Sophie Alexandre et Leen de Spiegelaere se connaissent bien. Deux fois par semaine, elles se rencontrent dans leurs bureaux de la Bellone ou du Kaaitheater, au c£ur de Bruxelles. Sophie, la francophone, coordonne les activités du RAB, le Réseau des Arts à Bruxelles ; Leen, la néerlandophone, pilote son équivalent flamand, le BKO ou Brussels Kunstenoverleg. Ensemble, ces deux plates-formes de concertation rassemblent 125 acteurs culturels subsidiés par la Cocof (Commission communautaire française), la Fédération Wallonie-Bruxelles et la VGC (Commission communautaire flamande).
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Sophie Alexandre et Leen de Spiegelaere se connaissent bien. Deux fois par semaine, elles se rencontrent dans leurs bureaux de la Bellone ou du Kaaitheater, au c£ur de Bruxelles. Sophie, la francophone, coordonne les activités du RAB, le Réseau des Arts à Bruxelles ; Leen, la néerlandophone, pilote son équivalent flamand, le BKO ou Brussels Kunstenoverleg. Ensemble, ces deux plates-formes de concertation rassemblent 125 acteurs culturels subsidiés par la Cocof (Commission communautaire française), la Fédération Wallonie-Bruxelles et la VGC (Commission communautaire flamande). Voici cinq ans, RAB et BKO ont uni leurs forces, décidés à agir concrètement en faveur de la culture à Bruxelles. " Il existait un vide entre nos deux communautés, assure Sophie Alexandre. On a décidé d'accorder nos violons, c'est très enrichissant, on apprend beaucoup les uns des autres. " De cette union naît en 2009 un ambitieux " Plan culturel pour Bruxelles ", mélange d'exigences et d'ambitions formulées par des acteurs culturels bruxellois pour eux-mêmes et pour leur ville, dans un opuscule d'une centaine de pages. Objectif : forger une identité culturelle spécifique à Bruxelles et lui permettre de rayonner. Deux ans et demi plus tard, ses effets tardent à se faire sentir. " Le temps culturel n'est pas le temps politique ", argue Thierry Van Campenhout, l'une des chevilles ouvrières du plan et directeur du Centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles. " La question culturelle doit percoler à tous les niveaux de compétences des pouvoirs publics. Du coup c'est sûr, il faut du temps. "Encourager les jeunes artistes, multiplier les offres culturelles, donner plus de moyens aux écoles artistiques, toucher par la culture les jeunes en difficulté, favoriser les synergies : quelques-unes des 34 priorités détaillées par le plan. Comment les faire advenir ? Sophie Alexandre : " Des groupes de travail de bénévoles très investis planchent concrètement autour de quatre chantiers prioritaires. " Ainsi, un groupe " Interculturalité " travaille sur les moyens d'intégrer la diversité de la ville dans le secteur culturel. A trois niveaux : recrutement, public et programmation. Ensuite, un accord a été passé avec Actiris, fin 2011, pour mettre en place un " Plan Diversité " auprès de ceux qui en font la demande. " Au Beursschouwburg, au Wiels et maintenant aux Halles de Schaerbeek ou au Jacques Franck, explique Leen De Spiegelaere, une analyse approfondie d'Actiris a fourni un diagnostic sur le fonctionnement et la composition des effectifs. Et sur ce qu'il convient ou non d'améliorer " - s'il faut engager du personnel d'origines culturelles différentes, si jeunes ou handicapés sont bien représentés, etc. Troisièmement, " plusieurs journées d'étude ont également permis d'avancer sur la question de la programmation, ajoute Sophie Alexandre. Car beaucoup d'artistes ont du mal à être programmés dans certaines salles, à se faire reconnaître dans leur propre ville, alors que leur renommée dépasse nos frontières ! " Enfin, un groupe de travail " Agenda culturel " vise à établir une base de données unique pour tous les acteurs culturels. " Côté flamand existe déjà Cultuurnet qui marche très bien, précise Leen De Spiegelaere , mais il faudrait un portail pour tout Bruxelles ! On a conclu un partenariat avec la Fondation pour les Arts et surtout VisitBrussels, l'Office du tourisme bruxellois, qui dispose d'une base de données très complète et fait beaucoup pour la promotion de la ville, mais il faut que la technologie suive. On y travaille. " Il y a donc des idées qui avancent. Mais " nous sommes un réseau professionnel, ce que nous faisons pour le Plan culturel n'est pas notre mission première, insiste la coordinatrice du KBO. On a peut-être créé des attentes qui vont au-delà de nos structures, mais ce sont en fait les pouvoirs publics qui doivent agir. " C'est là que le bât blesse. Thierry Van Campenhout, sur un ton modéré : " A Bruxelles, tout est compliqué. On n'a pas, comme dans les autres villes, une billetterie unique pour la ville. La culture n'est pas au service d'un Etat-nation mais de communautés ; la question identitaire est permanente et au c£ur de tout. Par exemple, pour la Zinneke Parade, on a un président et un voorzitter ! C'est peut-être pratique pour la recherche de subsides mais en termes de cohérence et d'économies, forcément, ce n'est pas terrible. "Etre écoutés et entendus, c'est ce qui importe aux auteurs du Plan culturel et à tous ces acteurs qui s'investissent bénévolement. Ils espèrent toujours y arriver et ne tiennent pas rancune - jusqu'à nouvel ordre - à Emir Kir (PS), le ministre de la Culture de la Cocof, d'avoir confié à des milieux universitaires la réalisation de son propre plan culturel pour Bruxelles, qu'il est censé dévoiler dans les prochaines semaines. " L'élaboration et la présentation de notre Plan a ouvert un vrai dialogue entre communautés francophone et néerlandophone et nous a permis d'être entendus au niveau politique. "Le plan détaillé à cette adresse : www.reseaudesartsabruxelles.be Fanny Villedieu" Le temps culturel n'est pas le temps politique "" A Bruxelles, tout est compliqué "