Une nouvelle vague de perquisitions a ciblé, ces derniers jours, diverses institutions publiques de la région de Charleroi. Les enquêteurs de la police judiciaire ont " visité " le CPAS carolo, la société de logements sociaux Versant Est, située à Montignies-sur-Sambre, ou encore le service de l'urbanisme de la ville de Thuin. D'autres perquisitions ont eu lieu sur les différents sites du Grand Hôpital (catholique) de Charleroi. Le fil rouge de ces opérations policières ? Il tient à un nom : celui de l'entrepreneur Michel Vandezande, 68 ans. Cet homme fortuné reste la figure de proue d'un groupe familial fondé par son père Arthur, en 1936, et aujourd'hui dirigé par ses enfants Eric et Sylvie. Un spécialiste des métiers de la construction, établi à Gilly. Au même titre que l'entrepreneur en transport reconverti dans l'immobilier, Robert Wagner, qui intéresse aussi la justice, Michel Vandezande est un de ces favoris de l'ex-pouvoir absolu socialiste, longtemps contrôlé par Jean-Claude Van Cauwenberghe, l'ami commun. Ils sont de la même génération ; ils ont grandi ensemble.
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Une nouvelle vague de perquisitions a ciblé, ces derniers jours, diverses institutions publiques de la région de Charleroi. Les enquêteurs de la police judiciaire ont " visité " le CPAS carolo, la société de logements sociaux Versant Est, située à Montignies-sur-Sambre, ou encore le service de l'urbanisme de la ville de Thuin. D'autres perquisitions ont eu lieu sur les différents sites du Grand Hôpital (catholique) de Charleroi. Le fil rouge de ces opérations policières ? Il tient à un nom : celui de l'entrepreneur Michel Vandezande, 68 ans. Cet homme fortuné reste la figure de proue d'un groupe familial fondé par son père Arthur, en 1936, et aujourd'hui dirigé par ses enfants Eric et Sylvie. Un spécialiste des métiers de la construction, établi à Gilly. Au même titre que l'entrepreneur en transport reconverti dans l'immobilier, Robert Wagner, qui intéresse aussi la justice, Michel Vandezande est un de ces favoris de l'ex-pouvoir absolu socialiste, longtemps contrôlé par Jean-Claude Van Cauwenberghe, l'ami commun. Ils sont de la même génération ; ils ont grandi ensemble. L'expansion de la SA Vandezande et de la myriade de sociétés qui gravitent autour intrigue la justice depuis de longs mois. Vandezande senior a fait l'objet de plusieurs perquisitions à son domicile ou dans ses bureaux. La comptabilité du groupe a été saisie et décortiquée par l'auditorat du travail. De nombreux sous-traitants ont été entendus. Les chantiers publics décrochés de manière répétée sont aujourd'hui encore passés au peigne fin. La justice s'interroge à propos de diverses faveurs qui auraient été offertes à des hommes politiques socialistes ou à leurs proches. Pour Vandezande, le début des vrais ennuis judiciaires remonte au printemps 2008. Le vendredi 20 juin, l'entrepreneur est arrêté dans le cadre de malversations présumées lors de la construction d'un... commissariat de police, à Marcinelle. Son téléphone était sur écoute. L'ex-commissaire en chef de la police locale, Francine Biot, coffrée en même temps, lui aurait confié qu'elle allait détruire des documents compromettants. Michel Vandezande est alors inculpé pour corruption active et fraude aux marchés publics. Il est maintenu quelques jours en détention, à Jamioulx. Son avocat Jean-Philippe Mayence relativise à l'époque les " bouteilles de vin " et les " invitations à des manifestations sportives " échangées entre Vandezande et Biot. Dans la presse du 23 juin 2008, l'avocat ne s'étend pas davantage sur " les travaux chez la commissaire ", " non facturés ", " effectués à titre amical ", et ce " pour un montant vraiment dérisoire ". A ses yeux, Biot n'avait de toute manière " aucun pouvoir de décision " dans la reconstruction du commissariat, incendié. Ce n'est pas tout. A la même période, le 11 juin 2008, des perquisitions spectaculaires sont menées au domicile de Jean-Claude Van Cauwenberghe, ainsi qu'aux Mutualités socialistes et même au parlement wallon, autre lieu de travail de " Van Cau ". On s'étonnera beaucoup de la lettre découverte (et laissée) sur place, via laquelle Robert Wagner réclamait à son ami politique, vu le contexte des affaires, le remboursement d'un coûteux voyage aux Maldives. Pourtant, c'est pour un dossier libellé " Vandezande " que la justice débarque, ce jour-là, pour la première fois, chez l'ancien chef de gouvernement et bourgmestre de Charleroi. Dans l'entité de Beaumont (sud du Hainaut), un hall des sports aurait été construit dans des circonstances troubles par l'incontournable