Pour la 26e fois de son histoire, soit pratiquement un an sur deux, le club d'Anderlecht s'apprête à fêter le titre de champion de Belgique. Une distinction méritée. L'équipe bruxelloise a réussi à mener de front une campagne européenne exceptionnelle, très exigeante sur les plans physique et mental, avec une trajectoire nationale presque sans faute: une seule défaite et l'obtention d'un total de points record. De plus, pour un sacre sans bavure, les Mauves ont battu à deux reprises leur rival brugeois, le seul club à lui avoir fait obstacle.
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Pour la 26e fois de son histoire, soit pratiquement un an sur deux, le club d'Anderlecht s'apprête à fêter le titre de champion de Belgique. Une distinction méritée. L'équipe bruxelloise a réussi à mener de front une campagne européenne exceptionnelle, très exigeante sur les plans physique et mental, avec une trajectoire nationale presque sans faute: une seule défaite et l'obtention d'un total de points record. De plus, pour un sacre sans bavure, les Mauves ont battu à deux reprises leur rival brugeois, le seul club à lui avoir fait obstacle.En Belgique, plus que jamais, Anderlecht se trouve ainsi en position de force. Dans un sport où tout obéit désormais à l'épaisseur du portefeuille, il est à la fois le mieux nanti, le plus riche en joueurs de talent et le plus courtisé par les investisseurs potentiels. Grâce aux gains engrangés par ses succès en Champions League, la compétition européenne majeure, son budget annuel s'élève dorénavant au double de celui de son premier concurrent belge. Et ce n'est peut-être qu'un début. Pour le club du président Roger Vanden Stock, cette situation de quasi-monopole n'est pas nouvelle. Lorsqu'il a été une dernière fois champion durant trois années d'affilée (de 1993 à 1995), Anderlecht avait pratiquement recruté à gros prix tous les Diables rouges de l'époque. On le disait "promis à un règne de dix ans". Mais, bien qu'il restât le plus puissant de Belgique - à l'époque, son budget atteignait 800 millions de francs, pour 500 millions à celui du Football club brugeois - le club bruxellois n'a pu, dans le mouvement de libéralisation qui a agité le football européen à la suite du fameux "arrêt Bosman" (décembre 1995), s'opposer à l'exode massif de ses internationaux à l'étranger. Et cela, sans récupérer l'investissement consenti pour la plupart d'entre eux, devenus subitement "libres" à la fin de leur contrat en cours. Le club de Bruges n'a pas été confronté à une situation aussi aiguë. En effet, il avait recruté jusqu'alors des joueurs belges d'un niveau légèrement inférieur, suscitant donc moins les convoitises des grands clubs étrangers. Il s'est ainsi tout à coup retrouvé en position dominante face à une équipe anderlechtoise considérablement amoindrie. Résultat: en attendant qu'Anderlecht reparte sur de nouvelles bases, Bruges, à deux reprises, mais aussi les clubs du Lierse et de Genk, ont cueilli les écussons nationaux. Sans toutefois pouvoir prolonger leur conquête dans la lucrative Champions League. Réinstallé sur son piédestal, Anderlecht, lui, a réussi son parcours européen, même au-delà de ses espérances. Bilan financier de l'opération: plus d'un demi-milliard de francs. De plus, l'importante différence que ce pactole marque entre Anderlecht et ses concurrents pourrait encore se creuser la saison prochaine, si les Mauves accèdent une nouvelle fois à la phase finale de la Champions League. Or tous les espoirs leur sont permis, car l'accès s'annonce, cette fois, plus facile. En effet, grâce à son remarquable parcours de cette année, le club bruxellois héritera du statut de "tête de série" à l'occasion de la prochaine phase préliminaire. On ne prête qu'aux riches. A défaut de représenter pour autant une voie royale, ce privilège devrait, dès lors, lui éviter des adversaires de gros calibre, comme l'équipe portugaise de Porto, l'an dernier, que le champion belge a néanmoins eu le mérite d'éliminer. En revanche, la série de succès prestigieux du champion belge sur Porto, PSV Eindhoven, Dynamo Kiev, Manchester United, Lazio Rome et autres Real Madrid ont aussi un revers. D'abord, ils permettront, dès la saison 2002-2003, la participation d'un deuxième club belge aux préliminaires à la Champions League. Le loup dans la bergerie ? En tout cas, un rival direct sur le plan national pourra, à son tour, y viser gloire et fortune, jusqu'à faire de l'ombre au club du parc Astrid. Autre préoccupation: leurs succès ont mis en vitrine les qualités de plusieurs footballeurs anderlechtois. Déjà Didier Dheedene, Bart Goor et Jan Koller sont en partance pour l'étranger. Sans états d'âme. Dans la haute compétition, la relation entre acteurs professionnels est gommée au profit de la carrière. Dans une équipe, il existe simplement une forme de responsabilité des uns vis-à-vis des autres. Pour le reste, garder son rang au sommet consiste, pour un club, à remplacer judicieusement les pions perdus par de nouveaux engagements. Un jeu souvent aléatoire, où Anderlecht, malgré sa position privilégiée, n'aura pas droit à l'erreur. E.C.