C'est un peu comme si Rodrigo Beenkens se voyait propulsé à la tête du gouvernement. Mais un Rodrigo Beenkens qui aurait troqué le ballon rond pour les voitures. L'affaire se passe en Angleterre et débute en janvier dernier, quand un certain Joseph Dark lance sur le site de Downing Street une pétition visant à déloger le Premier ministre, Gordon Brown, au profit de Jeremy Clarkson, animateur vedette de Top Gear, une émission culte de BBC 2 mêlant humour et grosses cylindrées.
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C'est un peu comme si Rodrigo Beenkens se voyait propulsé à la tête du gouvernement. Mais un Rodrigo Beenkens qui aurait troqué le ballon rond pour les voitures. L'affaire se passe en Angleterre et débute en janvier dernier, quand un certain Joseph Dark lance sur le site de Downing Street une pétition visant à déloger le Premier ministre, Gordon Brown, au profit de Jeremy Clarkson, animateur vedette de Top Gear, une émission culte de BBC 2 mêlant humour et grosses cylindrées. Quasi inconnu chez nous, où l'on peut voir son programme en VF sur Discovery Channel, Clarkson est une institution outre-Manche. Chaque semaine, plus de 5 millions de téléspectateurs - 350 millions dans le monde ! - s'agrippent à leur fauteuil devant les reportages, filmés comme des James Bond, de " Jezza " et de sa bande : moteur de Bugatti ou de Ford hurlant, ils défient un jet ou des pigeons voyageurs, testent les " voitures merdiques de Corée " ou enseignent à jouer au football à quatre roues. Quand c'est drôle, c'est très drôle, comme lorsque l'animateur s'adonne à son loisir favori, la pulvérisation de caravanes, ou confie à sa grand-mère les clefs d'un pot de yaourt qu'il juge indigne de son talent. Même quand ça dérape, on ne peut s'empêcher de sourire. L'épisode où " Jezza " sirotait un gin tonic tout en fonçant en pick-up Toyota vers le pôle Nord avait provoqué des hoquets au sein de la BBC. Sans parler du splendide " Ralentis, je coupe le citron " glissé par son copilote... Chroniqueur au Sun et au Sunday Times, auteur de plusieurs best-sellers, adoré des hommes et pas détesté par les femmes, malgré un sens de l'élégance plutôt approximatif, Clarkson a un point de vue sur tout et sur tout le monde, et tout le monde connaît Clarkson. A commencer par les services du Premier ministre, qui ont levé un sourcil amusé en découvrant la pétition en ligne. Quelques mois plus tard, ça rigolait déjà beaucoup moins, 50 000 fans ayant apposé leur signature au bas de la proposition. Quatre mois après la clôture des votes, l'équipe de Gordon Brown vient enfin de livrer sa réponse sur YouTube, nous ouvrant les portes du célèbre n° 10 de Downing Street : sur un fond musical très " salon de thé londonien ", la caméra franchit le seuil, longe l'escalier, où l'on reconnaît les portraits d'anciens locataires des lieux, avant de zoomer sur celui de Clarkson. A l'écran, quelques lignes : " Vos arguments sont convaincants. " Puis : " Mais après réflexion... peut-être pas. " Le clip s'achève par un vrombissement de moteur. La vidéo a connu un joli succès et provoqué l'ire des conservateurs, outrés de voir l'argent du contribuable gaspillé. La pétition n'a coûté que quelques pence, a rétorqué un porte-parole de Brown. Etonnamment profil bas, " Jezza ", lui, s'est contenté d'affirmer qu'il ferait un Premier ministre " nul " et de minimiser son poids auprès du public : " Quand j'ai dit que la Ford Orion était la pire voiture de l'Histoire, elle a fini en tête des ventes... " Une tempête dans une tasse de thé, donc. Géraldine Catalano