C'est une première, en Belgique: l'action du gouvernement wallon vient d'être soumise à un audit externe, réalisé par le bureau de consultants Deloitte & Touche. "Nous jouons la carte de la transparence, sans jeter de la poudre aux yeux. Mais, forcément, c'est risqué", estime le ministre Ecolo José Daras, en charge des Transports, de la Mobilité et de l'Energie. Risqué, vraiment? Même s'il s'affiche un peu pompeusement "sans complaisance", l'audit n'avait aucune raison d'être particulièrement sévère à l'égard de son client: il est bien trop tôt pour porter un jugement définitif sur le gouvernement socialiste-libéral-écologiste, en place depuis deux ans et demi. "Bien sûr. Mais, si on ne se contraint pas à faire l'inventaire des dossiers en cours, ils risquent de s'enliser", commente le ministre des Affaires intérieures et de la Fonction publique, Charles Michel (PRL). En soi, donc, ce constat à mi-législature méritait d'être posé.
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C'est une première, en Belgique: l'action du gouvernement wallon vient d'être soumise à un audit externe, réalisé par le bureau de consultants Deloitte & Touche. "Nous jouons la carte de la transparence, sans jeter de la poudre aux yeux. Mais, forcément, c'est risqué", estime le ministre Ecolo José Daras, en charge des Transports, de la Mobilité et de l'Energie. Risqué, vraiment? Même s'il s'affiche un peu pompeusement "sans complaisance", l'audit n'avait aucune raison d'être particulièrement sévère à l'égard de son client: il est bien trop tôt pour porter un jugement définitif sur le gouvernement socialiste-libéral-écologiste, en place depuis deux ans et demi. "Bien sûr. Mais, si on ne se contraint pas à faire l'inventaire des dossiers en cours, ils risquent de s'enliser", commente le ministre des Affaires intérieures et de la Fonction publique, Charles Michel (PRL). En soi, donc, ce constat à mi-législature méritait d'être posé.Le gouvernement du ministre-président socialiste Jean-Claude Van Cauwenberghe a d'ailleurs bien joué le coup. Fiches techniques à l'appui - une brique épaisse comme un annuaire téléphonique -, il a tout d'abord présenté son propre bilan, jugé "très satisfaisant" par les trois familles politiques au pouvoir. Puis, une semaine plus tard, l'audit de Deloitte & Touche a coiffé cette auto-évaluation louangeuse: "Le gouvernement wallon a introduit un système de gestion par objectifs qui a visiblement permis de dynamiser sa propre action." Du coup, la léthargie wallonne longtemps décriée par une partie des médias ne semble plus qu'un lointain souvenir. Même si, des rangs de l'opposition, le PSC du député André Antoine ricane sous cape. "Des mots, des mots, dit-il! Le gouvernement fait du marketing et il a profité d'une conjoncture inespérée. Mais tout économiste lucide doit nuancer la situation actuelle. Des tas de projets sont initiés. Aucun choix véritable n'est réalisé. Et, bientôt, il faudra revoir les promesses à la baisse, comme au fédéral." Qui faut-il croire? Assurément, la Région wallonne semble engagée sur la bonne voie. Après les élections de juin 1999, la coalition arc-en-ciel a eu le mérite d'adopter un "contrat d'avenir pour la Wallonie" qui balise l'action des pouvoirs publics sur une période de dix ans. Petit à petit, ce texte commandé par le socialiste Elio Di Rupo, éphémère chef du gouvernement régional, de juillet 1999 à avril 2000, s'impose comme un document de référence auprès de tous les agents économiques (employeurs, syndicats, universités, milieux associatifs, etc.). "La mobilisation générale semble acquise", écrivent les conseillers indépendants de Deloitte & Touche, même si elle n'est pas encore suffisante. En soi, ce déclic est significatif. Sous la législature précédente, il avait fallu attendre les années 1997-1998 et l'impulsion du PSC pour observer une réelle remise en question des partis au pouvoir (le PS et le PSC ont géré la Région wallonne de 1988 à 1999). Jusqu'alors, le retard économique wallon était un tabou. Les statistiques qui en attestaient étaient scandaleusement conservées au frigo. Et personne n'acceptait d'assumer les erreurs du passé. A fortiori, les plans de relance manquaient de souffle et de perspective. Même s'il reste parfois trop vague ou insuffisamment ciblé, le "contrat d'avenir" rompt avec cette trop longue tradition. Il a tout pour devenir un outil "cohérent, efficient et efficace", estime l'audit. Depuis plus de deux ans, cette stratégie de développement, comme préfère la nommer Van Cauwenberghe, prévoit 10 principes généraux, 20 priorités et plus de 200 actions concrètes. L'approche est transversale: en clair, elle vise à favoriser les synergies entre les ministres (plutôt qu'un cloisonnement des efforts, encore trop ancré dans les moeurs). Les partenariats avec des entreprises, des secteurs