Pauvre Tony Blair! Le Premier ministre britannique a décidément tout perdu dans ce mini-sommet à Londres le week-end dernier. Il n'entendait convier que quelques amis à sa hauteur; il s'est retrouvé avec une flopée d'invités, représentants de grands pays, d'un moyen (l'Espagne), d'un petit (les Pays-Bas) qui ne supporte pas de ne pas être grand, et d'un petit (la Belgique) qui, en tant que président de l'Union, trouvait normal de jouer dans la cour des grands.
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Pauvre Tony Blair! Le Premier ministre britannique a décidément tout perdu dans ce mini-sommet à Londres le week-end dernier. Il n'entendait convier que quelques amis à sa hauteur; il s'est retrouvé avec une flopée d'invités, représentants de grands pays, d'un moyen (l'Espagne), d'un petit (les Pays-Bas) qui ne supporte pas de ne pas être grand, et d'un petit (la Belgique) qui, en tant que président de l'Union, trouvait normal de jouer dans la cour des grands.On imagine l'ambiance entre les "élus", invités, et les autres, qui ont dû décrocher leur téléphone pour être admis au repas. On imagine aussi l'ambiance lors de la prochaine réunion des Quinze, entre ceux qui en étaient et ceux qui, parce que trop petits ou pas assez puissants, n'en étaient pas. Pourtant, sur le fond, depuis les attentats du 11 septembre, l'attitude des Européens se révèle exemplaire. Exemplaire dans la mesure où les Quinze ne nous avaient pas habitués à une telle coordination, les guerres en ex-Yougoslavie et dans le Golfe ayant montré à l'infini de quelle cacophonie les Européens étaient capables. Depuis le 11 septembre, l'Union entrevoit ce que pourrait être un jour sa politique étrangère commune. Certes, on n'oubliera pas les visites de quelques dirigeants des Quinze à Washington - la plupart prévues de longue date - alors que Guy Verhofstadt, le président en exercice de l'Union, n'a été reçu par George W. Bush que le 27 septembre. Mais doit-on tellement s'attacher au fait qu'un chef de gouvernement ou un ministre, pour des questions de publicité personnelle ou de politique intérieure, aille se faire photographier avec le président américain? Ce qui est sans doute beaucoup plus intéressant, c'est de savoir ce qu'ont dit ces visiteurs européens. Et d'après ce que l'on sait, personne n'a dévié de la position commune des Quinze. Bien sûr, Tony Blair insistera plus lourdement sur l'aspect militaire que son homologue irlandais par exemple, qui - neutralité oblige - mettra davantage l'accent sur l'aide humanitaire, sur l'aspect politique du conflit. Mais s'offusquer de ces nuances au sein de l'Union revient à s'offusquer tout simplement du fait que l'Union compte quinze Etats avec leurs sensibilités propres. Une vraie politique étrangère commune (et non unique) ne pourra jamais gommer ces nuances, sous peine de se réduire à des communiqués creux. De la même manière, pousser de hauts cris parce que Tony Blair est proche des Américains, c'est faire semblant de découvrir une situation qui n'a rien à voir avec les attentats. Oui, le Premier ministre britannique est le partenaire européen privilégié de George W. Bush, mais si l'on peut imaginer que Blair explique, entre autres, à son ami George l'état d'esprit des Européens et la solidité relative ou réelle des Quinze avec les frappes, où est le problème ? Il faut par ailleurs bien reconnaître que, dans cette crise, la présidence belge de l'Union tire son épingle du jeu. Elle a, en un peu plus d'un mois, convoqué pas moins de sept réunions extraordinaires, un exploit quand on connaît la lourdeur des institutions européennes. Evidemment, une présidence française, allemande ou britannique aurait sans doute davantage eu l'oreille des Américains qu'une présidence d'un petit pays, gouverné par un Premier ministre encore peu connu sur le plan international. Mais la Belgique - européenne, pragmatique, conciliante, habituée aux compromis a priori impossibles - rassure une partie des autres petits pays. Le soutien aux frappes américano-britanniques a été signé par tous les Etats membres, y compris les quatre neutres (Finlande, Suède, Autriche, Irlande). Reste à voir maintenant comment les Belges concrétiseront les accords de principe décidés à chacune des réunions extraordinaires. Guy Verhofstadt a déjà prévenu: le mandat d'arrêt européen doit exister avant la fin de sa présidence en décembre, ce qui relève d'une précipitation folle, estiment les organisations de défense des droits de l'homme. Quoi qu'il en soit, cette présidence européenne se jugera comme les autres : sur les dossiers qu'elle arrivera à mettre sur les rails.Lire aussi le point de vue de Bernard Guetta, p. 55.Par Bénédicte Villers