Le cancer du sein touche environ 150 fois plus les femmes que les hommes et il se manifeste aussi une dizaine d'années plus tôt, vers 60 ans en moyenne. " Ce n'est pas étonnant, car la majorité des tumeurs mammaires sont sensibles aux hormones sexuelles féminines : à la progestérone, l'hormone produite après l'ovulation, mais aussi et surtout aux oestrogènes, explique le Pr Patrick Neven, gynécologue à l'UZ Leuven. Dans les tumeurs mammaires hormonosensibles, des récepteurs des oestrogènes sont présents à la surface de plus de 80 % des cellules cancéreuses ; lorsque les oestrogènes s'y lient, ils poussent ces cellules à se diviser de manière incontrôlée. "
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Le cancer du sein touche environ 150 fois plus les femmes que les hommes et il se manifeste aussi une dizaine d'années plus tôt, vers 60 ans en moyenne. " Ce n'est pas étonnant, car la majorité des tumeurs mammaires sont sensibles aux hormones sexuelles féminines : à la progestérone, l'hormone produite après l'ovulation, mais aussi et surtout aux oestrogènes, explique le Pr Patrick Neven, gynécologue à l'UZ Leuven. Dans les tumeurs mammaires hormonosensibles, des récepteurs des oestrogènes sont présents à la surface de plus de 80 % des cellules cancéreuses ; lorsque les oestrogènes s'y lient, ils poussent ces cellules à se diviser de manière incontrôlée. " La thérapie antihormonale (également appelée hormonothérapie) bloque ce phénomène. Le plus souvent, elle est administrée comme " traitement de suite " durant les 5 à 10 années après l'opération afin de détruire les éventuelles cellules cancéreuses qui n'auraient pas été éliminées ou indétectables. " Lorsqu'elles sont présentes, elles peuvent resurgir après quelques mois, voire jusqu'à 20 ans plus tard sous forme de métastases dans des organes comme le foie, les poumons, les os ou la peau. Là aussi, l'hormonothérapie orale freine la croissance et la propagation des cellules cancéreuses. " En cas de cancer du sein sensible aux oestrogènes, mieux vaut interrompre la prise de médicaments qui en contiennent : contraceptifs hormonaux ou traitements de substitution destinés à atténuer les symptômes de la ménopause. Avant la ménopause, le corps d'une femme produit lui-même des oestrogènes, principalement dans les ovaires. " À moins que le risque de récidive ne soit très faible, nous recommandons donc de désactiver les ovaires, le plus souvent de façon transitoire (à l'aide de médicaments), mais parfois de façon définitive par une opération ou des rayons, explique le Pr Neven. Dans ce cas, une ménopause est provoquée brutalement, de sorte que les symptômes classiques (bouffées de chaleur, raideurs articulaires, sécheresse vaginale, baisse du désir, troubles du sommeil et de la concentration, décalcification osseuse, etc.) risquent de se manifester de façon particulièrement marquée. Nombre de patientes témoignent aussi qu'elles ont eu le sentiment de perdre d'un coup leur féminité. Un encadrement efficace, avec des conseils pratiques pour soulager les plaintes, peut alors faire toute la différence. " Chez les femmes ménopausées (naturellement ou non), la production d'oestrogènes est limitée - comme chez les hommes - au tissu adipeux. Pour la freiner, il existe des médicaments oraux qui inhibent l'aromatase, l'enzyme responsable de la conversion de l'hormone masculine (androgène) en oestrogène dans les cellules de la graisse. Ces inhibiteurs de l'aromatase (létrozole, anastrozole ou exémestane) ne sont toutefois utiles que si la production d'oestrogènes dans les ovaires a déjà été désactivée part ailleurs. " Ces médicaments peuvent encore aggraver les plaintes de la ménopause, mais ils peuvent aussi provoquer des douleurs articulaires et musculaires plus ou moins marquée chez de très nombreuses patientes, au point qu'un quart d'entre elles interrompront prématurément le traitement. Sachant que celui-ci peut littéralement leur sauver la vie, cela vaut malgré tout la peine d'essayer un autre inhibiteur de l'aromatase, qui provoquera peut-être moins d'effets secondaires. Sinon, il reste toujours l'option du tamoxifène. " Développé il y a une cinquantaine d'années