Depuis son Sulak de 2013, Philippe Jaenada est entré dans une deuxième phase de son oeuvre, moins consacrée à la narration autodépréciative de ses errances personnelles qu'à l'exhumation de grands dossiers passés de la chronique judiciaire. Forts d'un succès croissant, ses romans ne cessent de gonfler en pages, frôlant l'obésité à force de gagner en volume. Comme ce Au printemps des monstres, précisément...

Depuis son Sulak de 2013, Philippe Jaenada est entré dans une deuxième phase de son oeuvre, moins consacrée à la narration autodépréciative de ses errances personnelles qu'à l'exhumation de grands dossiers passés de la chronique judiciaire. Forts d'un succès croissant, ses romans ne cessent de gonfler en pages, frôlant l'obésité à force de gagner en volume. Comme ce Au printemps des monstres, précisément, qui, de premier abord, ne ressemble à rien d'autre qu' à un titan de papier. C'est cette fois au meurtre sordide du gamin Taron, en 1964, que le détective sans licence Jaenada a consacré des années d'une enquête fouillée. Meurtre dont l'apparent coupable ("l'étrangleur") s'est attribué bien vite la responsabilité, jouant même salement avec les médias et les nerfs parentaux jusqu'à se faire mettre la main au collet, et être propulsé à l'ombre pour une quasi-perpétuité. Affaire conclue? Pas si sûr. Comme Henry Fonda dans Douze hommes en colère, Jaenada s'élève pour déterrer le cold case, bien décidé à lui appliquer la même méthode - quasi démente d'opiniâtreté - qui lui avait permis de réhabiliter, tour à tour, Bruno Sulak, Pauline Dubuisson et Henri Girard. Soit un mélange savant de plongée sans bouteille dans les arcanes du dossier, de reconstitutions sur place et d'une analyse poussée de chacun des protagonistes: parents, amis, témoins... jusqu'aux avocats, échotiers et inspecteurs. Tous passent au filtre implacable et documenté de l'auteur, prompt à soulever les incohérences, pointer les bassesses passées, révéler chaque manquement de l'enquête pour esquisser un tableau un peu moins clé en main d'un fait divers plus complexe que prévu. A dresser, aussi, quelques portraits de femmes admirables - la mère Taron, la mystérieuse Miss Détective -, tout en provoquant une hilarité coupable à la lecture des anecdotes dédiées aux toussotements de sa propre santé. Un pur plaisir, dont la longueur n'affecte pas le niveau de qualité.