Vandezande SA, il y a cinq ans. Grâce à l'intervention de Van Cau, se demande la justice ? Celle-ci prend l'affaire au sérieux. Elle cherche à établir un usage d'influence, qualification pénale proche de la corruption. Au début de 2009, le dossier Beaumont/Vandezande est ainsi transféré de Charleroi à Liège. Ministre au moment des faits, Van Cau jouit d'un privilège de juridiction. Toute enquête qui le viserait explicitement ne peut être conduite que par un magistrat d'une cour d'appel. En l'occurrence, celle de Liège, dont dépend le siège namurois du gouvernement wallon. En janvier dernier, le procureur général de Liège Cédric Visart de Bocarmé confirme l'ouverture d'une instruction. On n'en sait pas plus à ce stade. Nouveau rebondissement au début du mois d'avril. La police judiciaire débarque cette fois au domicile privé de Philippe Van Cauwenberghe, le fils du père, installé à Montignies-sur-Sambre. En 2003, un sous-traitant de Vandezande y aurait installé un chauffage central, alors qu'il opérait pour le compte de la société d'habitations sociales Versant Est. Qui a payé ? Combien ? D'après nos informations, la modique facture figurerait bel et bien dans la comptabilité du groupe Vandezande, qui se refuse aujourd'hui à " tout commentaire ". Quand la presse s'en émeut, fin avril, Van Cau junior admet " avoir bénéficié d'un réel prix d'ami ". Le journaliste Philippe Mac Kay répercute les informations prises par Philippe Van Cauwenberghe auprès de l'entrepreneur : " Dans sa comptabilité interne, la société Vandezande a imputé fictivement des factures de sous-traitants relatives aux travaux effectués à (mon) domicile ". Ces montants auraient été mis à charge " de différents chantiers réalisés ailleurs ". Mais, rassure le fils Van Cau, " sans en réclamer le paiement à aucune institution publique ". Là, le PS réagit au quart de tour. Le " cadeau " qui énerve le Parti socialiste provoque une réunion expresse de son comité d'audit. Le président Elio Di Rupo annonce les " mesures qui s'imposent " si il apparaît qu'une société de logements sociaux, par exemple, a dû assumer le prix d'ami. Ce serait un comble. Sans cela, c'est fort délicat, déjà ! A la veille du 1er mai, Di Rupo juge impossible le retour de Philippe Van Cauwenberghe à son poste d'échevin de Charleroi, délaissé suite à une inculpation pour " menaces verbales ", en juin 2007. Le père ne bronche pas. Le come-back du fils ? Ce scénario visant à amadouer le clan Van Cau, proche de la dissidence, avait circulé avec insistance il y a quelques semaines, au moment de la confection des listes socialistes pour le scrutin régional du 7 juin. Le président Di Rupo se fait menaçant. Mais la question à cinq cents reste sans réponse. On préfère ne pas pousser la logique jusqu'au bout, chez les " rouges ". Pourquoi un entrepreneur de Charleroi, amateur de commandes publiques, aurait-il fait un cadeau au fils de Jean-Claude Van Cauwenberghe ? A l'époque, le rejeton n'exerçait aucun mandat politique. La justice décortique les pratiques jugées douteuses et systématiques d'un cador carolo de la construction, sous l' " ancien régime ". Parmi les curiosités constatées au cours des enquêtes " Vandezande " figureraient une comptabilité très éloignée des réalités économiques ainsi que l'imputation de cadeaux récurrents à des décideurs. Des faveurs noyées dans un paquet de chantiers. Tout cela n'affecterait en rien les prix de revient soumis aux pouvoirs publics, pour lesdits chantiers, soutiendrait Vandezande. Seule la marge bénéficiaire du groupe en pâtirait. Un philanthropisme crédible ? L'enquête devra déterminer s'il est vrai que le coût des constructions réalisées par Vandezande pour le compte de la Ville de Charleroi ou de l'Etat n'est pas grevé par ces largesses. Celles-ci causeraient de toute manière un préjudice au fisc et donc à la collectivité, sous la forme d'une compression anormale de la base imposable du groupe Vandezande (générant un manque à gagner en termes d'impôts). Autre zone d'ombre : existe-t-il un lien entre certains contrats publics octroyés à Vandezande dans des circonstances controversées (le hall des sports de Beaumont, celui de Jumet, le commissariat de Marcinelle, par exemple) et les fournitures installées à prix d'ami chez des personnalités politiques ? Des dates concorderaient. Depuis les perquisitions chez le fils Van Cau, les soupçons de corruption auraient grandi de manière exponentielle. Au point qu'une bonne partie du dossier " Vandezande " pourrait être prochainement transférée à Liège. Parce que les explications d'un ex-ministre semblent décidément attendues. Philippe Engels