Alaa El Aswany est une figure du Caire. Dentiste diplômé de l'université de l'Illinois, toujours en exercice, le fils de l'écrivain et avocat Abbas El Aswany signe régulièrement des chroniques dans la presse d'opposition. Il est, surtout, l'auteur de L'Immeuble Yacoubian, traduit en une trentaine de langues, vendu à des centaines de milliers d'exemplaires et adapté au cinéma avec succès. Et celui de Chicago (Actes Sud/Babel), qui racontait les déboires des étudiants musulmans dans une Amérique traumatisée par le 11 septembre 2001.
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Alaa El Aswany est une figure du Caire. Dentiste diplômé de l'université de l'Illinois, toujours en exercice, le fils de l'écrivain et avocat Abbas El Aswany signe régulièrement des chroniques dans la presse d'opposition. Il est, surtout, l'auteur de L'Immeuble Yacoubian, traduit en une trentaine de langues, vendu à des centaines de milliers d'exemplaires et adapté au cinéma avec succès. Et celui de Chicago (Actes Sud/Babel), qui racontait les déboires des étudiants musulmans dans une Amérique traumatisée par le 11 septembre 2001. Il dénonce l'hypocrisie du gouvernement Moubarak, la " diversion " du public par la télévision, l'importance prise par les apparences dans la religion. " Je continue d'assister aux réunions confidentielles pour rester en contact avec le peuple. C'est vital pour un romancier, confie El Aswany. Je suis un écrivain qui a des idées politiques, pas un politicien qui écrit des livres. " En attendant un nouveau roman (trois sont en cours), les francophones peuvent enfin découvrir le nouvelliste grâce au recueil. J'aurais voulu être égyptien. Le dentiste y a dessiné des portraits cruels mais pétris d'humanité qui annonçaient la veine de L'Immeuble Yacoubian, entre réalisme magique façon Garcia Marquez et lucidité clinique digne de Dostoïevski - humour cairote en prime. L'ironie du titre explique pourquoi ces nouvelles furent, huit ans durant, censuréesà Après les avoir lues, on regarde le petit peuple du Caire avec le microscope de l'histologiste. On observe avec d'autres yeux l'agent " commis d'office " à la circulation dans le labyrinthe pollué. On ne s'étonne plus de se faire insulter après avoir - aveuglé par le soleil - marché sur un tapis de prière déroulé à même le trottoir. Et, quand la police touristique exige un bakchich à l'entrée d'une église copte, on réalise à quel point la corruption a tout gangrené. On comprend pourquoi un automobiliste désabusé allume une cigarette de haschich en écoutant du rap. Incrustée d'étoiles, la tour du Caire, symbole de la fierté déchue de la nation égyptienne, domine une fourmilière de 20 millions d'âmes, dont plus de 700 000 sans-logis occupant les tombeaux de la Cité des morts, au pied même de la Citadelle. Seul écrivain populaire d'envergure depuis la disparition de Naguib Mafouz, El Aswany parle de ce peuple meurtri. Ses histoires dépassent le cadre du monde arabe pour s'adresser au commun des mortels. L'auteur y déplore les excès de notre époque. " Autrefois, l'Egypte était un pays tolérant. Maintenant, il y a seulement deux camps : le wahhabisme et la démocratie. " Il a bien sûr choisi le second. Il apporte sa notoriété à Kefaya !, même si les réunions sont surveillées par les services secrets. Le docteur a trouvé une parade : " Quand nous repérons un espion dans la salle, nous entamons un débat littéraire très complexe. " On imagine l'air hébété du policier au moment de rédiger son rapportàJ'aurais voulu être égyptien, par Alaa El Aswany. Trad. de l'arabe par Gilles Gauthier. Actes Sud, 205 p. Tristan Savin