L'influence royale, Pierre-Yves Monette l'a approchée de tout près. Conseiller du roi de 1991 à 1993, il a travaillé au service de Baudouin, puis d'Albert II. Une expérience dont il a tiré un ouvrage de référence, Le Métier de Roi, paru en 2002.
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L'influence royale, Pierre-Yves Monette l'a approchée de tout près. Conseiller du roi de 1991 à 1993, il a travaillé au service de Baudouin, puis d'Albert II. Une expérience dont il a tiré un ouvrage de référence, Le Métier de Roi, paru en 2002. Pierre-Yves Monette : Oui, incontestablement. En période de crise, le roi monte au filet. Il agit comme un médiateur. Plus généralement, la fonction du roi change durant la période qui suit les élections et qui précède la formation du gouvernement. Cela découle de la Constitution : " Le roi nomme et révoque les ministres ", indique celle-ci. Le roi est à la man£uvre. Le roi peut aller jusqu'à pousser une certaine majorité plutôt qu'une autre. En 1987, Wilfried Martens avait annoncé durant la campagne électorale qu'il souhaitait gouverner avec les libéraux. Baudouin a convaincu Martens de s'allier plutôt aux socialistes. Même si ce n'est pas très fréquent, le roi peut aussi intervenir dans le choix d'un ministre ou d'un portefeuille pour ce ministre. Ou, au contraire, pour éviter que telle personne ne devienne ministre ou n'exerce telle fonction. Dans le nord du pays, ces interventions peuvent déranger très fort. Pourtant, le roi ne sort pas de son rôle. C'est même le mot à mot de la Constitution. La coutume a fortement évolué, c'est vrai. La machine est grippée, que faire ? Attendre la chute des feuilles ? Ou utiliser la place neutre du chef de l'Etat - et les pouvoirs constitutionnels qui sont les siens - pour rechercher un consensus ? Le roi intervient alors pour relancer le schmilblick, comme on dirait en vieux langage télévisuel. On voit se déployer une véritable ingénierie institutionnelle. Ce n'est pas un écran de fumée. Le roi doit s'adapter à une situation sans cesse plus compliquée, plus délicate. D'où la nécessité de confier aux hommes politiques des fonctions qui ne sont pas les mêmes que celles de leurs aînés. Que le roi choisisse un informateur ou un formateur, c'est business as usual. Lorsqu'il nomme un médiateur, un explorateur, un préformateur, ça peut dérouter. Aujourd'hui comme en 2007, la situation est très critique. Le tabou a sauté, désormais. De quoi est-il question ? De la survie de la Belgique. Ni plus ni moins. Dans une période comme celle-là, il est normal que le roi prenne des initiatives. Je ne suis pas un monarchiste de principe, je suis un monarchiste de raison. Ce système va bien à notre pays. Nous avons besoin d'un arbitre au-dessus des partis. Non, dire cela, c'est exagéré... Mais il est exact que certains acteurs politiques peuvent manifester leur désaccord vis-à-vis de l'une ou l'autre initiative royale. Lors de l'été 2007, il y a eu au Palais royal l'intention de nommer un duo de médiateurs, Herman De Croo (Open VLD) et Raymond Langendries (CDH). Un certain nombre d'acteurs ont alors dit au roi : nous ne le souhaitons pas... On ne l'a pas empêché de concrétiser son idée. Le roi a cependant vu les réticences et il a pensé plus sage d'y renoncer. Il est patent qu'il y a des interférences politiques. Le roi ne décide pas tout seul sur son trône - qui n'existe pas, d'ailleurs. Je le confirme d'expérience : le roi est vraiment la personne la mieux informée du royaume. En dehors de son chef de cabinet, le roi prend énormément de conseils et d'avis dans la classe politique. Lorsqu'un homme politique est reçu pendant plus de trois heures par le roi, ce n'est pas pour parler de la pluie et du beau temps... ENTRETIEN : FRANçOIS BRABANT