D'un seul coup, la tempête s'est levée et le vent a tourné. Redonnant des couleurs aux bleus en campagne. Ils n'ont même pas dû forcer leur talent pour retrouver du tonus. C'est de leur meilleur ennemi, le PS, qu'est venu le signal de la délivrance. Une nouvelle " casserole " aux basques des socialistes, le raffut médiatique de circonstance : que rêver de mieux, à trois semaines du scrutin ? Pour un peu, les libéraux brûleraient un cierge à la mémoire du camarade Donfut tombé sur une juteuse affaire de conflit d'intérêts. Les écarts de conduite du ministre-consultant hennuyer PS qui avait caché ses copieux émoluments pour une intercommunale leur ont offert sur un plateau " une affaire " en or, qui a mis fin à un trop long échauffement préélectoral. Jusque-là, on sentait le MR plutôt engourdi. Un peu gêné aux entournures par cette tornade financière et économique venue bousculer les agendas. Les socialistes ne s'en portaient pas plus mal, trop heureux de porter le fer là où ils pensaient faire mal aux libéraux : sur le terrain glissant d'une déconfiture capitaliste assimilé à l'échec du rêve libéral.
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D'un seul coup, la tempête s'est levée et le vent a tourné. Redonnant des couleurs aux bleus en campagne. Ils n'ont même pas dû forcer leur talent pour retrouver du tonus. C'est de leur meilleur ennemi, le PS, qu'est venu le signal de la délivrance. Une nouvelle " casserole " aux basques des socialistes, le raffut médiatique de circonstance : que rêver de mieux, à trois semaines du scrutin ? Pour un peu, les libéraux brûleraient un cierge à la mémoire du camarade Donfut tombé sur une juteuse affaire de conflit d'intérêts. Les écarts de conduite du ministre-consultant hennuyer PS qui avait caché ses copieux émoluments pour une intercommunale leur ont offert sur un plateau " une affaire " en or, qui a mis fin à un trop long échauffement préélectoral. Jusque-là, on sentait le MR plutôt engourdi. Un peu gêné aux entournures par cette tornade financière et économique venue bousculer les agendas. Les socialistes ne s'en portaient pas plus mal, trop heureux de porter le fer là où ils pensaient faire mal aux libéraux : sur le terrain glissant d'une déconfiture capitaliste assimilé à l'échec du rêve libéral. " Suppôts du capitalisme ! ", " socialo-marxistes ! ", " défenseurs des riches ! ", " collectivistes ! ". Des anathèmes que l'on croyait déplacés ou dépassés retrouvaient une nouvelle jeunesse dans la campagne. A gauche comme à droite, PS et MR ont même ressorti du placard des figures historiques pour se les balancer à la figure, comme autant d'épouvantails dressés à la face du camp adverse. Côté socialiste, la " Dame de fer " Maggie Thatcher retrouvait une seconde vie et feu le président américain Ronald Reagan reprenait du service, pour mieux fustiger les dérives auxquelles a mené leur croisade en faveur du capitalisme débridé. Dans le camp libéral, on ripostait en exhumant l'ancienne gloire soviétique des années 1950, Nikita Khrouchtchev, pour souligner toutes les aberrations de l'économie planifiée. Et voilà comment une crise d'envergure planétaire et d'une ampleur sans précédent a déboulé dans le jeu de quilles électoral. Et redonné un brin de saveur idéologique aux prises de bec entre partis. C'est de bonne guerre, le PS avait ouvert les hostilités. A quelques encablures des élections régionales et européennes, les socialistes francophones n'allaient pas bouder leur plaisir de tailler des croupières au MR. Elio Di Rupo et ses camarades se sont engouffrés dans la brèche en lançant l'offensive contre l'idéologie libérale accusée de tous les maux. Le but de la man£uvre est limpide, quoique la ficelle soit un peu grosse : traîner sur le banc d'infamie la formation libérale, son chef de file Reynders en tête, pour le grand procès d'un capitalisme destructeur. La citation à comparaître avait de quoi agacer et contrarier les libéraux