La période 1890-1900 fut, pour les créateurs belges, un âge d'or. En témoignent Victor Horta pour l'architecture, Philippe Wolfers pour la joaillerie ou, encore, Fernand Khnopff pour la peinture. On a longuement écrit et analysé l'action des cercles artistiques de l'époque, ainsi que celle des amateurs et collectionneurs éclairés. Derrière les stars, il y avait du monde, et, parmi les peintres et sculpteurs oubliés, des artistes de premier rang.
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La période 1890-1900 fut, pour les créateurs belges, un âge d'or. En témoignent Victor Horta pour l'architecture, Philippe Wolfers pour la joaillerie ou, encore, Fernand Khnopff pour la peinture. On a longuement écrit et analysé l'action des cercles artistiques de l'époque, ainsi que celle des amateurs et collectionneurs éclairés. Derrière les stars, il y avait du monde, et, parmi les peintres et sculpteurs oubliés, des artistes de premier rang.A la faveur d'un marché de l'art favorable et d'études plus récentes qui ont montré combien les arts dits mineurs tenaient une place importante dans l'activité des artistes de cette fin de siècle, d'autres noms sont sortis de l'ombre. Exemple: Omer Coppens (1864-1926). Introduit dans les milieux de l'avant-garde, lui-même organisateur d'expositions (le premier à avoir invité le Français Emile Gallé à Bruxelles) et collectionneur (d'estampes japonaises, entre autres), il s'adonne à l'art de la céramique et, surtout, à celui de la peinture. Dès les premières pièces, comme la Grande Marine (1890), on décèle au moins deux approches contradictoires. Dans la partie haute du ciel et des arrière-plans, une écriture par empâtements, héritée du bon métier flamand des paysagistes réalistes et, pour décrire la surface de l'eau et les vagues, le recours patient à la division chromatique des luministes français. On aurait pu s'attendre à la victoire de celle-ci sur celle-là. Or une troisième voie se perçoit au même moment dans d'autres toiles. La rumeur symboliste naissante associée à la découverte, à Bruxelles, des oeuvres nocturnes de l'Anglais Whistler fournissent au peintre l'occasion de suggérer, par les bleus et les verts, le silence des soirs de lune. Mais, le plus souvent, l'image sent la formule et, malgré l'illumination des teintes froides par quelques touches orangées, l'art de la composition l'emporte. A travers la technique, trop rare, du pastel, du crayonné et de la lithographie, Omer Coppens atteint des musiques autrement plus profondes. On se met alors à espérer le meilleur... Mais à l'étage de l'exposition du Rouge-Cloître, une vue de Bruges (1893) exprime déjà ce que deviendra l'oeuvre des années à venir. Dans les surenchères chromatiques et les épaisseurs gratuites, le peintre batifole, épate et, pour tout dire, ennuie. Jusqu'à sa mort, loin de l'influence de Théo Van Rysselberghe, son mentor des premières heures, le peintre s'essouffle au travail de routine. Après Bruges, les vues qu'il peint à Antibes et, même, à Sidi-Bou Saïd, d'où Paul Klee ramènera tant de chefs-d'oeuvre de modernité, n'échappent plus au pittoresque. Comme beaucoup de peintres sans imagination, il viendra gonfler les rangs des orientalistes du dernier wagon. Fallait-il exhumer Omer Coppens? A qui profite le travail des historiens? La question déborde largement le cas Coppens...Bruxelles, Centre d'art de Rouge-Cloître, 4, rue du Rouge-Cloître. Jusqu'au 15 juillet. Du mardi au dimanche, de 14 à 18 heures. Tél.: 02-660 55 97.Guy Gilsoul