C'est un cliché tenace : les " voileux " sont des taiseux. A l'heure du satellite, on sait que ceux qui vont sur la mer aiment raconter leurs histoires. La preuve de ce curieux besoin, chez les marins, de faire des phrases : quatre ouvrages aussi différents les uns que les autres, mais unis par un point commun, le large.
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C'est un cliché tenace : les " voileux " sont des taiseux. A l'heure du satellite, on sait que ceux qui vont sur la mer aiment raconter leurs histoires. La preuve de ce curieux besoin, chez les marins, de faire des phrases : quatre ouvrages aussi différents les uns que les autres, mais unis par un point commun, le large. Quatre mois après sa victoire dans le Vendée Globe, Michel Desjoyeaux livre, avec Coureur des océans, son récit de l'épreuve, entrecoupé de courts chapitres autobiographiques. Une course folle, puisque, parti avec quarante heures de retard à la suite d'une avarie, " Mich' Desj' " remonte ses concurrents un à un avant de s'imposer avec cinq jours d'avance. Ceux qui ont suivi le dernier Vendée Globe de près n'apprendront pas grand-chose ; ceux qui n'ont pas lu L'Enfant de la vallée des fous (Gallimard), le très beau livre écrit après sa première victoire, en 2001, découvriront la genèse émouvante d'un immense champion, qui - croyez-le ! - affirme pourtant : " Longtemps, je n'ai pas été un compétiteur. "Yann Eliès a participé, lui aussi, au dernier Vendée Globe. Il en rapporte un trophée d'un autre genre : une longue vis dans le fémur, souvenir du terrible accident qui faillit lui coûter la vie. Il faut dépasser le titre un peu trop littéral - Survivant des mers du Sud - pour apprécier la justesse du document brut. Eliès ne nous épargne rien, décortiquant implacablement son orgueil, qui le pousse à la faute, sa souffrance, l'attente des secours, mais aussi l'incompétence du médecin qui lui procure les premiers soins, les militaires australiens qui trouent la coque de son bateau en l'abordantà Un livre en forme de thérapie pour, confiait-il fin mai, " repasser de la rubrique faits divers à la rubrique sport ". Ancienne des tours du monde en solitaire, Isabelle Autissier partage désormais son temps entre la navigation dans le grand Sud et l'écriture. Avec Seule la mer, elle s'essaie pour la première fois à la fiction, en s'appuyant sur l'odyssée tragique de Donald Crowhurst, concurrent en 1968-1969 du premier tour du monde en solitaire et sans escale. Il fit croire qu'il virait les trois caps alors qu'il était resté dans l'Atlantique, avant de se jeter par-dessus bord. Crowhurst s'appelle ici Peter March et Autissier tisse un dialogue subtil entre l'ingénieur anglais embarqué dans une aventure qui le dépasse et sa fille Eva, qui découvre, quinze ans après, les livres de bord où son père a consigné sa trahison. Un récit à deux voix qui sonne juste, comme si l'auteur Autissier connaissait les deux côtés de la barrière : les angoisses du marin et celles de la famille restée à terre. Le Vent de liberté de Florence Arthaud est d'un tout autre genre : l'ex-" Petite Fiancée de l'Atlantique ", vainqueur de la Route du Rhum en 1990, est devenue, selon ses propres propos, la " Vieille Dame de la mer ". A 50 ans, la fille de l'éditeur fait le point, sans fioritures, sur une vie de bohème passée à naviguer selon son bon plaisir et à faire la fête. Des Mémoires écrits au grand galop, où affleure une petite musique nostalgique, celle d'un marin hors normes qui confie avec franchise avoir " vécu outrageusement ". Coureur des océans, par Michel Desjoyeaux. Odile Jacob, 306 p. Survivant des mers du Sud, par Yann Eliès. Mer & découverte, 189 p. Seule la mer, par Isabelle Autissier. Grasset, 280 p. Un vent de liberté, par Florence Arthaud. Arthaud, 236 p.Pierre-Yves LautrouQuatre ouvrages aussi différents les uns que les autres