Les chiffres d'abord : au 10 juin dernier - si on ne tient pas compte des petites machines de quelques kW implantées sur le territoire - le paysage éolien wallon comptait 36 parcs, soit 171 tours en fonctionnement pour un total de 326,9 MW. A la même date, les projets en cours totalisaient 68 éoliennes supplémentaires pour 216,7 MW, soit un total de 543,6 MW et une production annuelle estimée de 1,18 million de MWh ! Depuis lors, deux nouveaux permis ont été accordés. Ils concernent l'implantation de deux machines à Eghezée pour le compte d'Air Energy (en recours) et 4 autres à Huy-Modave (Electrabel).
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Les chiffres d'abord : au 10 juin dernier - si on ne tient pas compte des petites machines de quelques kW implantées sur le territoire - le paysage éolien wallon comptait 36 parcs, soit 171 tours en fonctionnement pour un total de 326,9 MW. A la même date, les projets en cours totalisaient 68 éoliennes supplémentaires pour 216,7 MW, soit un total de 543,6 MW et une production annuelle estimée de 1,18 million de MWh ! Depuis lors, deux nouveaux permis ont été accordés. Ils concernent l'implantation de deux machines à Eghezée pour le compte d'Air Energy (en recours) et 4 autres à Huy-Modave (Electrabel). Au niveau belge, les statistiques arrêtées au premier janvier dernier faisaient état d'une puissance installée de près de 560 MW sur l'ensemble du territoire, champs offshore (en mer) compris. Depuis, la situation a bien sûr évolué et les observateurs notent que si le nord du pays a longtemps conservé une avance importante dans le domaine de l'éolien, le mouvement s'est inversé en 2008. Depuis cette année charnière, la Wallonie a clairement pris le leadership et semble vouloir le conserver. Parallèlement, on remarque que les éoliennes installées en Wallonie montent en puissance avec une moyenne de 2,75 MW par machine pour les 13 nouveaux permis octroyés, contre 1,75 MW pour les unités en fonctionnement. Depuis quelques années, le mot " cluster " est à la mode. Traduit par " groupe " ou " grappe ", il exprime bien ce qu'il représente : un ensemble d'entreprises désireuses de se développer dans un domaine commun, avec une vision de coopération, d'échange d'expériences et de complémentarité. Dans le domaine des énergies renouvelables, le cluster Tweed - comprenez Technologie wallonne énergie-environnement et développement durable - a vu le jour en 2008. Basé à Liège, il regroupe des entreprises wallonnes actives dans les énergies renouvelables. " Nos membres représentent un large éventail d'opérateurs, commente Cédric Brüll, son directeur. Cela va des bureaux d'études aux entreprises industrielles, en passant par des services de R&D, des universités, des producteurs d'énergie ou des partenaires publics. Nous mettons en réseau ces différents acteurs et nous organisons des activités qui permettent de favoriser les échanges. En outre, nous créons des groupes-projets dont l'objectif premier est de regrouper des compétences complémentaires pour répondre - en bloc - aux sollicitations d'opérateurs à la recherche de sous-traitants, par exemple. "Récemment, Tweed (www.clustertweed.be) a ainsi mis en contact plusieurs de ses membres avec le fabricant allemand d'éoliennes Nordex. Avec le danois Vestas et l'américain GE (General Electric), Nordex est un des fabricants qui offrent le plus de possibilités de sous-traitance en Wallonie. A l'inverse de l'allemand Enercon, par exemple, qui truste à lui seul 57 % des éoliennes terrestres en Belgique, mais qui travaille fort peu en sous-traitance. C'est Enercon qui termine actuellement l'installation des 11 éoliennes les plus puissantes du monde à Estinnes, dans la région du Centre. Ceux qui ont suivi ce vaste chantier ont été marqués par l'omniprésence de techniciens et d'ouvriers allemands. Même les équipes de sécurité chargées d'encadrer les travaux étaient originaires d'outre-Rhin et, dans la noria de véhicules alimentant en permanence les chantiers, les plaques minéralogiques frappées d'un " D " étaient largement majoritaires. Quoi qu'il en soit, au terme de la rencontre organisée par Tweed avec les industriels wallons, les Danois de Nordex ont manifesté un intérêt très vif pour les compétences proposées par leurs interlocuteurs et les premiers pourparlers laissent augurer un avenir prometteur. L'enjeu est capital. En effet, si la Belgique veut remplir ses obligations