L'accouchement de la Belgique laisse la mère dans un état préoccupant de faiblesse. L'attachement que lui portent ses deux rejetons est à géométrie variable : plus prononcé chez les francophones que chez les Flamands. Invité à examiner le cas belge, un grand spécialiste américain de la mémoire collective, le psychologue William Hirst, en conclut : " La Belgique établie en 1830 semble n'avoir jamais véritablement pris en tant que nation. "
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L'accouchement de la Belgique laisse la mère dans un état préoccupant de faiblesse. L'attachement que lui portent ses deux rejetons est à géométrie variable : plus prononcé chez les francophones que chez les Flamands. Invité à examiner le cas belge, un grand spécialiste américain de la mémoire collective, le psychologue William Hirst, en conclut : " La Belgique établie en 1830 semble n'avoir jamais véritablement pris en tant que nation. "Il aurait fallu pour cela un Etat à poigne, capable de maintenir l'ordre dans la maison. C'est tout le contraire qu'ont voulu les Belges. Il faut les comprendre. Ils ont eu leur dose de despotes plus ou moins éclairés, avec l'Autrichien Joseph II, le Français Napoléon Ier, le Hollandais Guillaume Ier. Ils en ont contracté une allergie à tout pouvoir qui oppresse. Leur nouvel Etat sera donc " le plus libéral du continent européen ". Le moins armé pour imposer une nation homogène. " A l'origine, il aurait été possible de faire de tous les Belges des francophones parlant le français dans l'espace public. Au XIXe siècle, les régions étaient encore malléables sur le plan linguistique ", estime l'historien anversois Marnix Beyen. " Liberté pour tous et dans tout " : le mot d'ordre " empêche l'Etat belge de mener une politique systématique et répressive de francisation ". Le Flamand échappe ainsi au sort que réserve l'Etat français aux Bretons ou aux Alsaciens : dialectes réprimés, interdits. Il sauve sa langue, peut avancer ses revendications linguistiques " sans être jamais réprimées par les autorités entièrement francophones de l'époque ". La Flandre nationaliste profite même de la faiblesse chronique de l'Etat belge pour s'approprier le passé national et l'accommoder à sa sauce. La bataille des Eperons d'or, à Courtrai, quitte ainsi le registre patriotique belge pour tomber dans le répertoire flamand. Un vrai parricide : " Le souvenir collectif nationaliste flamand finit par tuer la culture historique belge qui l'avait imaginé et élevé. "Pendant que la fille flamande vampirise la mère Belgique, le rejeton wallon reste les bras ballants. Il réalise avec retard que l'histoire nationale a longtemps fait la part belle aux gloires flamandes plutôt qu'au passé wallon. Aujourd'hui, devant la télé, le Flamand savoure The Voice van Vlaanderen. Le francophone s'éclate devant The Voice Belgique.P. HX