De l'art du recyclage. A l'heure de désigner un nouveau patron pour le groupe Dexia, que le Français Pierre Mariani devrait quitter à la fin du mois de juin, le gouvernement fédéral s'est entendu sur le nom de Karel De Boeck. Ce dernier était aux manettes du groupe Fortis après le crash de 2008 et jusqu'à la vente au français BNP Paribas. Son nom a émergé d'une courte liste, transmise par le chasseur de têtes Egon Zehnder, à l'équipe Di Rupo. Cette nomination doit toutefois encore être avalisée par la France, à qui reviendra le poste de président du conseil d'administration, occupé jusqu'à présent par Jean-Luc Dehaene.
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De l'art du recyclage. A l'heure de désigner un nouveau patron pour le groupe Dexia, que le Français Pierre Mariani devrait quitter à la fin du mois de juin, le gouvernement fédéral s'est entendu sur le nom de Karel De Boeck. Ce dernier était aux manettes du groupe Fortis après le crash de 2008 et jusqu'à la vente au français BNP Paribas. Son nom a émergé d'une courte liste, transmise par le chasseur de têtes Egon Zehnder, à l'équipe Di Rupo. Cette nomination doit toutefois encore être avalisée par la France, à qui reviendra le poste de président du conseil d'administration, occupé jusqu'à présent par Jean-Luc Dehaene. Karel De Boeck connaît son métier, pour l'avoir exercé, notamment à la Générale de Banque et à la CGER, depuis 1976. " Mais en termes de communication politique, c'est un très mauvais signal, coupe un banquier haut placé. Pour l'opinion publique, cela revient à dire que les responsables, ou coresponsables, de graves dérives financières dans les banques, coûteuses pour tout le pays, ne sont pas punis. Pis, ils apparaissent comme ceux auxquels on recourt dans d'autres circonstances difficiles. "Certains ne trouvent rien à y redire. Ce n'est pas Karel De Boeck qui a mis Fortis par terre, assurent-ils. Dans le camp d'en face, le propos fait hurler. De rire ou d'horreur. " Moralement, ça ne tient pas la route ", soupire un administrateur. " Il était membre du comité de direction, rappelle un financier. Il savait ce qui se passait. Sinon, c'est qu'il est incompétent. Je ne sais pas ce qui est le pire. N'oublions pas qu'il est impliqué dans la plus grande catastrophe bancaire belge. "Quel est le profil du probable futur patron du groupe Dexia, transformé en une banque de défaisance qui n'abrite plus que des produits financiers toxiques ? A 62 ans, Karel De Boeck, ingénieur de formation, voit peu à peu l'heure de la retraite approcher. Son âge a probablement joué en sa faveur : il n'a plus rien à prouver ni à perdre et son bien-être est assuré pour ses vieux jours. " Il fallait quelqu'un en fin de carrière, confirme un expert financier, car aucune étoile montante n'aurait accepté de s'exposer à un tel poste. "Karel De Boeck est aussi flamand, ce qui n'était pas forcément nécessaire pour décrocher le poste. Mais il fallait quelqu'un qui ne soit pas trop proche des Français, de manière à défendre au mieux les intérêts belges. On le sait proche du SP.A. " Il a la réputation, là où il débarque, d'amener ses amis et ses consultants, soupire un haut cadre de Dexia. J'espère qu'il pourra exploiter les compétences et l'expérience du personnel existant... " Outre son passage sous la bannière Fortis, où il s'est notamment fait descendre en flammes par l'organisation de défense des petits actionnaires, Deminor, De Boeck n'a pas vraiment le profil professionnel ad hoc pour vendre au mieux les milliards d'actifs qui y sont toujours logés. Il faudrait plutôt un gestionnaire de hedge fund, et non un banquier, car Dexia n'a plus rien d'une banque. Son expérience ne lui sera pas fort utile à son nouveau poste. " Dexia a un gros portefeuille financier et de prêts au collectivités locales, ce que ne faisait que très marginalement Fortis ", souligne un responsable financier du groupe. Mais peut-être le gouvernement n'a-t-il tout simplement pas eu le choix. Les candidats ne se sont pas bousculés. " Un vrai casse-pipe ", dit l'un. " Il ne pourra qu'annoncer de mauvaises nouvelles ", embraie un autre. " Sa rémunération - 600 000 euros par an - sera étroitement surveillée, voire diminuée ", insiste un troisième. Il se dit qu'Eric Boyer de la Giroday, président du conseil d'ING, et Karel De Boeck lui-même, dans un premier temps, ont refusé. " La chance d'apparaître comme le sauveur de Dexia est infinitésimale ", résume un expert financier. Sachant que l'image de Karel De Boeck est d'ores et déjà sacrifiée, celui-ci a peut-être accepté la mission dans un esprit de repentance, avec pour objectif de se refaire, sur le tard, une virginité... LAURENCE VAN RUYMBEKE