En octobre 2010, dix mois après le séisme qui a ravagé la partie occidentale de l'île d'Hispaniola, une épidémie de choléra frappe Haïti et fait quelque 10 000 morts supplémentaires. Rapidement, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), des agences de l'ONU et des scientifiques américains avancent et accréditent l'idée que la maladie trouve son origine dans une conjonction entre le dérèglement environnemental, la pauvreté et les mauvaises pratiques d'hygiène des habitants dans un pays pourtant que " l'histoire et la géographie (depuis son indépendance) ont toujours placé à distance des flux migratoires en provenance des zones en proie à ce fléau ", l'Asie et l'Afrique. Interpellé par la fulgurance de l'épidémie, le spécialiste du choléra Renaud Piarroux, dépêché sur place par les autorités françaises, rejette cette théorie et rassemble les preuves d'une autre origine : le déversement, dans la rivière Meille, d'une fosse sceptique d'un cantonnement de soldats népalais de la Minustah, à Mirebalais, quelque jours après l'arrivée d'une relève alors qu'une épidémie de choléra sévit à Katmandou. Le livre de Renaud Piarroux, Choléra. Haïti 2010-2018, histoire d'un désastre (CNRS, 298 p.), est le récit passionnant de son combat pour qu'éclate la vérité face à des scientifiques qui refusent d'admettre leur méprise et face à des responsables onusiens dont " la principale réponse [...] a été de maquiller des données épidémiologiques gênantes pour échapper à leurs responsabilités ".