Un univers entre magie et réalisme, annonce fort à propos la grande affiche verticale qui trône sur la façade de l'hôtel Bellevue, au sein duquel se love le musée de la Belgique et son histoire, dans le prolongement direct du palais royal à Bruxelles. Inaugurée le 24 septembre, la précieuse petite exposition (1) qui y est consacrée à la vie et à l'oeuvre de Raoul Servais accueille chaque jour et gratuitement les visiteurs.
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Un univers entre magie et réalisme, annonce fort à propos la grande affiche verticale qui trône sur la façade de l'hôtel Bellevue, au sein duquel se love le musée de la Belgique et son histoire, dans le prolongement direct du palais royal à Bruxelles. Inaugurée le 24 septembre, la précieuse petite exposition (1) qui y est consacrée à la vie et à l'oeuvre de Raoul Servais accueille chaque jour et gratuitement les visiteurs. Réalisateur né à Ostende en 1928, ce dernier a traversé le xxe siècle en insatiable tête chercheuse, portant le cinéma d'animation à des sommets d'inventivité créative. Profondément marqué par la violence assassine de la guerre, dont il réchappe miraculeusement à l'adolescence, Servais s'intéresse depuis l'enfance au 7e art grâce à un paternel commerçant qui possédait une pleine armoire de bobines 9,5 mm et organisait pour son fils des projections dominicales à domicile. La découverte émerveillée des films de Charlie Chaplin, mais plus encore celle de Félix le Chat, augurent d'un tournant décisif: il veut s'approprier la magie des dessins qui prennent vie. Formé à l'Académie des beaux-arts de Gand, il bricole sa première caméra à partir d'une boîte à cigares vide. La suite est connue: une oeuvre animée pionnière à bien des égards, marquée par des influences picturales très prégnantes (Ensor et Spilliaert notamment, mais aussi Paul Delvaux, à qui il rendra d'ailleurs hommage dans son court Papillons de nuit, en 1997) et un goût pour l'expérimentation qui l'amènera, par exemple, à l'invention de la "servaisgraphie", technique qui intègre des images de prise de vues réelles à des décors dessinés. Autodidacte, il s'est forgé une carrière internationale à la force de sa passion et a créé la première école d'animation en Europe. Organisée par le Fonds du Patrimoine de la Fondation Roi Baudouin sous le commissariat de François Schuiten, collaborateur de Servais sur son unique long métrage Taxandria (1994), l'exposition fait suite à une donation de l'artiste d'une grande partie de ses archives afin qu'elles restent accessibles aux générations futures. Concrètement, la visite se structure en trois temps, auxquels correspondent trois salles et trois ambiances. On y découvre des dessins originaux et des éléments de décor, des affiches et des extraits de films. Mais aussi des machines avec lesquelles il a travaillé ou encore la Palme d'or du court métrage obtenue en 1979, à Cannes, pour le surréaliste Harpya. Parmi d'autres joyeusetés. À 93 ans, Raoul Servais continue de dessiner quotidiennement. Présent à la visite de presse organisée en avant-première de l'exposition, qu'il découvrait alors pour la toute première fois, il nous confiait, visiblement ému: "Je suis très agréablement surpris par la façon dont on l'a mise en scène. J'y ai redécouvert des choses que je n'avais pas vues depuis des années et même, pour certaines, dont j'avais complètement oublié l'existence. C'est une grande satisfaction pour moi." Amenée prochainement à s'exporter à l'étranger, notamment au Canada et au Portugal, l'expo le présente pourtant en éternel insatisfait, frustré de ne jamais atteindre la perfection et, donc, constamment en quête de nouvelles idées, de nouveaux procédés. Engagé et avide d'apprendre, jamais confortablement installé dans un style ou un univers, il a toujours fui la répétition comme la peste, se cherchant une voie propre, artisanale, éminemment singulière, loin des canons de l'industrie hollywoodienne. Pas du genre radoteur ou nostalgique, Servais regarde droit devant lui. La dernière section de l'exposition fait d'ailleurs la part belle, au travers d'esquisses et de travaux préparatoires, à son tout nouveau court métrage, Le Grand Gaillard, qui sera distribué dès la mi-novembre. Coréalisé avec Rudy Pinceel, le film, qui mêle à nouveau vues réelles et animation, se déroule en partie dans les tranchées de la Grande Guerre, lieu de confrontation entre un Français blessé et un jeune soldat allemand de taille hors norme. Raoul Servais en a écrit le scénario, dessiné le storyboard, dirigé les prises de vue réelles et supervisé l'animation et le montage. "Au fil des ans, j'ai été rattrapé par les avancées techniques et scientifiques. Désormais, j'ai moi aussi recours au numérique dans mon travail. Je reste très curieux de ce qui se fait aujourd'hui dans le cinéma d'animation. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je continue d'expérimenter: la curiosité." Sacré gaillard.