francophones, réduits à la défensive sur un enjeu électoral imprévu. L'économie chancelante et son cortège de coups durs sociaux, qui occupent à présent largement les esprits. " Le socio-économique est traditionnellement une thématique plus favorable à des partis comme le MR ou le PS, alors que le CDH ou Ecolo profitent davantage des débats liés aux valeurs ou à la gouvernance. Mais ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est la crise d'un modèle économique, assimilé à l'idéologie libérale ", observe Jean-Benoît Pilet, politologue à l'ULB. De quoi placer le MR dans une posture plus difficile, " étant donné que ce parti est clairement perçu comme le promoteur de l'économie de marché ", abonde Pascal Delwit, politologue à l'ULB. Dans les rangs libéraux, on s'affairait à gérer au mieux cette contrariété. En se rappelant que la meilleure défense reste l'attaque. " Les enfants égarés ou honteux du marxisme vont tenter de confondre libéralisme et capitalisme sauvage. C'est si simple de répondre ce qu'aurait donné l'Europe marxiste. Elle aurait été aussi monstrueuse que le furent les républiques d'Europe de l'Est : monolithiques, glaciales, liberticides, sous-développées ", tonnait en mars dernier la tête de liste au scrutin européen, Louis Michel, à la tribune du congrès MR. Signe que l'amalgame entretenu par la gauche porte sur les nerfs des libéraux. Obligés de se justifier, de convaincre le commun des mortels du mauvais procès qu'on leur intente. Jusqu'à devoir ouvertement prendre leurs distances avec le monde des voyous de la finance. " Je ne m'identifie en rien à ces gaillards qui ont créé tous ces produits toxiques ! Rien à voir avec Madoff ! Devrais-je rendre responsable le PS pour les millions de victimes du régime soviétique ? " s'irrite Serge Kubla, tête de liste MR au Brabant wallon. Un surcroît de pédagogie s'impose pour dissiper l'affreux malentendu. " Nous sommes amenés à aborder des aspects que l'on n'aurait peut-être pas évoqués avant la crise : la nécessité de la régulation, la dimension humaine de la mondialisation ", admet Kubla. Mieux vaut mettre certains accents trop libéraux en sourdine, par les temps qui courent. " L'heure est à un libéralisme tempéré ", résume Gérard Deprez, chef de file du MCC et candidat suppléant à l'Europe sur la liste MR. Un élu libéral va plus loin : " Nous avons été bien inspirés de nous rebaptiser MR pour quitter notre empreinte strictement libérale. Même si certains au sein du Mouvement réformateur n'ont pas encore intégré cet abandon du fétichisme prolibéral, le MR n'incarne plus uniquement le libéralisme. Ce qui prête moins le flanc aux attaques de nature idéologique. "Les candidats libéraux aux élections caressaient pourtant de bonnes raisons de ne pas désespérer. Les plus cyniques d'entre eux programment le gros de la casse sociale pour l'automne. Soit après le scrutin : " Globalement, le niveau de vie des gens se maintient, si l'on excepte les gens qui perdent leur emploi. La crise n'est pas encore vraiment palpable pour la majorité de la population. " Les autres se rassurent en guettant les sondages et les échos remontant du terrain. Rien n'y indique vraiment un vent violent de contestation antilibérale, annonciateur d'une tempête électorale pour le MR. Tête de liste libérale dans l'arrondissement de Mons, sur les terres mêmes du président du PS Elio Di Rupo, Richard Miller se sent dans l'£il du cyclone socialiste déclenché pour balayer l'idéologie libérale. Sur les marchés, pourtant, il dit ne pas déceler de doigt vengeur pointé sur lui par un électeur avide d'en découdre avec un infâme suppôt du capitalisme. Candidat au scrutin bruxellois, le sénateur Alain Destexhe veut avant tout croire que l'électeur ne se laissera pas abuser par " la magouille ( sic) imaginée par le PS pour attribuer au MR tous les maux d'une crise de nature internationale. Les gens ne sont pas dupes, ils ont envie de se prononcer sur des enjeux concrets, à