Avec son bloc de 5,07 % au capital de Dexia, les déboires du géant bancaire franco-belge ont fait boire le calice jusqu'à la lie à Ethias. Sauvé des abîmes par la conjonction des interventions du fédéral et des Régions wallonne et flamande, l'assureur liégeois mène depuis fin 2008 une restructuration tambour battant, avec en ligne de mire la restauration d'une rentabilité durable, dans le respect des conditions strictes qui lui ont été imposées par l'Union européenne. Une des premières décisions prises à l'époque fut de transférer vers une société anonyme d'assurances -Ethias SA - la majeure partie des activités d'assurances jusqu'alors réparties...

Avec son bloc de 5,07 % au capital de Dexia, les déboires du géant bancaire franco-belge ont fait boire le calice jusqu'à la lie à Ethias. Sauvé des abîmes par la conjonction des interventions du fédéral et des Régions wallonne et flamande, l'assureur liégeois mène depuis fin 2008 une restructuration tambour battant, avec en ligne de mire la restauration d'une rentabilité durable, dans le respect des conditions strictes qui lui ont été imposées par l'Union européenne. Une des premières décisions prises à l'époque fut de transférer vers une société anonyme d'assurances -Ethias SA - la majeure partie des activités d'assurances jusqu'alors réparties entre les 4 caisses d'assurances mutuelles (Ethias Droit Commun, Ethias Vie, Ethias Incendie, Ethias Accidents du travail). Cette mesure n'avait cependant rien d'anodin. Elle sonnait en fait le glas du modèle mutualiste qui prévalait jusqu'alors au sein de l'ex-Smap. Concrètement, Ethias SA est à présent à 100 % aux mains d'Ethias Finance, un holding dont l'Etat fédéral (via la SFPI), la Région wallonne (via Fiwapac, une filiale de la SRIW) et la Région flamande détiennent chacun 25 % + 1 action, le solde étant aux mains d'Ethias Droit Commun, la seule des 4 caisses mutuelles à avoir survécu au tsunamifinancier de l'automne 2008. Au-delà de la détention de cette participation qui avait à l'époque nécessité la mobilisation de 2 milliards d'euros, le holding Ethias Finance a également été mis à contribution pour reprendre à son compte, à la fin de l'année dernière, le bloc de 5,07 % au capital de Dexia jusqu'alors logés au sein de la compagnie d'assurances. Il lui a fallu pour cela décaisser 276 millions d'euros, empruntés sur les marchés financiers à du 7,5 % pendant 7 ans. D'ici à l'échéance finale, Ethias Finance devra bien sûr trouver de quoi honorer chaque année la charge d'intérêts (plus de 20 millions d'euros). Mais ce n'est malheureusement pas tout : dans la mesure où le transfert d'actions Dexia entre Ethias Finance et Ethias s'est réalisé sur la base d'une valeur convenue de 3,85 euros par action et que, depuis le démantèlement du géant bancaire franco-belge, l'action Dexia cote généralement aux alentours de 30 centimes d'euro, ce sont certainement de singulières réductions de valeurs sur sa participation en Dexia que la maison mère d'Ethias aura finalement à prendre en charge aussi... Et comme il y a bien entendu très peu de chances de voir Dexia se remettre à verser des dividendes, Ethias Finance ne peut donc compter que sur les dividendes d'Ethias Assurances pour lui permettre de faire face à ses engagements. Pour verser du dividende, il faut évidemment dégager du résultat. Et Ethias en dégagera d'autant plus qu'elle se débarrassera au passage des clients et/ou des affaires les moins rentables, ce que l'Europe l'oblige d'ailleurs à faire aussi. Chez Ethias, cette logique d'assainissement du portefeuille peut en tout cas déjà être illustrée par la résiliation, intervenue la semaine dernière, des contrats " assistance " pour lesquels la fréquence des sinistres avait été jugée à problèmes. Et même si cette manière de faire perturbe ceux qui en souffrent, elle s'inscrit cependant parfaitement dans cette logique d'abandon du modèle mutualiste... JEAN-MARC DAMRY