du 9 mars, inférieur à ce montant. Et l'action est sous-évaluée, si l'on considère son ratio cours/bénéfices, par rapport au reste du secteur bancaire. Pourtant, ING Benelux n'anticipe pas une hausse notable du cours de Fortis, fixant un " objectif " de 1,4 euro seulement. Et ces analystes lui accordent la mention " conserver en portefeuille ". Les petits actionnaires en auront-ils le c£ur un peu réchauffé ? En tout cas, vu la situation des marchés et les légères améliorations apportées par l'accord, ING Benelux anticipe un " oui " des actionnaires. D'autant que l'hypothèse d'un Fortis indépendant est à leurs yeux utopique. Les spécialistes de la Banque Degroof parient aussi sur une victoire du " oui ", estimant que les actionnaires parviendront naturellement à la conclusion qu'à ce stade un refus ne déboucherait pas sur l'obtention de gains supplémentaires significatifs. Avec les mêmes incertitudes qu'ING Benelux, la Banque Degroof établit un objectif de cours de 1,6 euro, soit une décote de 30 % par rapport à son calcul de la " NAV " de Fortis. Cette décote " n'est pas excessive vis-à-vis des autres holdings et vu les éléments d'incertitude supplémentaires inhérents à Fortis ", ajoute l'établissement, qui préfère prévenir : ses estimations sur Fortis et sa recommandation d'" accumuler " le titre seraient caduques si le " non " venait à l'emporter. A bon entendeur... Parmi les avantages du nouvel accord, KBC Securities cite une plus grande coopération entre Fortis et BNP Paribas dans le secteur des assurances et une réduction, chez Fortis, du poids des actifs toxiques. KBC figure parmi les plus optimistes des analystes du marché, en fixant un objectif de cours de 2,25 euros. Cela dit, l'institution assortit sa recommandation d'acheter le titre d'un avertissement : " A titre spéculatif. " Tout est dit ! Que déduire de ce trio de prévisions tâtonnantes ? Qu'on se trouve face à une équation aux inconnues si nombreuses : quid du vote des actionnaires ? Quid des résultats de Fortis en 2008 ? Quid de la dépréciation des actifs du volet assurances de Fortis ? Etc. Et que le titre est réservé à quelques têtes brûlées. Béatrice Denis