Tendance rafraîchissante, les châtelains ouvrent de plus en plus souvent leurs portes à l'art contemporain. Un mélange des genres détonant qui augmente (presque miraculeusement) l'attractivité du lieu. L'été dernier, le château de Chimay invitait l'artiste Marie-Jo Lafontaine. Son exposition marquait la réouverture de la demeure après rénovation. Un succès fabuleux ! Cette année, le choix s'est porté sur une forte personnalité : Koen Vanmechelen (Saint-Trond, 1965).
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Tendance rafraîchissante, les châtelains ouvrent de plus en plus souvent leurs portes à l'art contemporain. Un mélange des genres détonant qui augmente (presque miraculeusement) l'attractivité du lieu. L'été dernier, le château de Chimay invitait l'artiste Marie-Jo Lafontaine. Son exposition marquait la réouverture de la demeure après rénovation. Un succès fabuleux ! Cette année, le choix s'est porté sur une forte personnalité : Koen Vanmechelen (Saint-Trond, 1965). Ce touche-à-tout de renommée internationale y présente l'épicentre de sa production : un projet intitulé Cosmopolitan Chicken Project. CCP pour les intimes. Il y est question d'identité et de biodiversité... Son procédé n'a rien de compliqué. Prenez une poule de Malines, croisez-la avec un coq Sulmater. De l'union de ces deux gallinacés va naître une troisième espèce. Voilà l'expérience entamée et surtout répétée par Koen Vanmechelen. Son projet conceptuel consiste à mélanger, chaque année, des races de poules provenant de pays différents. Cet élevage atypique à l'aura artistique est réalisé afin d'obtenir ce qu'il appelle un " kosmopolitische kip ", soit un poulet cosmopolite. Une espèce qui, à force de métissages successifs, se révèle plus parfaite, plus résistante, plus domestique que toutes les autres. Symbole de l'hybridation mondiale, cette démarche apparaît tantôt comme la métaphore de notre société dans toute sa diversité, tantôt comme le miroir de la condition humaine. Un projet unique et révolutionnaire qui mêle des questions fondamentales de nature scientifique, politique, philosophique et éthique (on pense forcément au clonage et à la manipulation génétique). Une initiative d'autant plus interpellante qu'elle est parfaitement transposable à l'espèce humaine. Aux yeux de l'artiste, mêler des ethnies permettrait d'atteindre un niveau de perfection humaine encore inconnue. Le parcours débute dans la Maison des Artistes, transformée en véritable poulailler : l'espace vient de voir éclore la dernière génération de poussins, soit la 18e filiation. Ce CCP 18 est né d'un croisement du CCP 17, le Mechelse Styrian, avec une race royale autrichienne, le Sulmater. Un choix qui s'inscrit pleinement dans l'histoire de la principauté de Chimay. Cette Génération Noble rassemble donc les gènes de dix-sept hybridations issues de géniteurs différents. Pour mieux cerner toute la complexité de ces croisements, un arbre généalogique est présenté. En marge de ses expériences reproductives, le généticien réalise des objets d'art en lien avec son thème. Coqs, poules et oeufs tiennent la vedette de très nombreuses compositions, toutes disciplines confondues. L'une de ses pièces-phares, le Mechelse Fayoumi - un coq monumental en marbre présenté à la Biennale de Venise en 2011 - agrémente à merveille le " Salon des Portraits ". On croise également quelques spécimens naturalisés, derniers témoignages des générations qui ont précédé. La Génération Noble, Koen Vanmechelen, au château de Chimay. Jusqu'au 15 novembre. www.chateaudechimay.beGwennaëlle Gribaumont