industriels ou des universités sont valorisés. Et l'évaluation des mesures est plus régulière qu'auparavant. A terme, l'objectif est ambitieux: d'ici à 2010, il s'agit de rattraper le retard encouru par rapport aux "locomotives" de l'Union européenne. En termes d'investissements, d'exportations, de création d'emplois ou d'activité économique en général, les indicateurs wallons ont viré au rouge, suite aux échecs de la reconversion industrielle: en 1999, la richesse produite sur le territoire wallon (le produit intérieur brut par habitant) était inférieure de près de 10 % à la moyenne européenne! Au sein d'un Etat fédéral à l'équilibre précaire, où la Flandre manifeste son impatience de voler de ses propres ailes et d'utiliser au mieux ses marges d'autonomie fiscale fraîchement accordées, le sursaut wallon est pourtant essentiel: sur le plan économique, les francophones ont tout intérêt à rivaliser avec les Flamands. Mais ces objectifs à dix ans sont-ils crédibles? L'audit externe ne le dit pas. Certes, le degré moyen d'avancement du contrat d'avenir est d'environ 80 %. Certes, de nombreuses réformes sont en cours: grâce aux fonds européens, le Hainaut redevient attractif; des PME audacieuses voient le jour un peu partout; le Forem est modernisé, tandis que les plans de résorption du chômage sont simplifiés. Des progrès sont réalisés en matière d'épuration des eaux, de mobilité, d'aménagement du territoire; des primes au logement ciblent mieux les publics jeunes et demandeurs, etc. Il n'empêche: selon Deloitte & Touche, rien ne garantit que les effets globaux du contrat d'avenir "pourront atteindre toute l'importance nécessaire" pour effectuer les ambitieux progrès espérés.Forces et faiblessesD'où l'impatience du PSC et... la nervosité de certains ténors de la coalition arc-en-ciel. "En Wallonie, plus personne ne conteste la direction choisie. Mais tout le monde voudrait que cela aille plus vite!" reconnaît le ministre Daras. Un euphémisme: durant l'automne, on a prêté au président du PS, Elio Di Rupo, l'intention de débarquer "son" ministre-président Van Cauwenberghe, jugé trop lent à l'allumage. Des ministres libéraux et socialistes ont ouvertement laissé percevoir leur crainte d'être emportés dans un naufrage collectif. Malgré les sourires policés des uns et des autres, le feu a menacé l'embarcation gouvernementale. Aujourd'hui, toutefois, le calme s'est imposé. D'une part, les socialistes et les libéraux ont provisoirement surmonté leurs différends concernant la réforme des communes, des provinces et des intercommunales (un enjeu de pouvoir évident et hautement délicat). D'autre part, l'évaluation du contrat d'avenir a achevé de pacifier les relations, tout en renforçant la position du Carolo "Van Cau". En coulisses, dit-on, tout est fait pour conforter l'alliance stratégique entre le PS et le PRL-FDF-MCC (c'est au départ de la Région wallonne qu'en 1999 les deux partis s'étaient unis à tous les niveaux de pouvoir), voire pour préparer la reconduction de la majorité élargie aux écologistes. Bref, l'horizon politique serait-il dégagé de tout nuage, durant les prochains mois? C'est aller un peu vite en besogne. Un: la nervosité pourrait grimper de plusieurs crans si la reprise économique tardait à se dessiner, au deuxième semestre de l'année. Bien sûr, la tendance actuelle est positive: pour la première fois depuis des lustres, en 2001, les indicateurs wallons - croissance, emploi, exportations - sont meilleurs que ceux de la Belgique dans son ensemble. "Le début de rattrapage est modeste. Mais, au moins, les risques de "décrochage" sont derrière nous", estime Van Cauwenberghe. A confirmer, toutefois! Deux: les pouvoirs publics manquent toujours de partenaires. Les communes restent attentistes. La coopération avec la Communauté française est toujours aussi problématique. Si, concrètement, les Wallons n'observent pas de progrès spectaculaires, ne risquent-ils pas de se désintéresser du programme de redressement économique qu'on leur a concocté? Trois: dans les prochaines semaines, de nouvelles priorités doivent être redéfinies pour permettre au contrat d'avenir d'être plus performant. "Mais l'équipe au pouvoir n'a jamais su être sélective. Pourquoi le serait-elle maintenant?" dit-on au PSC. Qui plus est, des réformes restent en rade, comme le confirme Deloitte & Touche. C'est le cas du vaste projet de simplification administrative ou de la refonte des aides à l'expansion économique, censée accorder la priorité aux secteurs porteurs. Quatre: la Wallonie continue à souffrir de certaines rigidités naturelles - cloisonnement entre les compétences régionales et communautaires, sous-régionalisme, clientélisme, politisation - et le processus de décision y est ralenti par la litanie des concertations, consultations et avis divers. Du pain sur la planche, donc.