Le Pr Pierre Klein, spécialiste du droit international à l'ULB, explique pourquoi les missions navales de protection-répression ne sont pas la meilleure parade aux actes de piraterie.
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Le Pr Pierre Klein, spécialiste du droit international à l'ULB, explique pourquoi les missions navales de protection-répression ne sont pas la meilleure parade aux actes de piraterie. > Pierre Klein : Déployer des flottes dans le golfe d'Aden, c'est traiter les effets plutôt que la cause. Dès que les bateaux envoyés par l'Union européenne et l'Otan, qui peinent déjà à protéger la zone, seront moins présents, la piraterie reprendra de plus belle. De plus, les règles d'engagement ne permettent pas toujours de mettre les pirates hors d'état de nuire. Elles varient d'un Etat à l'autre. Les Français et les Américains ont, certes, des méthodes assez musclées. Mais, d'après mes sources, la marine belge, qui patrouillera dans quelques mois le long des côtes somaliennes, n'a pas le droit, sauf légitime défense, d'utiliser la force létale et ne peut garder des pirates en détention. > A quel prix ! Le coût d'une frégate belge en mission tourne, me dit-on, autour des 100 000 euros par jour. Faites l'addition pour huit bâtiments européens, déployés pendant un an, voire plus. Cette somme énorme serait probablement mieux utilisée dans une négociation avec des chefs locaux somaliens. En échange du financement de certains projets, ils accepteraient de renoncer aux activités de piraterie. En réalité, les missions navales en cours sont surtout des opérations de relations publiques des marines européennes. > Vu le traumatisme consécutif à l'échec des opérations Restore Hope et Onusom, il y a une quinzaine d'années, ce type d'intervention militaire de grande ampleur est exclu. L'Onu n'a pas pour autant renoncé à envisager de prendre la relève des 4 300 soldats ougandais et burundais de l'Amisom, la force déployée à Mogadiscio depuis mars 2007. Les puissances occidentales pourraient, en outre, mener des actions plus ciblées. Sur la zone côtière, elles pourraient notamment mettre sur pied des opérations de nettoyage et de protection des ressources, puisqu'il se confirme que des navires étrangers ont profité du chaos somalien pour déverser dans la région des tonnes de déchets toxiques. ENTRETIEN : OLIVIER ROGEAU