déjà, le tamoxifène possède en effet un mécanisme d'action complètement différent : il occupe les récepteurs oestrogéniques des cellules cancéreuses afin d'empêcher les oestrogènes de s'y fixer. Contrairement aux inhibiteurs de l'aromatase, il est donc également intéressant chez les femmes dont la production d'oestrogènes est encore pleinement opérationnelle et qui ne souhaitent pas " désactiver " leurs ovaires. " Tout comme les inhibiteurs de l'aromatase, le tamoxifène peut toutefois déclencher ou aggraver les symptômes de la ménopause, insiste le Pr Neven. Les plaintes articulaires sont par contre beaucoup plus rares et, alors que les inhibiteurs de l'aromatase accélèrent la décalcification osseuse, le tamoxifène a au contraire un effet protecteur à ce niveau. Il s'accompagne toutefois aussi d'effets secondaires spécifiques et peut par exemple accroître le risque de caillots sanguins, de polypes utérins et de cancers du col de l'utérus. " Il est possible également de combiner un traitement de 2 ans par tamoxifène suivi de 3 ans d'inhibiteurs de l'aromatase (ou l'inverse), précise encore le spécialiste. " La prise de tamoxifène pendant 5 ans réduit le risque de récidive du cancer du sein de moitié au cours des 5 premières années et d'un tiers au cours des 5 années suivantes. L'effet protecteur persiste donc un certain temps après la fin du traitement. Au final, le risque de décès associé à la maladie diminue ainsi de près d'un tiers au cours des 15 premières années, résume le Pr Neven. Les inhibiteurs de l'aromatase font encore mieux : pris pendant 5 ans, ils abaissent le risque de récidive au cours des 5 premières années de 80 %. Le risque de décéder d'un cancer du sein au cours des 10 premières années, lui, chute de près de 50%. " Certaines patientes se demandent s'il vaut la peine de supporter les effets secondaires de l'hormonothérapie pendant 5 ou 10 ans. " C'est une question légitime à laquelle chaque patiente devra apporter sa propre réponse, estime le Pr Neven. Le médecin pourra l'y aider en évaluant les bénéfices à attendre de l'hormonothérapie. Celle-ci peut en effet toujours abaisser le risque de récidive de moitié, mais ce risque lui-même n'est pas identique chez toutes : la moyenne est de 30 %, mais il est tout à fait possible que le risque personnel d'une patiente soit de 2 % ou au contraire de 50 %. Le traitement l'abaissera donc à 1 % dans le premier cas et à 25 % dans le second, ce qui représente évidemment une différence colossale en termes de bénéfice absolu. " Le risque de rechute dépend de nombreux facteurs qui peuvent différer sensiblement d'une personne à l'autre : âge, caractéristiques de la tumeur, envahissement d'un nombre plus ou moins important de ganglions lymphatiques, etc. " En introduisant vos valeurs personnelles pour ces facteurs et quelques autres dans un programme tel que 'PREDICT breast cancer', votre médecin pourra évaluer quel bénéfice de survie (en pourcentage) la thérapie antihormonale pourrait vous apporter. Les 'mauvaises' tumeurs - celles qui sont associées à un risque élevé de récidive - sont aussi celles pour lesquelles ce bénéfice sera le plus important, explique Patrick Neven. Il pourra aller jusqu'à 20 %, ce qui est à peu près le maximum que l'on peut attendre de ce type de traitement... mais cela signifie aussi que votre risque de décéder de votre cancer du sein diminue de 20 % ! Bien sûr, vous avez toujours une chance de ne pas rechuter, même sans médicaments. Il n'est pas possible de savoir avec certitude si ceux-ci font vraiment une différence, sauf chez les patientes victimes d'une tumeur mammaire métastatique car on sait que des cellules cancéreuses sont présentes après le traitement proprement dit. " Et l'expert conclut par deux recommandations importantes : " Tant que vous prendrez ces médicaments, veillez à utiliser un moyen de contraception non hormonal - à moins, évidemment, que vous n'ayez déjà subi une ovariectomie. Par ailleurs, ne prenez aucun supplément alimentaire sans consulter d'abord votre médecin. Les extraits de soja ou de curcuma, par exemple, risquent d'abaisser l'efficacité du traitement antihormonal s'ils sont consommés à doses élevées. "