C'est l'histoire d'une rencontre entre le public et les artistes. Ou d'un concept, celui du théâtre itinérant. Ou d'un constat, celui d'une scène qui oublie d'aller serrer la pince des gens, qui se claquemure dans des salles parfois clairsemées, ou au public trop averti. Quand la compagnie Arsenic se crée, sa volonté est de faire sauter les cloisons. De montrer le théâtre aux gens, plutôt que d'attendre que les gens remplissent les théâtres.
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C'est l'histoire d'une rencontre entre le public et les artistes. Ou d'un concept, celui du théâtre itinérant. Ou d'un constat, celui d'une scène qui oublie d'aller serrer la pince des gens, qui se claquemure dans des salles parfois clairsemées, ou au public trop averti. Quand la compagnie Arsenic se crée, sa volonté est de faire sauter les cloisons. De montrer le théâtre aux gens, plutôt que d'attendre que les gens remplissent les théâtres. Dix ans plus tard, avec sept spectacles au compteur et plus de 1 000 représentations, Arsenic s'est octroyé une petite pause, le temps d'adresser une sucrerie à son public. Au fil de trois représentations au Manège de la Caserne Fonck à Liège, la troupe théâtrale s'est offert un Best Of, pour raconter une partie de son histoire. " Un moment intense en termes de spectacle, et un moment énorme de rencontre avec le public ", décrit Axel De Booserée, metteur en scène de la compagnie. Le Best Of devrait rester une opération unique mais l'aventure de la troupe se décline aussi dans un carnet de route, qui enchaîne anecdotes, photos et témoignages sur la décennie écoulée. Tout débute dans un entrepôt désaffecté de la banlieue liégeoise, où le premier chapiteau - outil indispensable au caractère vagabond du concept - est dressé. Une Soirée sans histoires essuie les plâtres. Le public est trimbalé entre quatre baraques aménagées en mini-scènes, pour des représentations de cinq minutes. Dès que chacun a fait le tour des " attractions ", la " vraie " représentation commune commence. La pièce est récompensée par le prix du meilleur spectacle pour une jeune compagnie. La machine est lancée. Bien sûr, elle aura des ratés. Budgets ric-rac, grève des intermittents du spectacle qui condamne les représentations prévues au Festival d'Avignon, difficulté d'obtention des subsides... Alors qu'Arsenic reçoit, en 2002, le prix du meilleur spectacle pour Le Dragon, qui a réuni plus de 50 000 spectateurs, Richard Miller, alors ministre de la Culture, entend ses oreilles siffler : il n'a pas pris position sur leur demande de subsidiation. Un lobbying fructueux et 7 000 signatures plus tard, un contrat-programme est signé avec la Communauté française. Celui-ci est en passe d'être renouvelé, accompagné du financement d'un nouveau chapiteau de 600 places. De l'air ! C'est qu'Arsenic n'est jamais à court d'idées. Après avoir testé le camion-théâtre avec Dérapages, une pièce engagée contre l'extrême droite, qui réunissait une quarantaine de personnes à l'intérieur d'une remorque de camion, après avoir expérimenté le café-théâtre en mêlant profiteroles à la crème et pièce de Feydeau, après avoir réuni des spectateurs autour de Macbeth dans une Tour Vagabonde achetée à des restaurateurs suisses, la prochaine tournée paraît presque trop sage. Le Faiseur de monstres, pièce d'épouvante proche du théâtre de foire, a débuté avec une représentation à Liège le 2 mai. Le spectacle se déplacera ensuite en Belgique et en France, fidèle à la tradition d'itinérance de la troupe. Carnet d'aventures, Arsenic Editions. G. Q.