La cathédrale, sanctuaire où siège l'évêque, est a priori la première église du diocèse. Il en existe d'architectures différentes mais, dans l'imaginaire occidental, encore au début du XXIe siècle, elle se conçoit avant tout comme gothique. Cela résulte de l'admiration toujours vivace de nos contemporains pour le style qui se développa dans la chrétienté latine à partir du XIIe siècle et jusqu'au début du XVIe siècle au moins, un style un temps jugé barbare (" gothique ") par les intégristes de l'Antiquité classique, mais qui, depuis les romantiques, suscite un renouveau d'intérêt.
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La cathédrale, sanctuaire où siège l'évêque, est a priori la première église du diocèse. Il en existe d'architectures différentes mais, dans l'imaginaire occidental, encore au début du XXIe siècle, elle se conçoit avant tout comme gothique. Cela résulte de l'admiration toujours vivace de nos contemporains pour le style qui se développa dans la chrétienté latine à partir du XIIe siècle et jusqu'au début du XVIe siècle au moins, un style un temps jugé barbare (" gothique ") par les intégristes de l'Antiquité classique, mais qui, depuis les romantiques, suscite un renouveau d'intérêt. Les édifices de style carolingien, ottonien ou roman ont pu atteindre des dimensions remarquables et offrir une décoration luxueuse, mais les nouveautés techniques de l'architecture gothique (croisée d'ogives, arcs-boutants, pierre armée de métal, assemblage de vitraux, etc.), ont autorisé des audaces encore jamais réalisées, jusqu'aux limites de la résistance des matériaux alors employés. Les commanditaires ecclésiastiques et leurs architectes ont recherché l'ampleur des bâtiments, la hauteur inégalée des voûtes de pierre, l'ouverture maximale des parois extérieures permettant d'inonder l'espace intérieur d'une lumière filtrée par des vitraux. La cathédrale d'Amiens, dont le gros oeuvre fut achevé en un demi-siècle (environ 1220-1270), demeure le plus grand édifice gothique médiéval avec ses 145 mètres de longueur, 70 mètres de largeur au transept, 43 mètres sous voûte intérieure, soit une surface de 7 700 mètres carrés et un volume de 200 000 mètres cubes ! Mais le record de hauteur sous voûte, 48 mètres, est détenu par la cathédrale de Beauvais, dans le diocèse voisin. De grandes cathédrales gothiques qui, tel le nez au milieu de la figure, caractérisent de manière évidente l'apogée de la chrétienté latine médiévale. Des édifices d'une telle ampleur et d'une telle richesse ornementale pouvaient difficilement se concevoir sans l'enrichissement progressif de la société occidentale, qui connaît un notable décollage démographique et économique à partir des Xe et XIe siècles. Il se traduit par la mise en culture de nouvelles terres, une amélioration sensible des rendements agricoles, le développement de l'artisanat et des échanges commerciaux à moyen et long rayon d'action, la monétarisation accrue de l'économie, un renouveau urbain, etc. Il faut également replacer les grands chantiers de cathédrales dans les transformations ecclésiologiques induites par la réforme grégorienne qui se déploie depuis le milieu du XIe siècle. L'organisation de l'Eglise au sens large, incluant donc la société médiévale, insiste plus sur la séparation entre les laïques et les clercs, et sur les devoirs pastoraux de ces derniers. Cela se traduit concrètement par la difficile " restitution " de biens que des nobles auraient " usurpés ". Les monastères, mais aussi les évêques et les chanoines, ont vu leurs institutions s'enrichir grâce à ces dons de terres et de revenus seigneuriaux, sans oublier le contexte général de croissance économique. Les commanditaires des cathédrales sont d'abord les clercs qui y célèbrent le culte, et dont les revenus, principalement ruraux, assurent la régularité du prodigieux plan de financement qu'il fallait mettre en place pour payer les salariés du chantier sur plusieurs décennies. Contrairement à ce que l'on a trop souvent écrit, les laïques gouvernant les royaumes ou les villes étaient ici rarement en position de décideurs, même s'ils contribuaient financièrement de manière plus ponctuelle, sans oublier les quêtes articulées aux processions de reliques auprès du peuple et les corvées de travail pénitentielles. Stimulés dans leurs prérogatives pastorales par l'esprit de réforme, évêques et chanoines ont ainsi pu se lancer dans de grandioses projets architecturaux, dont beaucoup n'ont pas entièrement été mis en oeuvre, en raison du retournement de la conjoncture économique à partir de la fin du XIIIe siècle, des guerres et des épidémies du XIVe siècle. Ces prodigieuses cathédrales " high-tech " expriment d'abord la puissance du clergé qui gouverne le diocèse. Elles servent de cadre grandiose au culte chrétien célébré par l'évêque et son chapitre, entourés d'un nombre croissant de chapelains et d'enfants de choeur (développant une polyphonie inouïe) dans la confidentialité du sanctuaire, entouré par le jubé et les murs de clôture du choeur. Elles abritent parfois une paroisse et des confréries, attirent les foulent aux fêtes diocésaines et aux pèlerinages. Pour ces différents usagers, le clergé a commandé aux artistes des vitraux, des peintures et des statues développant un message iconographique somptueux, mais dont les programmes théologiques se révèlent souvent complexes à déchiffrer. A partir du XIIe siècle, les cathédrales gothiques modifieront le paysage urbain de l'Occident. Depuis, leur modèle a même été exporté dans les terres de mission, en Amérique, en Afrique et en Asie. Par Pascal Montaubin; P. M.