Entretien: François Brabant
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Entretien: François BrabantC'est l'une des surprises jaillies des urnes le 7 juin : le coup d'éclat réalisé en Communauté germanophone par la liste indépendante ProDG. Pour sa première participation aux élections, cette formation a recueilli 17,5 % des voix. Réunissant des candidats venus de tous les horizons, elle s'est imposée comme une force capable de concurrencer les quatre partis traditionnels. Un triomphe sans lendemain ? L'avenir le dira. En attendant, le succès est tel que le leader de Pro DG, Oliver Paasch, peut se targuer d'être l'homme politique le plus populaire de la Communauté germanophone. Avec ses 3 681 voix de préférence, il devance même le ministre-président socialiste Karl-Heinz Lambertz (3 523 voix). Né à Malmedy en 1971, Oliver Paasch incarne cette jeune génération germanophone sûre d'elle-même et décomplexée vis-à-vis de son histoire. Comme son père, Lorenz Paasch, figure historique du combat autonomiste germanophone, il a d'abord milité sous la bannière du parti régionaliste PDB. Mais toujours comme candidat indépendant. Après une carrière dans le secteur bancaire, Oliver Paasch est devenu en 2004 ministre de l'Enseignement de la Communauté germanophone. En fondant ProDG (pour Deutschsprachige Gemeinschaft), il a permis l'expression d'un projet politique spécifiquement germanophone, mais débarrassé des relents pangermanistes qui ont parfois brouillé l'image du PDB. Le Vif/L'Express : ProDG se définit-il comme un parti régionaliste ?> Oliver Paasch : Un parti régional, certainement, vu que nous n'existons qu'en Communauté germanophone. Mais nous ne sommes pas régionalistes. Notre groupe s'apparente à une liste " Intérêts communaux ". C'est logique : la Communauté germanophone ne compte que 74 000 habitants, c'est-à-dire la taille d'une grosse commune. Les jeunes germanophones sont motivés par la politique, mais ils ne veulent pas se lier à un parti traditionnel. Nous leur offrons une alternative. ProDG revendique tout de même plus d'autonomie pour la Communauté germanophone... >Oui. Mais les autres partis sont sur la même longueur d'onde que nous. Tous les partis représentés au parlement de la Communauté germanophone, majorité comme opposition, ont voté une résolution demandant le transfert de nouvelles compétences, notamment l'aménagement du territoire et le logement, ainsi que les compétences provinciales. Les 74 000 Belges germanophones bénéficient déjà d'une très large autonomie. En exiger encore plus, n'est-ce pas un peu osé ? >Nos demandes sont rationnelles. Si nous voulons donner quelques accents propres à notre politique économique, par exemple, nous avons besoin de la compétence en matière d'aménagement du territoire. Prenez l'implantation de zonings industriels : dans ce genre de dossiers, nous devons pouvoir décider nous-mêmes, sans passer par Namur. Nous sommes compétents en matière d'enseignement, mais si nous voulons construire de nouveaux bâtiments scolaires, nous devons en référer à la Région wallonne. Ce n'est pas logique. La liste ProDG était soutenue par les régionalistes de l'ex-PDB. Comment comprendre ce soutien ? >Au moment de son autodissolution, voici quelques mois, le PDB a appelé ses sympathisants à soutenir ProDG. Mais, parmi nos 25 candidats, seuls 5 proviennent du PDB. En réalité, le PDB était confronté au même problème que celui qu'a connu la Volksunie, en Flandre : il avait réalisé 90 % de son programme. Dans les années 1970 et 1980, ce parti était le fer de lance du combat pour l'autonomie germanophone. Cette autonomie, aujourd'hui, nous l'avons ! ENTRETIEN : FRANÇOIs BRABANT