vis-à-vis de l'Europe à l'horizon 2020, elle va vraisemblablement booster le secteur éolien et celui de la biomasse. Bien sûr, les chiffres qui circulent dans le landerneau d'Eole sont à prendre avec des pincettes, mais si on envisage entre 4 et 5 GW de machines installées en Belgique en 2020 (avec les éoliennes off-shore), cela pourrait représenter un investissement total de l'ordre de 5 milliards d'euros. Est-il pensable qu'une région comme la Wallonie passe à côté d'une telle opportunité et continue à importer des éoliennes comme celles d'Estinnes pour lesquelles, en finale, l'impact sur le marché national ou régional aura été quasi nul ? Ce serait une hérésie et c'est la raison pour laquelle Tweed dresse actuellement un inventaire des compétences wallonnes dans ce domaine notamment (le cluster est compétent pour toutes les énergies renouvelables) ; une cartographie destinée à répondre à toute sollicitation de marché. " Nous avons compris l'importance d'un tel outil en 2009 à l'occasion d'une opportunité ratée, confie Michael Corhay, project manager de Tweed. Un gros producteur d'éoliennes cherchait un endroit pour implanter un site d'assemblage tout en se rapprochant du marché européen. Bien sûr, il souhaitait connaître les conditions financières et les aides éventuelles pour son projet, mais il voulait surtout trouver un lieu où seraient rassemblées toutes les compétences dont il avait besoin, essentiellement des sous-traitants. A l'époque, nous n'étions pas en mesure de proposer des réponses satisfaisantes et le marché a été remporté dans un autre pays. Cela montre la nécessité de terminer au plus vite cet inventaire de compétences, d'autant plus que les Allemands, les Espagnols et les Canadiens, pour ne parler que d'eux, disposent déjà de cet outil. Nous pensons avoir terminé la cartographie complète des compétences à la fin du mois de novembre de cette année. "Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, une éolienne est une machine technologiquement compliquée et son installation représente une longue chaîne d'opérations. Ensuite, il faut assurer la maintenance de la machine durant toute sa période de fonctionnement. Puis vient son démantèlement, en fin de vie. Entre l'esquisse d'un projet sur le papier et ce stade ultime, les étapes et les intervenants sont nombreux. Sur le coût total d'une éolienne, on estime que 75 % de l'investissement sont mangés par la machine elle-même. Les 25 % restants servent à financer tout ce qui est collatéral, à savoir les études préliminaires, les procédures, l'ingénierie, le raccordement électrique, le génie civil, etc. Nous avons fait un petit exercice pour tenter de voir si la Wallonie dispose des compétences relatives à ces différentes étapes : la réponse est positive et même enthousiasmante ! Notons toutefois que la liste qui suit n'est pas exhaustive et que les noms cités ne sont souvent que des exemples parmi d'autres : > Porteurs de projets : Air Energy (Wavre), SPE-Luminus > Etude de vents : ATM-Pro (Nivelles) > Analyse des sites et de préfaisabilité : Arcadis (Marcinelle) > Financement : Société régionale d'investissement de Wallonie (SRIW) > Fondations : Ronveaux (Ciney) > Transport et levage : Lepage Frères (Jumet), Groupe Dufour (Tournai) > Raccordement réseau : GDF Suez Energie Services, Cegelec, Hydrogaz (Grâce-Hollogne) > Maintenance : CMI-Cockerill Maintenance & Ingénierie (Seraing), Maintenance Partners Wallonie (Naninne) > Formation de techniciens : Technifutur (Seraing) et le Centre de compétence Formation Environnement du Forem à Mons En ce qui concerne les éoliennes elles-mêmes, les acteurs wallons ne sont pas en reste. Jugez plutôt : > Fournisseurs de logiciels pour la conception : Cenaero (Gosselies), Samtech (Angleur) > Pièces de roulements : ArcelorMittal Ringmill (Seraing), > Câbles de raccordement au réseau : Nexans (Charleroi) > Pales : 3 B-Fiberglass (Battice), Alkar Technology (Binche) > Eléments de tours en béton : Ronveaux (Ciney) Une précision importante : du côté flamand, deux entreprises se sont investies depuis de nombreuses années dans le domaine et se taillent de larges parts de marché : Hansen Transmissions de Edegem fournit des " boîtes de vitesses " pour éoliennes dans le monde entier, tandis que CG Global (ex-Pauwels) à Malines a acquis une large réputation dans le domaine des transformateurs. FRANCIS GROFFun inventaire de compétences wallonnes s'impose