Il n'y a pas de chiffres officiels. Le " phénomène " est difficilement quantifiable. Car il n'y a pas de régulation des inscriptions à l'école maternelle et primaire. Les écoliers, en effet, s'inscrivent directement auprès des directeurs d'établissements. Chaque commune, chaque pouvoir organisateur ou chaque école fixe lui-même les règles. Sans aucune transparence.
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Il n'y a pas de chiffres officiels. Le " phénomène " est difficilement quantifiable. Car il n'y a pas de régulation des inscriptions à l'école maternelle et primaire. Les écoliers, en effet, s'inscrivent directement auprès des directeurs d'établissements. Chaque commune, chaque pouvoir organisateur ou chaque école fixe lui-même les règles. Sans aucune transparence. Les acteurs de première ligne, en tout cas, se disent " frappés par ce mouvement qui prend de l'ampleur : " Il y a des agissements comparables à ceux qui ont justifié la fixation de règles au secondaire : listes d'attente occultes, passe-droits... Je ne dis pas que toutes les écoles le font. Mais beaucoup. C'est la même bagarre ", explique Jean-Pierre Coenen, président de la Ligue des droits de l'enfant. C'est le cas de Pascale, 38 ans, chargée de communication, habitant dans un quartier populaire. Pour décrocher une place en 1re primaire dans l'école la plus réputée du coin, elle a commencé par suivre la voie normale, en passant un coup de fil à l'établissement, puis un autre. Sans succès. " J'avais mésestimé la rudesse du processus. Mon fils était 123e sur la liste d'attente. " Elle a ensuite demandé un rendez-vous avec le directeur. Refusé. Heureusement, son mari, journaliste, a fourni le sésame qui a permis la connexion au réseau : une collègue proche avait inscrit sa fille. La collègue a aimablement téléphoné à la direction et deux jours après, le fils de Pascale était accepté. Le mouvement, évidemment, semble surreprésenté dans les grandes villes. Et ces passe-droits seraient plus fréquents dans les établissements " accolés " ou à proximité d'une " bonne " école secondaire. Selon l'Ufapec et la Fapeo, associations des parents, ces tensions sont clairement liées au décret Inscriptions. " Le décret, fondé sur l'idée que tous les établissements se valent, a accru les exigences et les angoisses des parents. Le choix d'une école commence donc de plus en plus tôt, parfois dès la maternelle ", commente Pierre-Paul Boulanger, président de l'Ufapec. Cela dit, ces tensions sont également alimentées par un déficit de places dans les écoles primaires de proximité. Et trouver une place dans l'école du coin devient parfois difficile. Pour faire accepter leurs enfants dans les bons établissements proches de chez eux, les parents en reviennent donc aux expédients habituels. A Evere, par exemple, un directeur établit une liste d'attente " bis " et réserve ces places aux familles favorisées : le 30 août, il les appelle directement pour leur annoncer qu'il peut accueillir leurs enfants. L'an dernier, cette " astuce " a favorisé 10 élèves. Des pouvoirs organisateurs tentent de réguler les inscriptions en 1re maternelle et en 1re primaire, comme celui de la Ville de Bruxelles, où, désormais, les demandes passent par un call center dépendant de l'Instruction. Mais ce dispositif " transparent " n'a pas fait disparaître les petits arrangements à l'entrée en 3e primaire, par exemple. " C'est l'anarchie ", ajoute Jean-Marie Liénard, médiateur de la Communauté française et qui reçoit de plus en plus de parents qui se disent victimes d'un passe-droit. Au cabinet de la ministre de l'Enseignement obligatoire, on rappelle qu'en cas de doute, le parent peut s'adresser à l'administration pour se plaindre. Combien de familles savent que l'école primaire doit délivrer une attestation de refus d'inscription et prouver qu'elle est complète ? Le piston, c'est aussi avoir la bonne information. L'art du passe-droit, lui, se pratique avec tact et dans la discrétion. S.G.