Cette année - et elle n'est pas finie -, 38 femmes seraient mortes en Belgique " parce qu'elles étaient des femmes " (1). La moitié de l'humanité subirait-elle donc tant de violences ? Répondre à cette question n'a rien d'évident. Les rapports statistiques annuels de la police fédérale ne fournissent pas les éléments qui permettraient une analyse " genrée " des violences. Au contraire des données belges de la population carcérale : en 2014, ils étaient 11 267 prisonniers et 502 détenues (2). Une sacrée différence, d'autant que les professionnels du monde pénitentiaire sont d'accord : les détenues le sont le plus souvent pour leur rôle s...

Cette année - et elle n'est pas finie -, 38 femmes seraient mortes en Belgique " parce qu'elles étaient des femmes " (1). La moitié de l'humanité subirait-elle donc tant de violences ? Répondre à cette question n'a rien d'évident. Les rapports statistiques annuels de la police fédérale ne fournissent pas les éléments qui permettraient une analyse " genrée " des violences. Au contraire des données belges de la population carcérale : en 2014, ils étaient 11 267 prisonniers et 502 détenues (2). Une sacrée différence, d'autant que les professionnels du monde pénitentiaire sont d'accord : les détenues le sont le plus souvent pour leur rôle secondaire, comme avoir conduit la voiture pendant que les malfrats braquaient la banque. N'empêche, ce chiffre ne suffit pas à affirmer que les femmes subiraient plus de violences de la part des hommes qu'inversement. Des chiffres parlants pourtant, il y en a et pas qu'un peu. Vous êtes prêts ? 38 femmes victimes de féminicide (tuées parce qu'elles étaient des femmes, point) depuis le début de l'année en Belgique, donc ; 160 épouses ou compagnes victimes par an, en moyenne, de violences conjugales (3) ; une Belge sur sept victime au moins d'un acte de violence de la part de son conjoint ou ex-conjoint. Et ça n'arrive pas qu'aux autres. Vous le savez... Quand on regarde bien, ces violences faites aux femmes, dont on parle d'autant plus depuis le début de l'affaire Weinstein, s'inscrivent véritablement dans ce qu'on appelle un continuum, un ensemble d'éléments tellement homogènes qu'on peut passer de l'un à l'autre de façon continue. Il démarrerait dans la rue : 46 % des passantes (contre 18 % des passants) ne se sentent pas en sécurité lorsqu'elles marchent seules dans le centre-ville à la nuit tombée (4). Il continuerait sous la forme des 3 000 viols enregistrés par an dans notre pays (soit 8 par jour), alors qu'on estime que seuls 10 % sont dénoncés. Faites le calcul. Queue de ce serpent : entre 2010 et 2015, un peu plus d'un dossier sur deux ouvert à la suite de plaintes pour viol a été classé sans suite (4) ; 89 % des auteurs de violences dans l'espace public sont des hommes (4). Pour la symétrie, il faudra repasser... Alors, si vous en avez soupé des #BalanceTonPorc et autres #MeToo, dites-vous qu'il y a peut-être une raison à tout ce tintamarre. Que si plusieurs milliers de personnes (on parle de 2 000 à 5 000 manifestants, mais est-ce si important ?) ont défilé à Bruxelles le samedi 25 novembre, Journée internationale contre les violences faites aux femmes, à l'appel de 80 associations féministes, c'est pour réclamer des pouvoirs publics qu'ils se positionnent fermement contre ces violences et consacrent les moyens nécessaires à leur éviction. Hommes, femmes et enfants ne s'en porteront que mieux. Entreprises et institutions, quelles qu'elles soient, ne pourront qu'en bénéficier.