"Des accords sur un level playing field au sujet des facts (faits) et des figures (chiffres) . " Voilà l'objectif du ministre-président flamand Kris Peeters qui recevait voici peu les dirigeants de General Motors-Europe. Le recours régulier par Peeters à des termes anglais de m...

"Des accords sur un level playing field au sujet des facts (faits) et des figures (chiffres) . " Voilà l'objectif du ministre-président flamand Kris Peeters qui recevait voici peu les dirigeants de General Motors-Europe. Le recours régulier par Peeters à des termes anglais de management montre comment il conçoit sa fonction : plus que le Premier ministre flamand, il est le CEO de Flanders. La caractérisation de la Flandre par l'économie date des années 1980. Mettant à profit les compétences économiques qu'elle avait reçues en cadeau - n'oublions pas qu'à l'origine celles-ci furent surtout réclamées par la Wallonie -, la Flandre était désormais en mesure de labourer d'autres champs que ses terres culturelles traditionnelles. Avant même l'apparition du mot " globalisation ", on savait déjà que pareille évolution ne pouvait être véhiculée qu'en anglais. La Flandre se muait en Flanders, et essayait ainsi de conquérir sa place dans le concert des nations, entre autres en inaugurant la troisième révolution industrielle. La plupart des nationalistes flamands n'y voyaient pas d'inconvénient. Au contraire, leur agenda où était inscrite la construction de la nation flamande s'accordait parfaitement avec les idées exprimées par les tenants des facts et des figures. La dimension économique et internationale grandissante des Régions allait de concert avec la régionalisation du commerce extérieur (partielle en 1993, totale en 2001). Mais la pratique a montré que l'image de Flanders et de Wallonia fait plutôt pâle figure à l'étranger. Belgium et, d'abord, Brussels sont des " marques " internationales, ce qui crée une certaine rupture entre logiques " nationalistes " et " économiques ". Témoin l'ouverture de la Maison flamande à New York, bel exemple de la volonté de nation- building, a été fraîchement accueillie par beaucoup de monde, dont Karel De Gucht, qui déclarait : " La Flandre ne dit rien aux Américains. Flanders y reste le voisin des Simpsons. " Rien n'y fait : les facts et les figures sont sacrés . DAVE SINARDET - Politologue à la University of Antwerp