Lorsqu'on regarde la vidéo sur YouTube, le doute est permis. La surprise affichée par les membres du jury, laquelle participe pour beaucoup au succès de la vidéo, ne paraît pas très spontanée. Même impression de chiqué face à leur culpabilité d'avoir raillé, avant sa prestation, l'Ecossaise désormais la plus célèbre de la planète Internet. Etrange aussi l'insistance de la jurée Amanda Holden à déclarer que Susan Boyle, les sourcils à la Groucho Marx, ne doit surtout pas changer, sinon tout sera gâché. Et le choix de la chanson I Dreamed a Dream ? Téléguidé ? Bref, cela sent la mise en scène et la machine bien huilée. Bien que la chaîne ITV (BBC), qui diffuse l'émiss...

Lorsqu'on regarde la vidéo sur YouTube, le doute est permis. La surprise affichée par les membres du jury, laquelle participe pour beaucoup au succès de la vidéo, ne paraît pas très spontanée. Même impression de chiqué face à leur culpabilité d'avoir raillé, avant sa prestation, l'Ecossaise désormais la plus célèbre de la planète Internet. Etrange aussi l'insistance de la jurée Amanda Holden à déclarer que Susan Boyle, les sourcils à la Groucho Marx, ne doit surtout pas changer, sinon tout sera gâché. Et le choix de la chanson I Dreamed a Dream ? Téléguidé ? Bref, cela sent la mise en scène et la machine bien huilée. Bien que la chaîne ITV (BBC), qui diffuse l'émission Britain's Got Talent, l'équivalent d' Incroyable Talent sur Plug-RTL, s'en défende. La controverse bat son plein sur Internet. Là justement où celle qui incarne la " revanche des moches " a été vue plus de 120 millions de fois en deux semaines et dont le profil Facebook compte 1,7 million de fans. Le pavé est lâché. Rue89 parle de " marketing cynique en temps de crise ". Un conte de fées trop beau pour qu'on y croie ? Susan Boyle, le buzz de l'année (pour utiliser un terme à la mode) ? " Hairy Angel ", ainsi qu'on surnomme la nouvelle Cendrillon à la chevelure ébouriffante, ne sort effectivement pas du néant. D'autres vidéos circulent aujourd'hui sur la Toile. On y voit notamment Susan chanter, en 1995, dans un talk-show animé par la vedette télé Michael Barrymore qui se roule sur la scène en la suppliant d'arrêter. Même look désuet, mêmes broussailles sourcilières, même voix étincelante... Comment expliquer qu'elle crève l'écran, quatorze ans plus tard ? Des blogs et des sites spécialisés dans la communication avancent l'hypothèse du buzz marketing. Lequel, dans la majorité des cas, est préparé, scénarisé et participe d'une stratégie pensée par une marque commerciale, sans la moindre improvisation. Le gagnant, en l'occurrence ? La chaîne de télévision elle-même. Lorsque Susan Boyle est revenue, le 25 mai, sur le plateau de Britain's Got Talent, pour les demi-finales, ITV1 a attiré plus de 12 millions de téléspectateurs, soit 52 % de parts de marché. Un record ! ITV avait déjà fait le coup avec Paul Potts, vainqueur de l'émission en 2007. Cet employé anglais de 38 ans, au physique ingrat, était apparu transfiguré lorsqu'il avait entonné le Nessun Dorma de Puccini. Depuis lors, il se produit dans le monde entier et a vendu 3,5 millions d'exemplaires de son premier album One Chance. Le deuxième vient de sortir. Britain's Got Talent fait partie des émissions de télémarketing de l'audiovisuel contemporain, à l'instar des shows de télé-réalité qui donnent une illusion d'improvisation mais où tout est sous contrôle. " Cette préparation camouflée est la logique même du système de l'industrie du divertissement, estime le sociologue Claude Javeau, professeur émérite de l'ULB. La meilleure preuve en est que, si Susan Boyle sort du lot par contraste, elle ne dérange pas vraiment les règles du jeu. Elle les renforce même. Les Susan Boyle ont leur place mais elles n'écarteront pas les bimbos de l'écran. " En France, ces derniers jours, les médias renchérissent de compliments pour Erika Moulet, propulsée à la présentation du JT de LCI. Pour la qualité de son travail journalistique ? Non. Juste parce qu'elle a un adorable minois, des yeux craquants et une coiffure gothique. Elle incarne la tendance actuelle des chaînes d'info : une tête bien faite avant tout. Du chiqué, encore. Thierry Denoël