L'année 2014 s'annonce sous les plus mauvais auspices. Dans le monde, même si la reprise de la croissance et de l'investissement semble s'amorcer, aux Etats-Unis et dans quelques pays émergents comme le Mexique, le Nigeria et l'Indonésie, elle ne sera, l'an prochain, pour l'essentiel, financée que par une aggravation de la dette publique et par l'émission monétaire. Les inégalités seront de plus en plus grandes, les fruits de la croissance, de plus en plus confisqués par une minorité, et les manifestations du protectionnisme, de plus en plus nombreuses et efficaces. Rien ne sera plus propice à l'exaspération des peuples et à la rage des extrémistes. En particulier, aux Etats-Unis, il faudra choisir entre la poursuite de la croissance monétaire et la rigueur budgétaire, ce qui dans les deux cas peut provoquer des catastrophes. Sur le terrain militaire, on peut s'attendre à des conflits sur toute la planète : certains sont déjà là (Sahel, République démocratique du Congo,...

L'année 2014 s'annonce sous les plus mauvais auspices. Dans le monde, même si la reprise de la croissance et de l'investissement semble s'amorcer, aux Etats-Unis et dans quelques pays émergents comme le Mexique, le Nigeria et l'Indonésie, elle ne sera, l'an prochain, pour l'essentiel, financée que par une aggravation de la dette publique et par l'émission monétaire. Les inégalités seront de plus en plus grandes, les fruits de la croissance, de plus en plus confisqués par une minorité, et les manifestations du protectionnisme, de plus en plus nombreuses et efficaces. Rien ne sera plus propice à l'exaspération des peuples et à la rage des extrémistes. En particulier, aux Etats-Unis, il faudra choisir entre la poursuite de la croissance monétaire et la rigueur budgétaire, ce qui dans les deux cas peut provoquer des catastrophes. Sur le terrain militaire, on peut s'attendre à des conflits sur toute la planète : certains sont déjà là (Sahel, République démocratique du Congo, Centrafrique, Soudan du Sud) et d'autres menacent (entre la Chine et le Japon, entre Iran et Israël). En matière d'environnement, adviendront des catastrophes naturelles de plus en plus lourdes, provoquées par les changements climatiques. A l'échelle européenne, la croissance ne sera pas au rendez-vous, le chômage ne se réduira pas, le niveau de vie continuera de stagner ou de baisser, la dette publique passera hors contrôle en Grèce, au Portugal puis en Italie et en France. Les élections au Parlement européen de mai prochain se traduiront presque partout par une forte montée des partis extrêmes, qui influeront sur les décisions du prochain hémicycle et paralyseront toute avancée fédérale. Les accords sur l'Union bancaire, qui viennent d'être annoncés à grands coups de trompe, se révéleront inapplicables, faute de révision des traités, et toute la crédibilité de l'édifice de l'euro sera, une nouvelle fois, remise en question. Jamais l'avenir de l'Europe n'aura paru plus sombre. En France, l'année s'annonce bien pire encore : une économie en croissance zéro, ce qui signifie une baisse du pouvoir d'achat et un chômage en hausse ; un déficit non réduit ; une dette croissante ; un parti raciste devenant le premier parti de France aux élections européennes, après avoir fait son entrée dans un très grand nombre de conseils municipaux ; une fuite des forces vives ; un reflux des investissements étrangers ; une majorité politique aux abois, tentée de trouver une issue en se radicalisant. La France deviendra alors la cible de toutes les attaques des marchés, jusqu'à passer sous le contrôle d'une humiliante troïka. Ce scénario du pire est le plus vraisemblable. Pourtant, l'Histoire nous apprend que, quand quelque chose dans l'avenir nous paraît certain, c'est qu'il n'aura pas lieu. Alors, on peut se prendre à rêver que 2014 se terminera bien mieux qu'elle ne s'annonce. La croissance américaine pourrait s'appuyer sur des décisions budgétaires enfin raisonnables. Le progrès technique pourrait commencer à avoir un impact sur la croissance mondiale et sur l'emploi. En particulier, des innovations significatives amélioreront l'efficacité de l'usage de l'énergie. Cette nouvelle croissance pourrait interrompre le cercle vicieux du protectionnisme. Les conflits peuvent aussi s'éloigner, grâce à l'intervention efficace des forces françaises et africaines ; et la paix revenue pourrait aider les pays du Sahel à se brancher sur la croissance nigériane. Des élections européennes moins radicales que prévu conduiraient à la mise en place d'un vrai projet fédéral, distinguant la zone euro de l'Union européenne, à laquelle pourraient adhérer la Turquie et l'Ukraine. Enfin, en France, on se prend à rêver à un président prenant, dès janvier, des décisions courageuses, pour retrouver le contrôle du groupe parlementaire socialiste et obtenir de lui qu'il veuille bien réformer - enfin ! - la formation permanente, bien au-delà de l'accord timide des partenaires sociaux, puis mettre à plat les dépenses publiques et lancer de courageuses économies, en particulier par la suppression de l'échelon départemental. Un tel comportement, accompagné d'une conduite claire et sincère d'un projet pour le pays et l'Europe, peut mener à un recul du Front national et à un retour de la confiance des investisseurs étrangers. L'année 2014 sera jouée au plus tard à la fin de février, pour le meilleur et pour le pire... Dans ce monde plus dangereux que jamais, chacun sera de plus en plus tenté de se replier sur son bonheur personnel. Même si cela le pousse à oublier les autres, à ne penser qu'à lui, à quitter son pays. En agissant ainsi, on aurait tort : l'égoïsme n'est toujours qu'une façon de retarder les échéances. Quoi qu'il arrive, nous ne sommes pas spectateurs du monde. A nous de faire en sorte, dès aujourd'hui, par l'action, le vote, la révolte ou le sourire, que 2014 soit une très bonne année. par Jacques Attali