"J'ai été mauvais, hein ? Tu n'as pas trop souffert en me regardant ? " " Non, ça allait. La prochaine fois, essaie juste de paraître plus rond, un peu moins agressif. " Il est midi et demi, ce dimanche 22 mars. Sur le trottoir de l'avenue Ariane, devant le siège de RTL-TVI, Jean-Claude Defossé improvise un débriefing avec Eric Biérin, responsable de la communication d'Ecolo. Invité de l'émission Citoyen, citoyenne, sorte d'apéritif au grand show dominical de Pascal Vrebos, Defossé vient de participer à son premier débat télévisé " de l'autre côté du micro ". Ironie du sort : ce baptême du feu, l'ex-trublion de la RTBF l'a vécu sur les ondes de la chaîne privée, et non à l'antenne de ce service public qu'il a ébouriffé pendant plus de trente ans. Habile bateleur médiatique, Defossé ne pouvait l'ignorer : la télévision, surtout en direct, s'avère souvent impitoyable. Sur le plateau de Citoyen, citoyenne, il est apparu sincère, convaincu, mais aussi hautain, ricaneur, voire méprisant. Plus d'une fois, il a semblé excédé face aux questions " idiotes " des citoyens.
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"J'ai été mauvais, hein ? Tu n'as pas trop souffert en me regardant ? " " Non, ça allait. La prochaine fois, essaie juste de paraître plus rond, un peu moins agressif. " Il est midi et demi, ce dimanche 22 mars. Sur le trottoir de l'avenue Ariane, devant le siège de RTL-TVI, Jean-Claude Defossé improvise un débriefing avec Eric Biérin, responsable de la communication d'Ecolo. Invité de l'émission Citoyen, citoyenne, sorte d'apéritif au grand show dominical de Pascal Vrebos, Defossé vient de participer à son premier débat télévisé " de l'autre côté du micro ". Ironie du sort : ce baptême du feu, l'ex-trublion de la RTBF l'a vécu sur les ondes de la chaîne privée, et non à l'antenne de ce service public qu'il a ébouriffé pendant plus de trente ans. Habile bateleur médiatique, Defossé ne pouvait l'ignorer : la télévision, surtout en direct, s'avère souvent impitoyable. Sur le plateau de Citoyen, citoyenne, il est apparu sincère, convaincu, mais aussi hautain, ricaneur, voire méprisant. Plus d'une fois, il a semblé excédé face aux questions " idiotes " des citoyens. Débauché par Ecolo, le créateur des mémorables Grands Travaux inutiles et des Pieds dans le plat se présentera donc aux élections régionales, à Bruxelles. Sa candidature doit encore recevoir l'aval de l'Assemblée générale d'Ecolo, le 31 mars. Mais on voit mal les militants recaler un attrape-voix de ce calibre-là. Quoi qu'il en soit, Jean-Claude Defossé ne réintégrera pas la RTBF. " Je vais être immodeste : je préfère partir en étant au sommet ", annonce-t-il. Modeste, il ne l'est certainement pas. Fainéant, non plus. Au contraire. Il a beau avoir franchi le cap de la pension depuis plus de deux ans, il s'est accroché à la présentation de Questions à la Une. Si jamais il est élu député bruxellois en juin prochain, il achèvera son mandat à l'âge de 73 ans. Comment ne pas y voir un passage de témoin ? Au moment même où Jean-Claude Defossé va s'engager dans sa première campagne électorale, Josy Dubié, son frère aîné, achève sa carrière politique. Ses trois mandats - au Sénat, au parlement bruxellois et à la Communauté française - prendront fin au mois de juin. Dans des circonstances particulières. Le 30 janvier, il s'est cassé la jambe en chutant lourdement dans les escaliers du parlement bruxellois. Conséquence : il a passé ces six dernières semaines immobilisé la plupart du temps sur son canapé, à écouter Mozart et Bach, ou ces compositeurs baroques qu'il affectionne : Vivaldi, Gemiani, Sammartini... Peut-être en a-t-il aussi profité pour dresser le bilan de sa trajectoire politique, pour méditer sur les premières années de sa vie. Le cadre y invite. Car, un comble, ce républicain forcené n'a jamais quitté la rue du Cardinal, à la lisière du Saint-Josse populaire et des avenues cossues du quartier européen. Il occupe toujours la maison