La production qui arrive à Liège ce vendredi a été montée pour la première fois à Montpellier en 1997: ce qui pourrait être une réserve devient un atout lorsqu'on voit comment, in tempore non suspecto, l'Allemand Jakob Peters-Messer avait déjà conçu sa mise en scène. "L'actualité de cette pièce est plus évidente que jamais, explique-t-il. Voilà un livret inspiré de l' Aufk...

La production qui arrive à Liège ce vendredi a été montée pour la première fois à Montpellier en 1997: ce qui pourrait être une réserve devient un atout lorsqu'on voit comment, in tempore non suspecto, l'Allemand Jakob Peters-Messer avait déjà conçu sa mise en scène. "L'actualité de cette pièce est plus évidente que jamais, explique-t-il. Voilà un livret inspiré de l' Aufklärung, un courant humaniste allemand de la fin du XVIIIe siècle, qui décrit - souvent avec humour mais aussi avec gravité - l'opposition de deux mondes, l'Occident et l'islam, envisagés chacun à travers la religion, les moeurs sociales, le couple, etc. Plus finement, il décrit aussi les préjugés des uns à l'égard des autres. Il va même plus loin puisque, au sein de chaque univers, des différences significatives sont soulignées: Konstanze, d'origine noble et espagnole, est plus conservatrice que Blonde, venant d'une Angleterre qui, déjà, symbolisait l'émancipation des femmes et la liberté des moeurs. Du côté du sérail, Osmin est une caricature du musulman polygame et cruel, alors que Pacha Selim - renégat d'origine chrétienne ayant embrassé l'islam par conviction - rejoint un idéal audacieux, fait de tolérance et d'ouverture, où le pardon trouve sa place." Dans son approche concrète de la mise en scène, Jakob Peters-Messer s'est employé à valoriser le potentiel du Singspiel - qu'il traduit par "comédie sentimentale" -, tour à tour comique et sérieux, et à dégager l'humanité des personnages. "Je me suis écarté du pittoresque et des turqueries, pour me concentrer sur les caractères et sur les émotions, indiquées par Mozart à travers sa musique, tout en respectant le découpage typique du théâtre du XVIIIe, fait d'une succession de tableaux, ici assez abstraits." Quant à l'issue de l'affaire Peters-Messer, laisse ouverte la question du retour de Konstanze en Europe: "A analyser l'oeuvre de plus près, il n'est pas du tout sur que son coeur ne penche pas pour Pacha Selim..."Liège, Opéra royal de Wallonie, du 9 au 17 novembre. Tél.: 04-221 47 22, et www.orw.beMartine D. Mergeay