Se réconcilier avec les alliés de l'Otan et de l'Union européenne pour être prêts à affronter la Chine et la Russie. Tel était l'objectif de la tournée européenne du président des Etats-Unis. Mission en partie réussie. Joe Biden a donné des gages de sa volonté de coopération. Il s'est gardé de faire la leçon à ses partenaires de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord sur la nécessaire hausse des dépenses militaires, comme l'avait fait grossièrement Donald Trump en 2018. Et il a mis en avant l'importance d'une défense commune face à la cyberguerre de plus en plus menaçante, ambition qui pourrait être le ciment d'une solidarité renforcée entre alliés. Il a conclu avec l'Union européenne une pause dans la guerre des...

Se réconcilier avec les alliés de l'Otan et de l'Union européenne pour être prêts à affronter la Chine et la Russie. Tel était l'objectif de la tournée européenne du président des Etats-Unis. Mission en partie réussie. Joe Biden a donné des gages de sa volonté de coopération. Il s'est gardé de faire la leçon à ses partenaires de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord sur la nécessaire hausse des dépenses militaires, comme l'avait fait grossièrement Donald Trump en 2018. Et il a mis en avant l'importance d'une défense commune face à la cyberguerre de plus en plus menaçante, ambition qui pourrait être le ciment d'une solidarité renforcée entre alliés. Il a conclu avec l'Union européenne une pause dans la guerre des subventions entre les deux géants de l'aéronautique, Boeing et Airbus, en acceptant une suspension pour cinq ans des droits de douane punitifs qui en avaient découlé. Le raout diplomatique de Bruxelles a donné lieu à des apartés si pas définitifs, en tout cas prometteurs pour l'harmonie des relations entre alliés, notamment entre le président français et son homologue turc. On ne s'insulte plus, on se parle. Les relations internationales ont tout à y gagner. C'est l'effet Biden. Le "nouveau" partenariat entre l'Union européenne et l'Amérique de retour sur la scène internationale n'en est pourtant qu'à ses préliminaires. Et personne n'a osé gâcher sa célébration, d'autant plus appréciée qu'elle intervient après les quatre années de tensions imposées par Donald Trump. Les lendemains de ces retrouvailles réussies s'annoncent fatalement moins consensuels. Le sommet de l'Otan a acté dans ses conclusions que la Chine représentait "un défi systémique pour l'ordre mondial et la sécurité de l' Alliance atlantique". Mais les interprétations de cet avertissement ne manqueront pas de varier d'un partenaire à l'autre. Alliance politique, l'Otan est dans son rôle quand elle tente de prévenir les actes qui seraient hostiles à l'institution ou à l'un de ses membres. Alliance militaire, va-t-elle se déployer en Asie de l'Est pour venir en aide à l'un des siens qui serait attaqué par la Chine, les Etats-Unis par exemple, au nom de l'impératif de solidarité inscrit dans l'article 5 de sa charte? Washington veut sans doute le croire. Mais tous les Européens ne partagent pas cette vision, loin de là. Les pays du Vieux Continent entretiennent avec la Chine des relations économiques telles que leurs dirigeants ne font pas montre d'un grand enthousiasme à s'engager dans la nouvelle guerre froide que pourraient leur imposer les Etats-Unis de Joe Biden. Sous l'impulsion d'Angela Merkel, l'Union européenne a d'ailleurs conclu en décembre dernier un accord sur les investissements avec Pékin. Depuis, son examen a été suspendu en raison des tensions survenues à propos de la répression des Ouïghours, minorité musulmane de Chine. La stratégie à l'égard de Pékin montrera donc rapidement les limites de l'entente réaffirmée entre les Américains et des Européens ravis mais instruits par l'expérience Trump de l'utilité d'être autonomes. L'Union européenne se trouve un peu dans la situation d'un Cristiano Ronaldo en conférence de presse de l'Euro 2020, heureux d'être là mais pas spécialement content de se voir imposer la publicité de bouteilles de Coca en guise d'emblèmes d'une compétition sportive de haut niveau. Sauf qu'au contraire du footballeur à l'égard de l'UEFA, l'Union européenne ne peut plus avancer l'excuse du cheval de Troie britannique pour renoncer à s' émanciper.