où il est né, voici soixante-neuf ans. Treize mois avant son unique frère. L'histoire commune des frères Dubié (ou Defossé, le nom de leur mère) a bien failli s'achever très vite. En juillet 1944, un avion américain largue sa cargaison de bombes au-dessus du square Ambiorix. L'abri où sont réfugiés les habitants du quartier s'effondre. Les secours dénombrent plusieurs dizaines de morts. Les quatre membres de la famille Dubié figurent parmi les très rares survivants. La suite sera moins glorieuse. " Vous avez vu La vie est un long fleuve tranquille ? Dans la vie, c'est souvent comme ça : il y a les Le Quesnoy et les Groseille. Eh bien, nous, nous étions des Groseille ", résume Josy Dubié. Une famille de barrakis, dirait-on en Wallonie. A la maison, en plein c£ur de Bruxelles, les deux enfants parlent le wallon de Verviers, d'où sont originaires leurs parents. La mère s'occupe du foyer. Le père, un ancien colonial revenu du Congo à la fin des années 1920, gère un commerce de tissus. Mais, lorsque l'affaire périclite, en 1952, la famille sombre dans le quart-monde. " Mon père était un homme autoritaire, brutal, confie Dubié. Il m'appelait mô fî rossê, mon sale rouquin. Il n'a jamais battu ma mère. Mais moi, qu'est-ce que j'ai pris... " " A l'athénée Adolphe Max, mon frère et moi étions toujours mal fringués, dégueulasses, complète Defossé. Nous étions des déclassés sociaux, dans un milieu qui n'était pas le nôtre. " Cette enfance difficile servira de carburant aux deux frères. Elle remplira leur moteur intime d'enthousiasme, de détermination, d'esprit de revanche, mais aussi d'une insatiable envie d'être aimés, regardés, admirés. Officier de marine marchande, puis grand reporter à la RTBF, Josy Dubié a sillonné le monde. Alors, de temps en temps, il glisse des phrases du genre : " En Papouasie, j'ai vu un crocodile de dix mètres de long. " " Mon frère possède une mémoire de cheval et il aime bien l'étaler ", commente Jean-Claude Defossé. " Je suis assez narcissique ", admet Dubié. Avant d'ajouter perfidement : " Mais moins que mon frère. " Aux scouts, Josy a reçu le totem de " mangoustemodeste ", Jean-Claude héritant de " musaraigne conciliante ". A acquérir, dans les deux cas. Leurs chefs avaient probablement vu juste. Premier des deux frères à s'engager en politique, Josy Dubié est élu sénateur en 1999. Les verts rejoignent les socialistes et les libéraux au sein d'une majorité arc-en-ciel. Dubié se retrouve vite parmi les plus critiques à l'égard de la participation gouvernementale. Mais l'homme de gauche ne dédaigne pas les mandats. Quand Ecolo lui interdit de cumuler ses fonctions de parlementaire (dans trois hémicycles, tout de même) avec un mandat de conseiller communal à Bruxelles, il le digère très mal. " Ecolo n'est pas parfait. Mais c'est de très loin le parti belge le plus démocratique et le plus progressiste ", indique-t-il aujourd'hui. Pourquoi, désormais, si peu de fiel dans sa bouche ? Par peur de nuire à la future carrière politique de son frère ? Bernard Wesphael, chef de groupe Ecolo au parlement wallon et figure de proue de l'aile gauche du parti, y voit une autre explication : " Par le passé, Josy a parfois eu cette tentation d'envoyer péter tout le monde. Je crois que sa rencontre avec Jean-Michel Javaux a permis d'aplanir pas mal de choses. Entre eux, le lien est très fort, quasi affectif. Javaux a réussi la synthèse entre les différentes sensibilités d'Ecolo. Du coup, je pense que Josy quitte son mandat le c£ur léger, en osmose avec le parti. "Jean-Claude Defossé se révélera-t-il plus docile que son frère ? Il risque en tout cas d'être un député difficile à manier pour les journalistes. La conférence de presse qu'il a donnée au siège d'Ecolo, le 20 mars, pour annoncer sa candidature en a montré un avant-goût. Aux questions de la journaliste du JT Johanne Montay, qui s'efforçait de vouvoyer son ancien collègue, Defossé lui a répondu du tac au tac : " Oui, ma chère "... François Brabant