leur portée : l'emploi, l'enseignement, la gouvernance ". Les libéraux s'évertuaient donc à maintenir le cap. Sans se laisser distraire de leur combat prioritaire : haro sur vingt ans de surdomination socialiste dans l'espace politique francophone, la Wallonie en tête. Avec son lot d'excès et de dérives, charriés par une occupation prolongée du pouvoir. " Il n'est tout de même pas honteux ni malsain en démocratie de demander qu'un parti qui accumule les abus de pouvoir à son passif finisse par subir la loi de l'alternance ", s'impatiente un candidat FDF. La crise ? " Parlons aussi d'autre chose ", suggère le MR. De la gouvernance publique et de ses défaillances en Wallonie, de l'enseignement et des errements des décrets Inscriptions et/ou Mixité sociale en Communauté française, etc. Mais la crise, en mettant son grain de sel dans les rouages de la machine électorale du MR, empêchait les libéraux d'imposer véritablement leurs thèmes de prédilection. Normal, quand " ils se heurtent quotidiennement aux Unes des médias dominées par les annonces de pertes d'emplois et de fermetures d'entreprises ", relève Jean-Benoît Pilet. Cela en devenait gênant : " L'enjeu pour un parti n'est pas tant d'être le plus crédible sur un sujet de campagne, mais de faire en sorte que la campagne se fasse sur les sujets les plus porteurs pour lui. " Ce que le PS tentait avec machiavélisme d'éviter en exploitant la caisse de résonance d'une crise qu'il s'acharne à présenter comme libérale. Dans l'espoir de semer le trouble dans les esprits de ces nombreux électeurs indécis ou déboussolés qui pourraient faire la différence au décompte final. " Ce n'est pas l'électorat traditionnel du Mouvement réformateur qui est menacé, mais la frange de citoyens qui votent occasionnellement pour le MR ", estime Pilet. Enrayée par ce petit jeu du chat et de la souris entre libéraux et socialistes, la campagne électorale présentait des ratés à l'allumage. Aucun thème dominant à se mettre réellement sous la dent. Jusqu'à ce que l'étincelle jaillisse de l'affaire Donfut et embrase le paysage politique francophone. A trois semaines des élections, plus d'un candidat libéral a dû se pincer pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. D'un coup, la campagne victorieuse menée par le MR lors du scrutin fédéral de juin 2007, alimentée par la saga des " affaires " du PS carolo, leur est revenue en mémoire. Avec l'espoir de damer à nouveau le pion à l'adversaire socialiste. Didier Reynders a démarré au quart de tour pour appuyer sur le champignon. " Il faut changer le système. En Wallonie, le système, c'est le PS ", a aussitôt martelé le président du MR. Au diable, cette satanée crise aux relents capitalistes ! Pleins feux sur le thème premier de la campagne du MR en Wallonie : la gouvernance, dominée par le fil conducteur des estompements socialistes de la norme. Le sujet brûlant revient à la Une des journaux, alimente toutes les conversations. Des candidats libéraux se gaussent des malheurs de leurs rivaux socialistes : " Sur les marchés, je n'ai pas encore vu poindre un morceau de tête d'un candidat socialiste ", fanfaronne un candidat en région liégeoise. " Je ne les vois plus afficher leur slogan "Nos actions profitent à tous" ", ricane un collègue hennuyer. Les libéraux ont retrouvé leur élan, un temps freiné par le poids persistant de la crise. Mais la course est très loin d'être gagnée. Il n'est d'ailleurs pas sûr du tout qu'ils en sortiront vainqueurs : Ecolo devrait être le premier à récolter les dividendes de l'antipolitisme ambiant. Mais ce qui importe surtout au MR, c'est de creuser l'écart avec un PS laminé, pour devenir le no 1 en Communauté française et forcer les portes du pouvoir après cinq ans d'opposition à Bruxelles et en Wallonie. Il reste à tenir la distance dans l'haletant mano a mano entre libéraux et socialistes pour ce leadership. Or, en politique, chaque jour est devenu une éternité. PIERRE HAVAUX