La rapidité avec laquelle a surgi la crise financière a surpris beaucoup de monde. Vous non plus, vous n'aviez rien vu venir ?

Ceux qui ont prédit cette crise sont très peu nombreux... Dès 2006, on a constaté un sérieux ralentissement de l'activité économique. Mais on n'imaginait pas la suite.
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Ceux qui ont prédit cette crise sont très peu nombreux... Dès 2006, on a constaté un sérieux ralentissement de l'activité économique. Mais on n'imaginait pas la suite. La Wallonie va probablement s'appauvrir en 2009. On s'attend pour l'année prochaine à une perte de croissance de 0,4 % du PIB... Nous venons de réaliser un sondage auprès de 350 entreprises. Le nombre de celles qui envisagent de réduire leur personnel dans les six prochains mois a doublé par rapport au sondage précédent, qui datait d'avril. Selon nos statistiques, le taux de chômage avoisine les 10 % en Wallonie. Il risque bientôt de passer à 12 %. Il faut avoir l'honnêteté de voir les tendances comme elles se présentent. Mais il faut aussi relativiser : nous allons au-devant de temps difficiles, mais pas d'une catastrophe sociale ! Lors de la crise de 1929, la production avait diminué de 30 %, le chômage était passé de 5 à 25 %. Et, à l'époque, il n'y avait pas de sécurité sociale ! Tout à fait d'accord. Moi, je crois dans la nécessité des lois. Vous ne m'entendrez jamais dire du mal de l'Etat ! L'Etat ne doit pas être obèse, mais l'Etat doit être fort. L'autorégulation du marché, je n'y crois pas. Il faut des normes ! Pour brider la cupidité humaine, mais aussi pour encadrer le droit de grève. Dans ce domaine, je constate une lâcheté du législateur. Le droit de grève est sacré, mais je n'admets pas que quelques individus empêchent les travailleurs non grévistes d'accéder à leur poste de travail. Ce n'est pas lié au nombre de personnes, mais aux secteurs d'activité. Le secteur de la construction, par exemple, compte énormément de petites structures. Evidemment. Mais, de grâce, ne mélangeons pas tout ! Je ne connais aucun patron de PME dont la rémunération atteint les sommes astronomiques touchées par les cadres supérieurs des grandes organisations financières. De même, il est indécent de dresser un parallèle entre l'employé licencié, dont le préavis atteint dix ou quinze mois de salaire, et le type qui va toucher 20 fois plus. Un : si j'étais au-dessus des lois, j'aurais reçu mon permis depuis des années. Deux : parfois, la loi est idiote... Ne caricaturez pas ! Nous avons anticipé sur des autorisations que nous aurions de toute façon reçues. Il arrive que la loi ne rencontre pas l'urgence de l'entreprise. De toute manière, Paradisio, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Plein d'entreprises - y compris publiques ! - se trouvent dans la même situation que nous. l Entretien : François Brabant