Il y a un temps pour discuter et un temps pour se battre. Le temps de combattre est arrivé. " Lorsque, le 27 décembre dernier, Barak a annoncé que l'Etat juif lançait une opération militaire de grande envergure dans la bande de Gaza, personne ne donnait cher de son avenir politique. Certes, à 67 ans, l'ex-chef de l'état-major de l'armée israélienne dirige le ministère de la Défense et préside le parti travailliste (Avoda). Mais l'homme manque de charisme et n'est pas un grand orateur. En outre, son programme politique reste peu clair. Résultat ? Les sondages d'opinion réalisés durant l'été et l'automne derniers ne faisaient plus de lui une personnalité politique de premier plan. Barak était plutôt un has been dont la carrière se serait achevée au lendemain des élections législatives du 10 février prochain. Quant à l'Avoda , les mêmes sondages ne lui accordaient que 7 à 8 députés à la Knesset, contre 19 aujourd'hui.
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Il y a un temps pour discuter et un temps pour se battre. Le temps de combattre est arrivé. " Lorsque, le 27 décembre dernier, Barak a annoncé que l'Etat juif lançait une opération militaire de grande envergure dans la bande de Gaza, personne ne donnait cher de son avenir politique. Certes, à 67 ans, l'ex-chef de l'état-major de l'armée israélienne dirige le ministère de la Défense et préside le parti travailliste (Avoda). Mais l'homme manque de charisme et n'est pas un grand orateur. En outre, son programme politique reste peu clair. Résultat ? Les sondages d'opinion réalisés durant l'été et l'automne derniers ne faisaient plus de lui une personnalité politique de premier plan. Barak était plutôt un has been dont la carrière se serait achevée au lendemain des élections législatives du 10 février prochain. Quant à l'Avoda , les mêmes sondages ne lui accordaient que 7 à 8 députés à la Knesset, contre 19 aujourd'hui. La guerre de Gaza a tout changé. De ministre le plus critiqué d'Israël, parce qu'il bridait son armée qui réclamait de longue date une opération, Barak est devenu " le meilleur stratège du pays ", le " rempart contre le terrorisme ", le " fossoyeur du Hamas ". Des éditorialistes célèbres qui l'avaient traité de " nullité " ou d'" endormi " se sont même excusés publiquement. Des centaines d'Israéliens lui ont adressé des lettres et des e-mails pour " lui demander pardon de l'avoir mal jugé ". Du même coup, la fermeté affichée de Barak rend caducs les discours du leader de l'opposition de droite Benyamin Netanyahou, qui promettait, avant le déclenchement du conflit, de " s'occuper du Hamas comme il le mérite ". " Soudain, ces rodomontades ont perdu de leur consistance, détaille Rina Matzliah, journaliste. Quant aux nombreuses petites formations d'extrême droite qui bâtissaient leur campagne électorale sur la nécessité d'intervenir durement à Gaza, Barak leur a cloué le bec, tout en siphonnant leur électorat potentiel. "Etrange carrière que celle de cet enfant qui a grandi dans un kibboutz, devenu chef des Renseignements, puis chef d'état-major. Entre-temps, l'homme aura participé à la plupart des guerres de l'Etat hébreu. D'abord comme tankiste, puis au sein de la " Sayeret matkal ", commando d'élite, dont la plupart des opérations restent confidentielles. On sait pourtant qu'en 1972 le futur leader travailliste dirigeait la troupe qui a libéré les passagers d'un avion de la Sabena détourné par un groupe palestinien. Quelques mois plus tard, Barak est à Beyrouth où, déguisé en femme, il prend part à la " liquidation " des responsables du Front démocratique de libération de la Palestine. " C'est un dur et son passé militaire est musclé. Il a aussi poursuivi des études universitaires de physique et de mathématiques. Il aime l'abstraction et cela déconcerte ", raconte Raviv Drucker, chroniqueur politique. Souvent, il lui arrive de réfléchir pendant des heures en jouant du piano, ou en démontant et remontant d'une seule traite des montres anciennes. Sans oublier les échecs, qui sont l'une de ses passions. " C'est pour cela qu'il a toujours un coup d'avance sur les autres ", affirment ses rares amis. A contrario, ceux qui le détestent - il n'en manque pas, y compris au sein du parti travailliste - le présentent comme un " autiste ". Un " milliardaire ( NDLR : il a fait fortune durant sa traversée du désert politique et réside dans l'un des immeubles les plus huppés de Tel-Aviv) qui ne connaît même pas le prix d'un pain ". Les mêmes affirment que Barak est un " faux travailliste ", qu'il est un homme de droite. En tout cas, depuis sa nomination à la tête de la Défense, il se montre beaucoup plus sévère à l'égard des Palestiniens que son prédécesseur travailliste Amir Peretz. Lorsque Barak a quitté Tsahal pour la politique, il ne semblait guère promis à un avenir brillant. Ministre de l'Intérieur sans relief, il n'a pas laissé davantage un souvenir impérissable aux Affaires étrangères. En fait, il faudra attendre l'assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin (novembre 1995), suivie de la victoire de Netanyahou face à Shimon Peres, leader travailliste de l'époque, pour que Barak se révèle. " Il a compris qu'à ce moment-là de son histoire le pays attendait une nouvelle génération de dirigeants et que le moment était venu de saisir sa chance, déclare Oudi Segal, politologue. Poussé par la base, il s'est emparé du parti travailliste à la hussarde et remporté la bataille électorale dans la foulée. "Premier ministre pendant deux ans, Barak n'a pas fait ses preuves. Il s'est embourbé dans les négociations de paix confuses avec l'Autorité palestinienne dont l'échec a débouché sur la deuxième Intifada. Puis sur l'organisation d'élections législatives anticipées, remportées haut la main par Ariel Sharon. " Je reviendrai ", avait alors promis Barak le soir de sa défaite. Sept ans plus tard, il a tenu parole. Serge Dumont